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Le Forum de la Mer Poser des jalons sur la voie de l’économie bleue

novembre 11th, 2019 | by admin
Le Forum de la Mer          Poser des  jalons sur la voie  de l’économie bleue
Economie
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A l’instar de l’Edition précédente, la 2ème Edition du Forum de la Mer a eu lieu à Bizerte, le 21 septembre 2019.

Cette rencontre euro-méditerranéenne de l’Environnement et de l’économie bleue, initiée par la Saison bleue, a apporté à la fois des éléments de réflexion et des réponses sur la voie de la régénération et la mise en valeur raisonnable des écosystèmes marins qui constituent selon l’expression de Pascal Lamy,  une grande partie de l’identité de Bizerte, de sa spécificité, de ses avantages comparatifs et, tout simplement, de son charme». 

Pour la deuxième année consécutive, le Forum de la Mer, tenu à Bizerte le 21 septembre 2019, a permis la prise de conscience des contraintes écologiques qui pesaient sur le développement économique et social de la région; la convergence quant à l’obligation d’un dialogue entre Economie et Ecologie et d’un développement harmonieux de l’Economie bleue.

Dans son allocution de bienvenue, M. Mohamed Gouider, Gouverneur de Bizerte, a fait allusion à la “Saison bleue“, un programme de manifestations varié, organisées à Bizerte, du 19 juin jusqu’au 19 septembre 2019, deux jours avant la tenue du Forum. Ce programme était une célébration des richesses de la Mer, sous toutes ses formes économiques, sociales et environnementales.

Concernant le problème de pollution, il a appelé à ce que l’on travaille ensemble pour trouver un équilibre entre la nécessité d’une croissance économique basée sur les ressources maritimes et l’impératif de plus en plus pressant de préservation de l’environnement et du Littoral pour atteindre l’objectif majeur à savoir la Durabilité des ressources maritimes».

« Il est à rappeler, a-t-il ajouté, que la Tunisie, d’une manière générale, et le gouvernorat de Bizerte, plus particulièrement, bénéficient d’un potentiel maritime impressionnant compte tenu de la position géographique stratégique de notre pays dans le bassin méditerranéen.»

« Notre région se caractérise par ses plages magnifiques dépassant les 200 kilomètres, une ville classée, depuis novembre 2007, comme zone humide d’importance internationale (convention de Ramsar), vu sa richesse naturelle et sa diversité biologique, Ghar El Melh, et un complexe lagunaire s’étendant sur une superficie de 27,3 ha, à savoir la Lagune de Bizerte, celle de Ghar El Melh et celle d’Ichkeul. Ces sites sont menacés par des phénomènes d’érosion et/ou un problème de pollution.

L’économie de l’environnement se donne donc pour tâche de découvrir les règles de gestion adéquates et de pouvoir remédier à tous ces problèmes de mauvaise allocation des ressources. Pour ce faire, les pouvoirs publics ont mis en place, selon M. Mohamed     Gouider, des programmes et projets, dont les plus importants sont : 

1- Le Programme intégré de Dépollution de la Lagune de Bizerte : Inscrit dans le cadre de la panoplie de projets H2020; ce Programme financé par la BEI , la BERD et l’Union pour la Méditerranée, représente un coût de l’ordre de 90 millions d’euros.

2- Le Projet de Protection des Côtes de Rafraf contre l’érosion maritime, mené par l’APAL, avec un coût de l’ordre de 18 millions de dinars.

3- L’Etude portant sur la Protection contre l’érosion maritime de la zone s’étalant sur la corniche de Bizerte, et celle de Chatt Mariem à Ras Djebel.

4- L’Aménagement de la plage Rondeau à Menzel Bourguiba (ex Ferryville), dans le cadre du Plan de Développement 2016-2020.

5- L’Etude du Système d’avivement des eaux au niveau du vieux Port de Bizerte.

Sans pour autant oublier d’autres Projets qui sont en relation avec l’adaptation de la région de Bizerte aux changements climatiques.

