Le PIB chinois a progressé de 5,2 % en 2023, selon les chiffres officiels publiés par Pékin. Cette performance dépasse la moyenne mondiale, malgré un contexte international marqué par l’inflation et les tensions commerciales.
Plus de 140 pays considèrent désormais la Chine comme l’un de leurs trois principaux partenaires économiques. Pourtant, la trajectoire du pays se heurte à plusieurs obstacles : le marché immobilier marque le pas, l’endettement reste élevé, et les restrictions américaines sur la technologie compliquent le tableau. Les investisseurs scrutent l’évolution des politiques publiques, tout en évaluant les perspectives de liaisons renforcées avec d’autres marchés émergents.
Chine en 2023 : forces, faiblesses et moteurs de croissance
La croissance économique chinoise continue de déjouer les pronostics. Avec un PIB supérieur à 17 700 milliards de dollars, la République populaire de Chine s’impose comme la deuxième puissance mondiale, portée par un secteur manufacturier redoutablement compétitif. Les usines du pays fabriquent aujourd’hui plus de la moitié des panneaux solaires de la planète et règnent sur la production de batteries destinées aux véhicules électriques. Ce socle industriel propulse les exportations : en 2023, la Chine a expédié plus de 3 380 milliards de dollars de marchandises, consolidant sa place au cœur des chaînes de valeur mondiales.
Le secteur des infrastructures poursuit sur sa lancée, qu’il s’agisse de nouveaux ponts, de lignes ferroviaires à grande vitesse ou d’espaces urbains modernes. Mais l’autre face de la médaille se devine dans la fragilité du secteur immobilier chinois. Endettement massif des promoteurs, hésitation des ménages, déclin des prix : la confiance s’étiole. Les annonces de soutien par les autorités peinent à raviver la demande intérieure, et l’élan s’essouffle.
Au-delà de l’immobilier, la Chine parie sur l’innovation. Le secteur des véhicules électriques affiche une croissance fulgurante, pilotée par des géants comme BYD ou CATL. L’État dirige les investissements vers la technologie et la recherche, déterminé à gagner en autonomie industrielle.
Les obstacles s’accumulent toutefois. Les restrictions américaines sur les semi-conducteurs, la crispation géopolitique et le vieillissement de la population pèsent sur les perspectives. Malgré tout, la capacité d’ajustement de l’économie chinoise ne se dément pas. Elle s’appuie sur la volonté de réinventer ses moteurs de croissance et de s’ouvrir à de nouveaux marchés émergents.
Quels liens la Chine tisse-t-elle aujourd’hui avec les autres marchés émergents ?
Le commerce Sud-Sud prend une toute nouvelle dimension. La Chine, moteur des échanges entre pays en développement, s’impose comme pivot des réseaux économiques. Les flux commerciaux entre Pékin et les autres marchés émergents ne cessent d’augmenter, dépassant les 2 000 milliards de dollars en 2023 selon les douanes chinoises. Les entreprises chinoises enregistrent désormais la majorité de leur croissance extérieure dans ces régions, largement devant les marchés dits « matures ».
En Amérique latine, la République populaire de Chine multiplie les accords pour sécuriser ses approvisionnements en matières premières avec le Brésil ou l’Argentine. Elle investit dans les infrastructures, du rail brésilien aux ports chiliens, en contrepartie d’un accès prioritaire au soja, au cuivre ou au lithium. Sur le continent africain, la participation à la zone de libre-échange continentale s’accompagne de la construction de grandes infrastructures énergétiques et routières, souvent financées par des établissements bancaires chinois.
L’Asie du Sud-Est se distingue aussi. La Chine s’inscrit dans le partenariat régional RCEP aux côtés de l’ASEAN et de l’Indonésie, élargissant le périmètre d’intégration commerciale. Cette stratégie s’étend jusqu’à l’Union économique eurasiatique ou au Mercosur. Accords bilatéraux, investissements directs croissants, diversification des chaînes de valeur : tout converge vers un renforcement des liens économiques et une accélération du développement des marchés émergents autour du géant chinois.
Perspectives économiques jusqu’en 2030 : entre ambitions et incertitudes
La croissance économique chinoise intrigue. D’un côté, la Chine affiche un produit intérieur brut au-delà de 17 000 milliards de dollars, un socle industriel solide, des réserves financières imposantes. De l’autre, la décélération du secteur immobilier chinois, la démographie déclinante et les tensions géopolitiques alimentent les doutes sur le chemin à venir.
L’industrie mondiale continue de s’appuyer sur la Chine, qui conserve son emprise sur le secteur manufacturier, le textile et l’électronique. Mais le pays ne peut plus seulement jouer la carte du volume. Pékin affiche ses ambitions : grimper en gamme dans la chimie, l’équipement électrique, les batteries et l’énergie solaire. Ce virage traduit une volonté d’entrer dans une nouvelle ère industrielle.
Le G20 prévoit une contribution chinoise notable à la croissance mondiale d’ici 2030, même si les rythmes se révéleront plus mesurés que lors de la décennie écoulée. Le niveau de vie moyen progresse doucement, mais l’écart avec les États-Unis ou l’Union européenne reste tangible.
Plusieurs dynamiques structurent la décennie à venir :
- Les investissements directs étrangers demeurent un levier-clé pour stimuler l’innovation.
- Le maintien du leadership industriel passera par la gestion des défis démographiques et la sécurisation des ressources stratégiques.
- La diversification des débouchés, en particulier vers les marchés émergents du G20, s’impose comme une réponse concrète aux tensions commerciales.
La décennie s’annonce dense, à la croisée des ambitions industrielles et des réalités d’un système soumis à de fortes pressions. La Chine navigue entre ouverture contrôlée et quête d’autonomie stratégique.
Investir face aux défis et opportunités d’un géant en mutation
Le marché chinois intrigue et attire à la fois. Les investisseurs abordent la République populaire de Chine avec une prudence teintée d’intérêt, conscients que la donne peut changer à tout moment sous l’effet de la volatilité politique ou d’un contrôle accru des flux de capitaux. Les marchés financiers mondiaux réagissent vivement aux signaux émis par Pékin : annonces de plans de relance, ajustements réglementaires, réorientations de la politique chinoise sur les droits de douane ou les pratiques anti-dumping.
La diversification des flux commerciaux s’accélère, portée par l’essor des entreprises chinoises sur les marchés émergents et la volonté de réduire la dépendance à l’Europe ou aux États-Unis. Les tensions commerciales, amplifiées par les mesures de rétorsion et les enquêtes anti-dumping, incitent chacun à repenser ses chaînes d’approvisionnement et à renforcer sa robustesse industrielle.
Voici les principaux points que les investisseurs surveillent :
- La capacité de la Chine à stabiliser son secteur immobilier et à soutenir l’activité du secteur manufacturier.
- L’impact des initiatives publiques en faveur de l’innovation et de la progression des secteurs stratégiques.
- L’affirmation des marchés émergents dans la stratégie chinoise, avec un recentrage marqué sur l’Afrique, l’Asie du Sud-Est et l’Amérique latine.
Les arbitrages entre marchés financiers et investissements productifs, les flux de capitaux, les orientations de la politique commerciale chinoise façonnent un environnement qui évolue sans cesse. Ici, la croissance ne tombe pas du ciel. Elle se façonne, pas à pas, au gré des ajustements politiques, des secousses économiques et d’une tension permanente entre ouverture et souveraineté. L’histoire économique chinoise vient à peine d’écrire son dernier chapitre que déjà, la suite intrigue et mobilise.


