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La RDI… au service de la Pêche et de l’Aquaculture …

juillet 29th, 2019 | by admin
La RDI… au service de la Pêche et de l’Aquaculture …
Economie
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La Tunisie a, par rapport aux pays arabes et africains, une longueur d’avance dans la maîtrise des sciences et technologiques de la mer et ce, grâce à la création de l’Institut National des Sciences et Technologies de la Mer, INSTM, un Etablissement presque centenaire.

Cet organisme de Recherche-Développement-Innovation est au cœur de la créativité marine, l’esprit d’initiative et d’entreprise et la maîtrise des risques qui menacent nos ressources halieutiques.

Selon son Directeur Général, M. Hechmi Missaoui, l’avenir est encore maîtrisable ; mais il faut agir vite ». 

La Revue de l’Entreprise :

Vous dirigez un Institut national qui s’est chargé depuis des dizaines d’années de la Recherche-Développement dans un domaine bien particulier, à savoir la  “Tunisie bleue“. Voulez-vous le présenter à nos lecteurs ?

M. Hechmi Missaoui :

L’Institut National des Sciences et Technologie de la Mer INSTM ,  créé en 1924,   est un établissement public à caractère administratif sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche. Il s’est doté de cinq Laboratoires nationaux : 

* Le Labo des ressources halieutiques

* Le Labo du milieu marin

* Le Labo de l’aquaculture

* Le Labo de biodiversité marine

* Et le Labo de biotechnologie marine

Le siège de l’INSTM est à Salammbô dans la banlieue nord de Tunis ; mais il s’est renforcé en créant 8 autres annexes répartis sur tout le littoral tunisien, favorisant le contact direct avec la profession pour des avis scientifiques sur l’exploitation des ressources halieutiques sur nos côtes, faciliter la collecte des données scientifiques, socioéconomiques relatives aux zones de pêche, au niveau des régions et d’optimiser les moyens humains et matériels de l’Institut.

L’INSTM compte 280 personnes dont 100 chercheurs permanents soit une vingtaine de chercheurs par Laboratoire. Les programmes de recherche sont élaborés conjointement entre les chercheurs, les administrateurs et les professionnels selon le besoin du secteur de la pèche et l’aquaculture à l’échelle locale et régionale, le contexte environnemental régional en méditerranée, et, la conjoncture socioéconomique répondant aux attentes du programme de l’économie bleue. 

Ces programmes de recherche qui durent tous les 4 ans sont évalués au moment de leur préparation, à mi-parcours de leur exécution et pendant leur achèvement par une commission scientifique nationale sous la tutelle du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. 

L’Institut a pu se distinguer à l’échelle internationale grâce à ses succès dans de nombreux projets et accords internationaux sur les plans scientifique et financier où il a participé ces dernières années à plusieurs programmes de Recherche- Développement et de Formation, à l’instar des Programmes de Coopération transfrontalière Tunisie- Italie, Coopération dans le cadre de l’Instrument Européen de Voisinage et de Partenariat  (IEVP) CBCMED  , programme H2020,  USAID dans le cadre des Projets PEER.

Ces programmes sont exécutés par l’INSTM en collaboration avec d’autres partenaires nationaux universitaires, de développement, semi étatiques, professionnels ou société civile.

La Revue de l’Entreprise :

L’INSTM a-t-il pu contribuer à la conservation, à la protection et à l’amélioration des ressources maritimes relatives au secteur de la pêche? Comment ?

M. Hechmi Missaoui :

Sans aucun doute. En fait, le rôle de la recherche scientifique est primordial dans le développement de tous les secteurs, en particulier le secteur de la pêche. L’INSTM est doté de tout un laboratoire « Laboratoire des Sciences Halieutiques » d’un effectif de plus de 50 personnes (chercheurs, ingénieurs et techniciens) dont le rôle principal est d’exécuter des Programmes de recherche dans le domaine des Ressources halieutiques en Tunisie. En effet, les résultats obtenus contribuent largement dans la prise de décisions au niveau du ministère pour mieux gérer et protéger nos ressources. A titre indicatif, les résultats de l’évaluation des stocks sur les espèces benthiques ont montré que ces derniers sont largement surexploités et les experts de l’INSTM ont suggéré la réduction de l’effort de pêche, particulièrement dans la région du golfe de Gabès. Ceci a été traduit, entre autre, par l’instauration du repos biologique (fermeture de la région du golfe de Gabès pour les chalutiers durant une période de 3 mois (juillet, août et septembre) et ce, depuis l’année 2009. D’autre part, les résultats obtenus par les équipes du laboratoire ont montré que les eaux tunisiennes abritent un potentiel exploitable très important de petits pélagiques qui oscille entre 100 000 et 130 000 tonnes de poissons. Ceci a contribué au lancement de tout un plan national de développement de ce secteur, entre autre, par de nouvelles licences de pêche dans toutes les régions. Les captures de ces espèces ont presque doublé, depuis cette étude. En outre, les résultats de la recherche contribuent également à de nombreuses prises de décisions dans le secteur de la pêche et l’avis des experts est pris en considération dans de nombreuses occasions (campagnes de pêche, Coquillages, Corail, repos biologique, Chrafis, nouvelles espèces exploitées (holothuries, algues, etc., …), crabe bleu, pêche artisanale, pêche récréative, …).

La Revue de l’Entreprise :

En tant qu’homme de la science, comment voyez-vous aujourd’hui nos fonds de pêche et l’état actuel de nos zones de pêche ?

M. Hechmi Missaoui :

Ma perception à propos de cette question, repose particulièrement sur les derniers résultats de la recherche scientifique dans le domaine de l’évaluation des stocks des poissons. En Tunisie, ces résultats ont montré que la situation des stocks et de leur état d’exploitation pourrait varier d’un groupe d’espèce à un autre et d’une région à une autre.