Le paysage de l’Economie bleue à Bizerte

La ville de Bizerte est dotée d’un Port de Commerce en phase de développement, représentant 20% des activités portuaires nationales. L’OMMP a déjà lancé un Projet de réhabilitation et d’extension de ce Port et la création d’un Poste Ro-Pax sur la rive Sud du canal de Bizerte à Zarzouna. Ce Projet qui sera réalisé en PPP figure parmi les 33 Projets retenus lors du Forum sur l’Investissement qui s’est tenu à Tunis en avril 2018. 

Le Port de Bizerte- Menzel Bourguiba enregistre une nette évolution dans le trafic conteneurisé, en passant de 10500 conteneurs en 2011 à 47800 conteneurs en 2018. 

La région dispose, également, d’un important chantier naval, la CMRT à Menzel Bourguiba, et d’une richesse halieutique appréciable avec une moyenne de production dépassant les 70.000 tonnes soit 6% de la production nationale et 8% des exportations du pays en produits de la pêche. Une telle performance est générée par un Port de pêche en haute mer qui se démarque par ses caractéristiques internationales et par une flottille de 1418 unités de pêche, assurant 5058 emplois directs et indirects. 

Le climat doux, les baies tranquilles aux plages de sable blanc, les témoignages laissés par l’histoire au cours des siècles font de la côte Nord Est de la Tunisie, une des destinations touristiques les plus attrayantes du Bassin méditerranéen. 

La côte bizertine, avec des plages séduisantes et une marina de 800 anneaux, en cours de réalisation, comprenant des résidences de luxe, s’étale sur 200 km. 

La Galite, un archipel situé au large de Bizerte, est évocatrice d’une richesse historique et culturelle exceptionnelle ; et Mateur, le Parc national, étalé sur 12600 Ha et inscrit dans notre patrimoine, est le refuge de centaines de milliers d’oiseaux migrateurs. 

La région de Bizerte offre aussi un large éventail d’activités nautiques comme la plongée sous-marine et la planche à voile. Plusieurs Associations sont actives dans ce domaine : le Club nautique de Bizerte, le Club des Activités de Plongée de Bizerte et le Club aquatique de Bizerte.

« Nous devons mettre en valeur toutes les potentialités maritimes, économiques, culturelles et de loisirs dont dispose la région de Bizerte.

Cela nécessite l’implication des différents acteurs euro-méditerranéens pour un développement inclusif et transversal en Méditerranée », conclut M. Mohamed Gouider.

Une histoire qui irrigue l’imagination

Dans son allocation, le Maire de Bizerte, M.Kamel Ben Amara, Ingénieur de Formation, a évoqué le passé lointain de la ville, la gloire d’une cité qui fut le point de rencontre entre l’Occident et l’Orient.

Il a brossé un tableau exhaustif de l’histoire maritime de Bizerte, sur les chemins des croisades de l’histoire, depuis sa naissance en tant que petit comptoir, fondé en 1100 avant Jésus christ, par les Phéniciens.

Un voyage merveilleux à travers l’histoire, une histoire mouvementée.

Selon le Maire de Bizerte, l’histoire enrichit le présent et le futur.

Elle irrigue l’imagination, fonde l’identité maritime de la ville, ses valeurs et sa culture sans les quelles demain rien n’est possible.

Pour comprendre les enjeux d’aujourd’hui, il faut comprendre le passé. C’est pourquoi M. Le Maire a exploré l’histoire de sa ville pour la faire découvrir et partager à l’ensemble des participants.

La Mairie de Bizerte a, elle aussi, une longue histoire. Elle a été créée par décret le 16 juillet 1894 ; cent trente ans d’activités : Que de chemin parcouru au service de l’agglomération. 

Aujourd’hui, Bizerte compte 180 mille habitants et s’affaire, de saison en saison, dans des activités maritimes, de pêche, de loisirs, d’hôtellerie et de transport maritime. 

