La prime versée à l’occasion de la médaille d’honneur du travail n’a aucun fondement légal obligatoire. Son existence, son montant et ses modalités dépendent exclusivement de l’accord collectif, de la convention de branche ou de l’usage d’entreprise. Ce constat posé, le traitement paie de cette gratification a profondément changé depuis la loi de finances pour 2026, et la distinction entre brut, net imposable et net à payer mérite un décryptage ligne par ligne.
Traitement paie de la prime médaille du travail depuis la loi de finances 2026
La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 a supprimé l’exonération d’impôt sur le revenu qui s’appliquait à la gratification versée lors de la remise de la médaille d’honneur du travail. Concrètement, la prime est désormais soumise à l’impôt sur le revenu dès le premier euro, quel que soit son montant.
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Le BOSS (Bulletin officiel de la Sécurité sociale) du 10 avril 2026 a toutefois introduit une tolérance : l’exonération de cotisations sociales continue de s’appliquer pour les revenus versés à l’occasion de la médaille d’honneur du travail jusqu’au 31 décembre 2026. Passé cette date, nous n’avons aucune garantie de reconduction.
Ce décalage entre régime fiscal et régime social crée une situation inhabituelle sur le bulletin de paie :
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- La prime reste exonérée de cotisations sociales (dans la limite d’un mois de salaire de base), donc le brut et le net social sont quasi identiques sur cette ligne
- Elle entre en revanche dans le net imposable du salarié, ce qui augmente le prélèvement à la source du mois de versement
- Le net à payer réel est donc inférieur au net social affiché, uniquement à cause du PAS recalculé

Plafond d’exonération sociale : comment définir le salaire mensuel de base
L’exonération de cotisations sociales n’est pas illimitée. Elle s’applique à hauteur d’un mois de salaire de base du bénéficiaire. Au-delà, la fraction excédentaire suit le régime classique des éléments de rémunération soumis à charges.
La notion de « salaire mensuel de base » exclut les primes variables, les heures supplémentaires, les avantages en nature et tout élément accessoire. Nous recommandons de retenir strictement la rémunération contractuelle brute mensuelle figurant sur la ligne « salaire de base » du bulletin, hors 13e mois ou gratifications récurrentes.
Toute fraction de prime dépassant ce plafond supporte l’intégralité des cotisations sociales (part salariale et patronale). Sur un bulletin, cela se traduit par deux lignes distinctes : une ligne exonérée et une ligne soumise. Les logiciels de paie récents gèrent ce split, mais un paramétrage manuel reste nécessaire dans certaines configurations.
Montant de la prime médaille du travail : accord d’entreprise ou versement exceptionnel
Aucun texte ne fixe de montant plancher ou plafond pour la gratification. Les barèmes observés dans les accords d’entreprise varient selon l’échelon de la médaille et l’ancienneté du salarié. Certains accords prévoient des montants allant de quelques centaines d’euros pour la médaille d’argent à plusieurs centaines d’euros pour la médaille grand or.
Prime prévue par accord collectif
Quand un accord NAO ou un accord spécifique encadre le versement, la prime constitue un engagement de l’employeur. Le salarié peut en exiger le paiement. Le traitement paie est identique à tout élément conventionnel : la prime figure sur le bulletin comme un élément de rémunération identifié, avec son propre code rubrique.
L’accord peut moduler le montant selon le grade de médaille (argent, vermeil, or, grand or) ou selon l’ancienneté réelle dans l’entreprise. Nous observons fréquemment des barèmes internes qui distinguent quatre à cinq tranches.
Prime versée à titre exceptionnel sans accord
En l’absence d’accord ou de convention, l’employeur peut verser une gratification de manière discrétionnaire. Ce versement reste soumis aux mêmes règles d’exonération sociale (plafond d’un mois de salaire de base) et à l’imposition sur le revenu. La différence se situe sur le terrain du droit du travail : le salarié ne dispose d’aucune créance exigible, sauf si un usage constant et général peut être démontré.
Calcul du net à payer : méthode pas à pas
Prenons une approche méthodique pour reconstituer le net à payer réel sur le bulletin.
Première étape : déterminer si la prime est inférieure ou supérieure au salaire mensuel de base. Si elle est inférieure, aucune cotisation sociale ne s’applique sur la totalité de la prime (tolérance BOSS jusqu’au 31 décembre 2026).
Deuxième étape : intégrer la prime dans l’assiette du net imposable. Depuis la loi de finances 2026, la totalité de la gratification entre dans le revenu imposable. Le taux de prélèvement à la source du salarié s’applique donc sur cette somme additionnelle.
Troisième étape : calculer le net à payer. Pour une prime intégralement exonérée de cotisations sociales, le net à payer correspond au montant brut diminué du seul prélèvement à la source. Le salarié perçoit donc la quasi-totalité de la prime, minorée de son taux PAS individualisé.
Si la prime dépasse le plafond d’un mois de salaire, la fraction excédentaire supporte les cotisations salariales habituelles (CSG, CRDS, retraite complémentaire, etc.), ce qui réduit sensiblement le net à payer sur cette tranche.

Échelons de la médaille du travail et ancienneté requise
La médaille d’honneur du travail comporte quatre échelons, chacun lié à une durée de services. Ces échelons conditionnent souvent le barème de prime dans les accords d’entreprise :
- Médaille d’argent : vingt années de services
- Médaille vermeil : trente années de services
- Médaille d’or : trente-cinq années de services
- Médaille grand or : quarante années de services
Les services pris en compte incluent l’ensemble de la carrière salariée, pas uniquement l’ancienneté chez l’employeur actuel. Un salarié peut donc obtenir la médaille grand or alors qu’il n’a que dix ans d’ancienneté dans son entreprise actuelle.
Points de vigilance pour la paie en fin d’année 2026
La tolérance du BOSS sur l’exonération sociale expire au 31 décembre 2026. Aucune prolongation n’a été annoncée à ce stade. Les services paie doivent anticiper deux scénarios pour les remises de médailles prévues au premier semestre 2027 : maintien de l’exonération (si un nouveau texte intervient) ou soumission intégrale aux cotisations sociales.
Nous recommandons de provisionner la charge patronale complète sur les primes de médaille prévues début 2027, quitte à régulariser en cas de reconduction de la tolérance. Côté salarié, la suppression de l’exonération fiscale combinée à une éventuelle fin de l’exonération sociale réduirait le net à payer de manière significative par rapport aux années précédentes.