Pour les ressources benthiques : Les scientifiques du Laboratoire ont montré, depuis quelques années, que ces ressources sont largement surexploitées, essentiellement, dans la région du golfe de Gabès où la grande majorité des espèces sont soumises à une forte pression de pêche. Cette situation est moins ressentie dans la région Est et Nord, mais elle sreste à considérer avec prudence. Rappelons que la surexploitation des ressources benthiques est un phénomène mondial et régional (Méditerranée) dont souffre presque toutes les régions. Il est à signaler qu’environ 80 % des stocks halieutiques en Méditerranée sont surpêchés.

Pour les ressources pélagiques : Les résultats des travaux d’évaluation des stocks obtenus par les équipes de recherche du Laboratoire des Sciences Halieutiques de l’Institut ont montré que les eaux tunisiennes abritent d’importants stocks de petits pélagiques (Sardine, anchois, sardinelle, saurel, maquereau, …) dont le potentiel exploitable dépasse les productions actuelles enregistrées au niveau des statistiques de pêche. Nos captures actuelles n’ont pas encore atteint ce seuil. Enfin, la situation du stock du thon rouge s’améliore en Méditerranée et le quota tunisien a passé de 1000 tonnes pour la période de (2011-2014) à 1248 tonnes en 2015 avec une augmentation progressive pour atteindre 2655 tonnes en 2020.

La Revue de l’Entreprise :

Doit-on, selon vous, fixer annuellement les totaux admissibles des captures ? Est-ce que cela ne peut concerner que quelques espèces de poisson ?

M. Hechmi Missaoui :

Pour les espèces benthiques, il est difficile de gérer ces ressources par la fixation des totaux admissibles des captures (Quota). En effet, les pêcheries démersales en Méditerranée sont plurispécifiques (plusieurs espèces sont pêchées à la fois par un coup de chalut ou par les engins de la pêche côtière). Le système Quota donne de meilleurs résultats particulièrement pour les pêcheries monospécifiques (une seule espèce est pêchée). En Méditerranée, nous suivons généralement des procédures d’aménagement qui reposent essentiellement sur la réduction de la mortalité par pêche exercée sur les espèces (par la réduction de l’effort de pêche (capacité de pêche) ; l’amélioration de la sélectivité des engins de pêche, la fermeture des zones de pêche, …). Cette méthode de gestion est adoptée également par la Commission Générale de la Pêche en Méditerranée (CGPM) pour gérer les pêcheries méditerranéennes. Actuellement, les totaux admissibles de captures sont appliqués pour quelques espèces de grands pélagiques comme le thon rouge et l’espadon par l’ICCAT (Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique).

La Revue de l’Entreprise :

Faut-il promouvoir le développement harmonieux et équilibré du secteur de la pêche et l’utilisation rationnelle des ressources biologiques de la mer en Tunisie ? Comment ?

M. Hechmi Missaoui :

Incontestablement, oui. En Tunisie, la situation actuelle des pêcheries particulièrement des espèces démersales devient de plus en plus alarmante. Le phénomène de la pêche anarchique et illégal s’accentue de plus en plus. Des mesures devraient être prises à tous les niveaux : 

• application de la réglementation en vigueur (la Tunisie est dotée d’une très bonne législation en matière de pêche) ; 

• La sensibilisation des pêcheurs et la vulgarisation des résultats de la recherche et des détails de la réglementation

• L’implication de tous les intervenants du secteur dans la prise de décision et dans l’implémentation des plans d’aménagement. En effet, l’Approche Ecoystémique des Pêches (AEP) devient, de plus en plus, l’un des outils les plus utilisé pour mieux gérer les pêcheries 

• La priorité absolue doit être donnée à la protection et à la conservation des ressources halieutiques pour assurer leur exploitation durable.

La Revue de l’Entreprise :

Comment peut-on assurer le respect des restrictions en matière de méthodes de pêche ?

M. Hechmi Missaoui :

Pour respecter les restrictions en matière de méthodes de pêche, il faut :

• Appliquer la réglementation en vigueur et doter les services en charge par tous les moyens nécessaires.

• Impliquer les pêcheurs et tous les intervenants dans le secteur de la pêche et prendre leur avis en tenant compte de tous leurs problèmes et soucis dans toutes les prises de décision et l’implémentation des éventuels plans d’aménagement.

• Eliminer la pêche anarchique et mal conduite et prévoir des solutions alternatives pour lutter contre la pêche illicite et illégale.

La Revue de l’Entreprise :

A la lumière de vos recherches, quel avenir pour la « Tunisie bleue » et, plus particulièrement, le secteur de la pêche côtière et en eau profonde ?

M. Hechmi Missaoui :

L’avenir est encore maîtrisable et à notre portée à condition d’agir vite et dans le bon sens. Tous les intervenants dans le secteur devraient être conscients des problèmes de la surpêche et que notre seule issue est l’approche participative où tout le monde apporte le plus pour une Tunisie bleue. Sûrement, il y aurait des sacrifices et des difficultés au début, mais au fil des jours et avec la persévérance requise, la situation va s’améliorer vers une pêche responsable et durable. En effet, un effort considérable est à fournir dans tous les domaines, particulièrement au niveau national pour la pêche côtière. Nos efforts devraient être également multipliés au niveau international pour mieux s’intégrer dans le processus régional méditerranéen surtout la coopération avec les pays riverains, particulièrement pour mieux gérer les pêcheries à exploitation partagée en eaux profondes telles que la crevette rose, les crevettes rouges des eaux profondes et le sabre (ceinture). 

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