Au Fil des mois, d’avril à novembre, un ciel bleu dispense sa chaleur et se reflète dans le bleu profond de la Mer.

« La région de Bizerte continue depuis un passé lointain, jusqu’à nos jours, à être un centre privilégié de l’économie bleue en Méditerranée » ; affirme le Maire de Bizerte. Et d’ajouter : « Les ambitions évoluent. C’est pourquoi nous considérons que l’organisation récurrente du Forum de la Mer à Bizerte représente un véritable catalyseur dynamique, pour un essor économique idéal de notre ville, un essor qui sera basé, essentiellement, sur une exploitation rationnelle et durable des ressources côtières et marines».

Promouvoir un modèle économique bleu et équilibré

« En tant qu’ingénieur et Maire de Bizerte et à la lumière des visites que j’ai effectuées dans le cadre de ma profession, à de nombreuses villes côtières dans différents pays, je pense que beaucoup de travail reste à faire et des efforts sont à déployer pour que Bizerte soit prospère et qu’elle rivalise avec d’autres villes phares en Méditerranée, qui ont déjà réalisé un long parcours bleu », a-t-il souligné. 

« Bizerte est prête à relever le défi et à mettre en place très prochainement un Programme ambitieux pour son Littoral et sa mer, en vue de promouvoir un modèle économique bleu et équilibré ; un modèle qui favorise l’internationalisation de notre ville et garantit les bases d’un Développement durable conformément aux 17 objectifs des Nations Unies“. 

« Le Forum de la Mer représente pour Bizerte une opportunité d’or susceptible de propulser l’économie bleue, axe stratégique du Développement durable à une échelle locale pouvant servir d’autres régions de la Tunisie », a-t-il estimé à la fin de sa communication.

Quatre grands enjeux

« Mes propos seront consacrés aux grands enjeux qui préoccupent les amis de la mer et de l’océan.

Ils traduiront, ici en Tunisie, en actions concrètes ce qu’il faudrait faire ; sachant qu’entre ce qu’il faut faire et la réalité de tous les jours, il y a un grand écart qu’il faut absolument combler », c’est ainsi que M. Pascal Lamy, Commissaire européen, ancien Directeur Général de l’OMC et Président du Forum de la Mer, s’est adressé au début de sa conférence aux participants à ce grand rendez-vous. Il a commencé par situer quelques-uns de ces grands enjeux dans les espaces maritimes puis esquisser quelques plans d’action en cours de réalisation et, enfin,  souligner à quel point la méthode adoptée ici à Bizerte est prometteuse. 

« Ces grands enjeux me sont familiers depuis très longtemps. Quand j’étais jeune, je les ai côtoyés. J’étais officier de marine, très proche des espaces marins ; ensuite, comme commissaire européen, comme Directeur Général de l’Organisation Mondiale du Commerce, et comme membre de la Commission Globale des Océans qui a accouché de ce fameux objectif qu’est le Développement durable ; un objectif qui guide toute l’action internationale depuis l’heure actuelle jusqu’à 2030, » a-t-il souligné.

« Cette action internationale est soutenue par Bruxelles. Et la Présidente de la Commission Océan qui vient d’être créée, proposera les grandes actions en matière d’investissement européen dans le domaine de la Recherche et de l’Innovation, dans les cinq à dix ans à venir, à partir de 2021 », a-t-il ajouté. 

Les quatre grands enjeux concernant, selon M. Pascal Lamy, quatre grands secteurs : L’Environnement, parce que nous vivons un drame environnemental océanique ; l’Economie, parce que nous constatons les signes de l’impasse d’une économie bleue non soutenable ; la Géopolitique qui demeure une dimension essentielle des mers et la Science parce qu’il reste encore devant nous beaucoup d’efforts à déployer pour mieux connaître le système océanique. 

