Depuis les années 1970, plusieurs rapports internationaux alertent sur les effets indésirables d’une croissance économique soutenue. Alors que l’augmentation du PIB reste l’indicateur privilégié pour mesurer le progrès, certains coûts cachés s’accumulent sans toujours entrer dans les statistiques officielles.
Le consensus sur les bénéfices de la croissance n’est plus total. Des économistes remettent en cause sa viabilité à long terme, soulignant des tensions entre exploitation des ressources et préservation des écosystèmes. Les débats contemporains s’articulent désormais autour de la capacité des modèles actuels à conjuguer développement économique et limites planétaires.
Comprendre la croissance économique : définitions, enjeux et limites
La croissance économique occupe depuis des décennies une place de choix dans les discours sur le développement. Calculée principalement à travers le produit intérieur brut (PIB) par habitant, elle reste la référence des grandes institutions mondiales telles que la Banque mondiale, le FMI ou le PNUD. Mais derrière cette définition, souvent résumée à l’augmentation continue de la production de biens et services, se cache un mécanisme bien plus nuancé, chargé de contradictions.
L’exemple de la Dominique est révélateur : là-bas, la productivité agricole, selon les analyses de causalité de Granger, influe directement sur la croissance économique et le secteur du tourisme. Ce trio façonne une dynamique où la hausse du PIB s’alimente aussi bien de la consommation énergétique que de l’exploitation des ressources naturelles. Les statistiques montrent clairement une relation directe : plus la croissance économique s’accélère, plus les émissions de CO2 augmentent. Ici, impossible de passer sous silence le revers de la médaille : la croissance, loin d’être anodine, pèse lourdement sur l’environnement, renforce la dépendance énergétique et fragilise la base naturelle du développement.
Autre constat marquant, le développement humain, mesuré par l’indice de développement humain, ne suit pas nécessairement la même cadence que celle du PIB. Le décalage interroge : alors que la croissance progresse, certains indicateurs de bien-être stagnent ou évoluent différemment. À l’échelle mondiale, la viabilité du modèle s’effrite, et la Dominique en offre une illustration frappante, avec une croissance économique qui s’accompagne de conséquences négatives, notamment une hausse des gaz à effet de serre. De quoi nourrir le débat sur les limites de la croissance et l’urgence de repenser nos outils de mesure du progrès.
Quels impacts négatifs sur l’environnement et les ressources naturelles ?
Impossible d’ignorer le lien entre croissance économique et dégradation de l’environnement. À la Dominique, chaque point de PIB s’accompagne d’une envolée des émissions de CO2. Trois grands leviers expliquent ce phénomène :
- la consommation d’énergie fossile
- le tourisme
- l’agriculture intensive, dans une moindre mesure
Les études économétriques, qu’il s’agisse de l’ARDL ou du FMOLS, confirment que la croissance et la consommation énergétique accentuent les émissions sur le long terme.
Pour mieux saisir l’ampleur du problème, observons la répartition :
- Le secteur énergétique engendre à lui seul plus de 70 % des émissions de CO2. Sur l’île, la production d’électricité oscille entre l’hydroélectricité (51,6 %) et le diesel (48,4 %), renforçant une forte dépendance aux hydrocarbures et une empreinte carbone persistante.
- Le tourisme, moteur de l’économie locale, intensifie la pression sur les ressources : transports, hébergements, infrastructures, tout concourt à gonfler les émissions de gaz à effet de serre.
- Quant à l’agriculture, une hausse de la productivité agricole contribue à limiter les émissions. Cette tendance, bien que minoritaire, se révèle statistiquement solide dans le cas de la Dominique.
Les effets se mesurent dans la réalité : dégradation de la qualité de l’environnement, raréfaction des ressources naturelles, vulnérabilité accrue face au changement climatique. L’île subit cyclones, montée des eaux, menaces sur la biodiversité. Même si les émissions par habitant restent relativement basses (2,2 tonnes de CO2 en 2019), la fragilité de la Dominique s’accroît. La croissance, séduisante en apparence, s’accompagne d’externalités négatives qui érodent le capital naturel et la capacité de résilience du territoire.
Théories économiques et critiques : la croissance remise en question
Longtemps, la croissance a fonctionné comme une évidence dans la pensée économique. Aujourd’hui, les limites s’imposent. Les chiffres relevés à la Dominique sont sans équivoque : la croissance économique provoque une augmentation des émissions de CO2. Les méthodes ARDL ou de causalité de Granger le confirment : la corrélation est forte, à sens unique. Les modèles classiques centrés sur le PIB passent sous silence les externalités environnementales et la dimension finie des ressources naturelles.
Des voix émergent pour contester ce cadre. L’école écologique, avec des figures comme Georgescu-Roegen ou les partisans de la décroissance, met en lumière l’impasse d’un modèle fondé sur une accumulation sans bornes. Le progrès technique, longtemps perçu comme une solution universelle, montre aujourd’hui ses limites : les gains d’efficacité sont souvent annulés par une hausse globale de la production, un mécanisme désormais bien documenté sous le nom d’effet rebond.
| Théorie | Postulat | Limites |
|---|---|---|
| Classique | La croissance améliore le bien-être | Externalités ignorées |
| Ecologique | La croissance a un coût environnemental | Difficulté d’intégration politique |
Les Accords de Paris et les politiques de réduction des émissions obligent désormais à revoir le modèle en profondeur. Les institutions mondiales, qu’il s’agisse de la Banque mondiale ou du FMI, prennent la question à bras-le-corps, mais la conciliation entre développement économique et respect des limites écologiques se fait attendre. Aujourd’hui, la croissance n’est plus simplement un objectif : elle devient un paramètre à questionner, sous peine de sacrifier le capital naturel au profit de la seule logique du PIB.
Vers de nouveaux modèles : économie circulaire, décroissance et alternatives durables
La transition énergétique s’impose comme le passage obligé pour desserrer l’étau des énergies fossiles. À la Dominique, l’essentiel des émissions de CO2 provient encore du secteur énergétique, partagé entre hydroélectricité et diesel. Pourtant, l’île s’est engagée à réduire ses émissions de 39 % d’ici 2025, puis 45 % en 2030, conformément aux Accords de Paris. Le défi est de taille, la détermination affichée.
L’économie circulaire propose une réinvention profonde de nos modes de production et de consommation. Il s’agit d’optimiser chaque ressource : recycler, réutiliser, allonger la vie des biens. Ce modèle s’oppose au schéma actuel, extraire, consommer, jeter, qui montre ses limites. Côté agriculture, le basculement vers une production naturelle vise la sécurité alimentaire tout en ménageant les équilibres écologiques. Les recommandations s’orientent vers des pratiques qui préservent le capital naturel sans sacrifier rendement et qualité.
Le tourisme éco-efficace complète l’équation. Trouver le bon équilibre entre afflux de visiteurs et bien-être des résidents, diminuer l’empreinte carbone, intégrer la protection de la nature dans l’offre touristique : autant de leviers stratégiques sur une île exposée aux aléas climatiques.
Voici les pistes qui dessinent ces alternatives concrètes :
- Énergie renouvelable : pilier de la mutation énergétique
- Agriculture naturelle : garantir l’autonomie alimentaire tout en respectant l’environnement
- Tourisme sobre : concilier attractivité et sauvegarde des ressources
Face aux limites de la croissance, ces approches ouvrent une brèche vers un développement plus sobre, mieux ancré dans la réalité des ressources et la résilience des sociétés. Le chemin n’est pas tracé d’avance, mais chaque pas compte pour transformer l’élan économique en futur viable. À chacun de choisir entre la fuite en avant et l’invention d’un autre possible.