1- Sur le plan environnemental : L’écosystème marin est gravement menacé ; ce n’est plus un secret. Le réchauffement climatique, la dégradation de la biodiversité, la pollution, la désoxygénation…

« Tous ces dangers s’aggravent de plus en plus entraînant ce qu’il faut bien appeler : “une mort lente“ ; celle du poumon le plus essentiel pour la vie sur cette planète, ne serait-ce que parce qu’il absorbe une bonne part des émissions de gaz carbonique.

 M. Pascal Lamy s’est référé au Rapport final du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat, GIEC, sur le changement climatique, les océans et la cryptomère, qui sera rendu public, à New York, la semaine prochaine.

Ce rapport fait la synthèse des connaissances les plus récentes sur les liens entre océan, cryosphère et climat ainsi que sur les impacts du changement climatique dans ces domaines, en particulier pour les régions côtières, polaires et la haute-montagne. 

Le Rapport détaillera le sinistre état de santé des océans et des zones glacées de la planète. Fonte des calottes, glacières, hausse de la température de la mer, acidification, perte d’oxygène et montée des eaux… autant de conséquences pour les écosystèmes et l’homme.

 Selon Pascal Lamy, l’océan est au cœur du système climatique. La quantité de chaleur qu’il peut stocker est très élevée. Cette inertie de l’océan en fait un excellent gardien des équilibres thermiques de la planète. 

L’océan stocke également une très grande quantité de carbone : environ 38.000 gigatonnes (Gt) soit 16 fois plus que l’ensemble des plantes terrestres et des sols et environ 60 fois plus que l’atmosphère. 

Le changement climatique modifie l’océan et la cryosphère ; ce qui crée des risques pour les humains et les écosystèmes, qui peuvent affecter les ressources, les emplois, les moyens de subsistance, les cultures et la santé. 

2- Sur le plan économique: La mer est la 7ème économie de cette planète; mais il est regrettable de constater que notre économie maritime est malade. On prend trop des océans et on y rejette trop. On ne sait pas combien on lui rejette », a souligné M. Pascal Lamy avec beaucoup d’amertume.

« Dans les deux cas, nous savons pertinemment que c’est trop ! Ceci débouche sur des enjeux majeurs en matière de nourriture, avec l’appauvrissement des ressources halieutiques qui représentent plus de 50% des protéines animales consommées dans de nombreux pays en développement, avec la surexploitation de certains fonds marins et avec l’activité touristique qui représente prés de 10% de l’économie mondiale », a-t-il indiqué.

« Nous connaissons la voie à suivre: c’est de faire de l’économie maritime une économie circulaire. Nous sommes encore loin ». 

3- Sur le plan géopolitique : cette dimension influe considérablement sur les positions des grands acteurs internationaux.

« Toutes les grandes puissances, a-t-il précisé, ont toujours voulu sécuriser les flux dont elles avaient besoin. C’est le cas aujourd’hui. Il suffit de voir comment la Chine est en train de développer sa présence maritime, en lançant ce gigantesque Projet d’infrastructure de la route de la soie. Voyons ce qui se passe à Colombo, un Port sur la voie de la pénétration chinoise dans les circuits économiques mondiaux ; voyons la vitesse vertigineuse avec la quelle la Chine augmente le nombre de bâtiments qui portent son pavillon sur les mers du monde ». 

« Le phénomène va s’amplifier davantage si l’on considère que d’ici un siècle les trois quarts des grandes villes mondiales seront des Ports de Commerce ; ce qui changera, inévitablement, la géopolitique maritime ».

4- Selon M. Pascal Lamy, l’enjeu scientifique se manifeste d’une part parce que de nombreux phénomènes physiques, chimiques, biologiques et géologiques de cet immense univers marin nous sont encore inconnus et, d’autre part, parce que nos mers et nos océans disposent d’un potentiel formidable pour la résolution de nombreux problèmes comme les algues maritimes en tant que nourriture.

Redressons la situation…

« Tous ces enjeux sont, maintenant, identifiés. Il faut donc en tirer les conséquences pour redresser la situation ; une œuvre qui paraît encore possible pour quelque temps. Une œuvre qui devrait s’effectuer aux plans global, régional et local.

Pour traiter ces enjeux, les plans d’action sont nombreux. Certaines actions se détachent comme urgentes et prioritaires dans trois domaines :

– la protection des océans et des mers avec l’extension des zones maritimes protégées. Celles-ci ne représentent, aujourd’hui, que prés de 10% ; l’objectif serait d’atteindre 30%. 

« Des actions concernant la surpêche et les plastiques sont en cours de réalisation ; mais la liste est loin de couvrir tous les enjeux que j’ai mentionnés ». 

Le conférencier a cité certaines actions comme celles qui sont menées dans le cadre des Nations Unies avec l’objectif 14 qui se décline en une dizaine de cibles ; ou les négociations en cours pour améliorer la gouvernance de la haute mer, ou encore l’organisation du Tourisme. A ce propos, le comité d’éthique a adopté récemment un Traité sur l’Ethique du Tourisme qui traite notamment l’impact environnemental et maritime de l’activité touristique. 

Au plan régional, et surtout dans l’espace euro-méditerranéen, les mesures prises sont plus concrètes et précises à la lumière des actions sur la Méditerranée avec ses deux rives. 

« L’Union Européenne, comme vous le savez, s’est fortement investie sur cette voie. La nouvelle Présidente de la Commission Européenne a déjà annoncé que l’axe vert serait celui des cinq prochaines années.

Ici à Bizerte, on peut citer le projet phare concernant la Dépollution du Lac, les aires marines protégées qui voient le jour. A Bruxelles, tout porte à croire que ces Programmes de Coopération euro-Méditerranéenne vont s’intensifier“, a-t-il affirmé.

« Au plan local, avec des initiatives dont celle qui nous réunit à Bizerte, aujourd’hui, et qui emprunte des voies nouvelles en impliquant les collectivités locales, les entreprises, les ONG et en complétant et parfois remplaçant l’action timide des pouvoirs publics, on peut arriver à quelques chose de concret » ; a-t-il ajouté. 

En conclusion, Pascal Lamy a rappelé la formule qui l’a frappé, employée par le Président chilien M. Sebastián Piñera: « Pour ce qui est de la mer et des océans, nous sommes la première génération à comprendre la catastrophe qui nous guette et nous sommes la dernière à pouvoir l’empêcher ».

La Coopération entre les pays pour la survie

De son côté, M. Mokhtar Hammami, ministre de l’Environnement et des Affaires locales, a fait le point sur l’ensemble des problèmes d’environnement qui s’étaient accumulés au fil des ans dans l’espace méditerranéen. Une méditerranée qui constitue la plus vaste mer intérieure du monde.

Bordée par le sud de l’Europe, l’Ouest de l’Asie et le Nord de l’Afrique, elle communique à l’Ouest avec l’océan atlantique par le Détroit de Gibraltar. Le seuil peu profond qui unit l’Italie, la Sicile et la Tunisie, sépare le bassin occidental du bassin oriental et de ses annexes : la mer de Marmara et la mer noire.

Sur ses bords sont nées, dans l’Antiquité, les civilisations phénicienne, mycénienne, grecque et romaine.  

« La Méditerranée dispose d’une richesse maritime et de richesses souterraines qui suscitent l’intérêt de tous les pays et de toutes les multinationales. Et c’est à cause de cet intérêt excessif qu’elle est devenue fragile sur le plan environnemental. Elle est devenue une importante route de navigation. L’implantation d’activités économiques dont le transport, a généré des retombées négatives qui portaient atteinte à plusieurs secteurs comme le Tourisme. « Sa pollution provoquée par les rejets de matières plastiques et des rejets dangereux, suscite les plus vives inquiétudes » ; a-t-il précisé.

« Les collectivités locales, à côté de l’Etat, sont appelées à jouer un rôle important dans la sauvegarde de la Méditerranée, à travers une panoplie d’actions : la maîtrise de l’explosion urbaine, la résolution des problèmes de rejets industriels, la valorisation des déchets… » ; a-t-il ajouté.

Selon M. Mokhtar Hammami, il serait nécessaire de promouvoir la coopération entre les pays du monde parce que l’affaire écologique ne concerne pas uniquement ceux de la Méditerranée.

« Bizerte, a-t-il conclu, est devenue le symbole de cette coopération par excellence. », avant de proposer deux axes à débattre : 

1- L’action économique locale est-elle forcément synonyme de Développement territorial?

2- Quelle relation y a-t-il entre « activité économique » et « environnement»?

Un modèle d’Economie bleue durable

 Pour M. Isidro Gonzalez, Secrétaire Général adjoint de l’Union pour la Méditerranée, « le Forum de la Mer, à Bizerte, est une occasion idéale à la quelle l’UpM contribue non seulement sur le plan financier ; mais aussi à travers l’organisation du 4ème Atelier portant sur les perceptions et les attentes des employeurs de la région Euro-Med : Développer les compétences et l’emploi dans les secteurs de l’Economie bleue en Méditerranée ». Un Atelier que l’UpM  organise avec HOMERe.

Il a fait allusion à un Projet phare celui de la Dépollution du Lac de Bizerte. « Toute la Méditerranée regarde de près Bizerte. On s’attend à ce que ce soit un modèle d’Economie bleue, durable », a-t-il affirmé.

Et d’ajouter : « Le Secrétariat de l’UpM, à Barcelone, travaille en étroite collaboration avec les Autorités tunisiennes. Cette méthode collaborative permet de garantir une meilleure gestion du projet à réaliser, en impliquant les organismes publics, le secteur privé et les ONG. »

M. Gonzalez était catégorique : « La Méditerranée est la zone la plus sensible aux changements climatiques, à la pollution et au réchauffement de la terre. Il est donc urgent d’agir ».

Concernant le Dialogue sur l’Economie bleue, il s’est renforcé ces dernières années. « Dans ce Dialogue sur l’Economie bleue, il y a de plus en plus d’initiatives dont celle qui vise à lutter contre les déchets plastiques en mer. C’est le nouvel ennemi de la Méditerranée contre lequel nous devons nous engager dans une lutte de tous les instants pour qu’un jour la Méditerranée devienne libre de ce joug qu’est le plastique. »

Selon, le Secrétaire Général adjoint de l’UpM, d’autres sujets occupent une place prioritaire pour atteindre l’objectif ambitieux de sauvegarde de la Méditerranée : l’aménagement spatial maritime, le Tourisme durable et bien maîtrisé…

« Concernant l’avenir, 2020 sera une année décisive pour l’Environnement et le Développement durable. Nous allons organiser une réunion ministérielle sur l’Economie bleue, avec les 43 pays membres de l’Union pour la Méditerranée. Il y aura également une réunion ministérielle sur l’Environnement et les changements climatiques et une autre qui sera axée sur l’Economie verte en vue de mettre sur pied un Plan d’action 2020-2030, consacrant l’idée de « Développement durable ».

Passer à l’économie de régénération

Mme Geneviève Pons, Directrice du Bureau de l’Institut Jacques Delors, à Bruxelles, a exprimé à la fois sa joie de se retrouver en Tunisie où elle est née et son inquiétude parce qu’elle a vu, un jour, à Djerba, des tortues mortes.

« C’est un phénomène qui n’est pas propre à la Tunisie, ni à la Méditerranée ; mais à notre civilisation et à notre génération. Nous avons produit énormément de plastiques qui coulaient jusqu’aux océans. Et beaucoup termine dans la gorge de plusieurs animaux vivants dont les tortues, » a-t-elle remarqué.

Comment réagir ? s’est-elle interrogée.

« Il faut associer tout le monde et il faut considérer toute la chaîne ; revoir la conception des produits, s’interroger sur l’utilité du plastique, développer des alternatives à ce produit… ».

« 65% des plastiques en Tunisie sont à usage unique. Il faut donc interdire ces productions. C’est ce que fait l’Union européenne. Et comme citoyen responsable, il faut refuser d’utiliser ces objets souvent inutiles comme la paille en plastique. »

En Tunisie, c’est surtout un problème de collecte. Celle-ci, réalisée par le secteur informel est acceptable. 80% des déchets sont collectés. C’est au niveau de la mise en décharge que des efforts doivent être déployés parce qu’elle est insuffisante et non structurée.

Et au-delà de ce stade, il faut promouvoir le recyclage », a-t-elle recommandé. On doit passer de l’économie de l’extraction à l’économie de régénération. A cela s’ajoute, selon Mme Pons, la Recherche scientifique et appliquée qui requiert une importance capitale.

Tabler sur une mobilisation générale

Ouvrant la séance plénière « La Méditerranée va-t-elle passer l’année ? », Son Excellence M. Olivier Poivre d’Arvor, Ambassadeur de France en Tunisie, a appelé à ce que la rive Sud de la Méditerranée bénéficie de la même attention accordée à la rive Nord. Le Sud mérite plus de soutien.

« Le sujet de la mer est assez bureautique, technocratique. Le Forum ne devrait pas l’être. C’est un Forum de moyens, d’actions, d’engagement, de résultats. Ceux-ci ne sont pas révélés par les discours. Nous le savons pertinemment : la mer était menaçante, d’après Victor Hugo; aujourd’hui, la mer est menacée. On a peur pour la mer et on a peur pour soi.

Selon l’Ambassadeur, ce n’est pas en multipliant les conférences que le changement aura lieu.

« C’est en permettant aux acteurs locaux de réaliser là où ils sont des actions très concrètes qui mobiliseront les populations et plus particulièrement les jeunes ; » a-t-il souligné. Et d’ajouter: J’aimerais remercier les 60 maires ou adjoints aux maires, des villes tunisiennes littorales qui sont venus pour participer à ce Forum. Ce sont eux qui feront la différence d’une année à l’autre ».

Concernant le premier appel à projet « AMWEJ » (Les Vagues) il va permettre de lancer trois projets cette année : Bizerte, Carthage et Kélibia.

Pour la première fois, on apporte de l’aide financière et de l’accompagnement à trois initiatives locales.

Son Excellence M. d’Arvor a rappelé que « la Saison bleue» sera prolongée jusqu’au mois d’octobre, avec le Forum de Nabeul et l’arrivée de deux bateaux, celui de WWF qui va travailler sur la problématique du plastique et le second, à caractère scientifique, fera une escale en Tunisie pendant quelques mois.

Un catamaran 100% tunisien

La construction navale, l’un des secteurs de l’Economie bleue a été célébrée à travers un catamaran, fabriqué par la société HACO, implantée à El Haouaria, au Gouvernorat de Nabeul.

Employant 300 personnes, cette société produit une unité tous les quatre jours ; et, prochainement, sortira de ce chantier naval, un catamaran de 12 mètres tous les deux jours.

Sur 1500 bateaux produits dans le monde chaque année, la Tunisie en fabrique 150 soit 10% de la production mondiale de ce type de bateaux.

Notons que le catamaran présenté aux particiapants est parti dans la même journée en direction des Antilles.

Plus de coopération, moins de rivalité

Cette deuxième Edition du Forum de la Mer a été marquée par la présence de nombreux invités appartenant à des collectivités locales tunisiennes et françaises. Le 1er Atelier leur a été dédié il portait sur l’Economie bleue durable et les collectivités littorales : échanges entre élus tunisiens et français sur les enjeux de gouvernance des zones littorales, entre opportunités et vulnérabilités.

Le 2ème Atelier s’est focalisé sur les projets de l’économie bleue en Méditerranée.

« L’économie bleue solidaire pour un développement inclusif et transversal en Méditerranée » a été débattue dans le cadre du 3ème Atelier. Quant au 4ème Atelier, il s’est focalisé sur le développement des compétences et l’emploi dans les secteurs de l’Economie bleue en Méditerranée.

« Après la géoéconomie et la géopolitique, la géoécologie. Les océans représentent sans doute l’un des enjeux les plus méconnus de la mondialisation. Or leur devenir, leur possible ou difficile gouvernance, les stratégies nationales qui s’y appliquent, conditionnent l’avenir même de cette mondialisation dont les vecteurs les plus importants en dépendent : le commerce via les transports, les technologies de l’information via les câbles sous-marins par exemple ; au-delà, ce devenir déterminera celui de la planète pour des raisons d’équilibre écologique. Les océans appelleraient à plus de coopération et moins de rivalité », écrivait Jean-Michel Baer, dans « où va le monde ? » Odile Jacob, 1918.

Promouvoir un développement économique durable

Les propos de Mme Catherine Chabaud, qui portait deux casquettes, celle de Députée et celle de navigatrice, étaient plus poétiques et plus concrets à la fois.

« C’est la deuxième fois que je viens en Tunisie. La première a été motivée par la participation à une course maritime qui s’appelait « la Route d’Elyssa ». C’est ainsi que j’ai appris l’histoire de Didon, la princesse, fille du roi de Tyr, au Liban et veuve de Sicharbas, la princesse qui s’enfuit et fonda Carthage. Elle explique son amour pour l’océan par ses origines géographiques.  

En effet, son père est né à Marseille dont le large est composé d’îles qui suscitent l’appareillage vers un horizon chargé de mystères et de promesses.

« Quand j’étais gamine, j’ai compris que la mer était vivante. Avec ma première plongée sous-marine, au fond d’une mer en trois dimensions, j’ai compris que ce paysage était formidable et fantastique; mais surtout qu’il était vivant. », a-t-elle souligné.

Selon Mme Chabaud, promouvoir un développement économique qui ne  porte pas atteinte à l’environnement nécessite d’investir dans l’Education. Il faut montrer aux enfants ce contact avec la nature et sa splendeur. 

Le deuxième évènement a marqué son parcours de navigatrice : c’était à l’occasion de la 1ère Traversée de l’Atlantique. « J’ai vu des déchets ; j’ai ressenti un très fort sentiment de responsabilité individuelle et collective. »

La navigatrice a également évoqué un évènement important qui s’est déroulé en France : le Grenelle de la mer qui visait la mise en œuvre d’un Programme ambitieux faisant de l’Economie bleue une économie respectueuse de son environnement.

« Ce qui était impressionnant dans le Grenelle de la Mer, c’était le travail collaboratif impliquant des parties prenantes d’horizons divers : scientifiques, ONG, collectivités territoriales, syndicats, acteurs économiques. Nous n’avions pas forcément les mêmes orientations ni les mêmes idées ; mais nous partagions la même conviction : la mer est un capital naturel qu’il faut bien gérer. »

D’après Mme Chabaud, le développement d’une économie bleue fait appel à un changement de paradigme. Autrement dit, il ne faut pas se contenter de se demander comment on réduit son impact sur l’environnement marin; il faut également et surtout se demander si son Port qui est un lieu de forte biodiversité peut contribuer à promouvoir la diversité locale.

Pour conclure, elle a repris l’Appel qui a été lancé pour que la mer soit reconnue comme un bien commun pour l’Humanité.

« La Méditerranée, c’est notre bien commun à tous. Donc mobilisons-nous individuellement et collectivement pour cristalliser ce nouveau paradigme. Nous avons réussi à mobiliser le gouvernement français et la société civile. Nous leur avons fait signer cet Appel. J’invite aussi le gouvernement tunisien à s’intéresser à cette notion de bien commun de l’Humanité».

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