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La gestion de l’eau en Débat Un séminaire d’experts dans la gestion de l’eau

janvier 3rd, 2020 | by admin
La gestion de l’eau en Débat  Un séminaire d’experts dans la gestion de l’eau
Economie
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La chambre Tuniso-Allemande de l’Industrie et du Commerce a organisé en collaboration avec la German Water Partnership, GWP, une rencontre d’experts, le 12 novembre 2019, à l’hôtel Novotel à Tunis, dans le cadre du programme de développement du marché pour les PME, du ministère fédéral allemand de l’Economie et de l’Energie (BMWi). 

Cette rencontre à la quelle ont pris part les hauts responsables de la SONEDE et de l’ONAS et ceux d’entreprises privées opérant dans le secteur des eaux, a suscité des échanges fructueux entre les experts tunisiens et leurs homologues allemands. Echanges fructueux pour mieux appréhender les futurs possibles. 

Le rencontre qui a réuni des experts tunisiens et allemands, la SONEDE et l’ONAS ainsi que des entreprises privés opérant dans le domaine de l’Eau, faisait partie du voyage d’affaires organisé en Tunisie, du 11 au 15 novembre 2019.

L’objectif de ce voyage d’affaires de cinq jours a été de permettre aux PME allemandes de l’industrie de l’eau d’établir des relations avec les entreprises tunisiennes du secteur de l’eau, soucieuses d’adopter les technologies les plus avancées, les plus efficaces et les plus fiables dans le domaine de la gestion des eaux. 

Ce voyage s’est traduit par un programme varié comprenant une rencontre d’information qui a eu lieu le 12 novembre 2019, à l’hôtel NOVOTEL, à Tunis, des réunions B2B et des visites d’usines de référence. 

Un accent bien particulier a été mis sur l’approvisionnement en eau, la technologie des eaux usées et les usines de dessalement en Tunisie. 

A ce voyage d’affaires, onze entreprises allemandes ont participé : ABIONIK Group/Martin Systems GmbH, Aerzener Maschinenfabrik GmbH, Barthauer Software GmbH, BFS Betonfertigteilesysteme GmbH, DWI Service GmbH, Kaeser Kompressoren SE, NIVUS GmbH, Rudolf Messner Umwelttechnik AG, Seba Dynatronic Mess Und ortungstechnik GmbH et VAG GmbH. 

Notons que la GWP est un réseau puissant avec, aujourd’hui, 350 membres du secteur de l’eau allemand. Les membres de cette structure appartiennent au secteur public et privé, comprenant des entreprises, des organisations gouvernementales et non gouvernementales, des instituts scientifiques ainsi que des associations ayant trait à l’eau.

“Son objectif principal est de faciliter l’accessibilité à l’ingénierie, au savoir-faire et à l’expertise du secteur de l’eau en Allemagne pour résoudre les problèmes et révéler les défis de la gestion et de la purification de l’eau dans le monde“, a expliqué Mme Sarah Dushka, de la GWP. 

Vers une économie

 circulaire

La rencontre a été articulée autour de trois sessions :

– conditions-cadres et opportunités de marché dans les secteurs de l’eau et des eaux usées en Tunisie : M. Habib Ben Moussa, chargé de mission au cabinet de M. le ministre des Affaires locales et de l’Environnement a recentré ses propos sur les aspects stratégiques et institutionnels de l’environnement en Tunisie, en mettant l’accent sur la question de l’Eau et de l’Assainissement dans le pays. 

«En matière d’environnement, les objectifs qui sont assignés à la stratégie de notre pays sont : 

– assurer la Durabilité de la croissance économique du pays ; 

– promouvoir la transition vers une vraie économie verte;

– consacrer le concept de cadre de vie meilleur ;

– introduire les fondements de l’environnement écologique ;

– faire profiter la Tunisie des mécanismes internationaux de coopération bilatérale 

– et faire du P.P.P le moteur du développement socio-économique du pays » ; a-t-il affirmé.

« Pour cela, a-t-il ajouté, nous avons établi trois principales stratégies : 

– une stratégie focalisée sur le Développement Durable ;

– une stratégie portant sur le changement climatique ;

– et une stratégie relative à la transition vers une Economie verte, une Economie circulaire.

La première comporte huit éléments dont principalement la gestion durable des Ressources naturelles en tant qu’élément fondamental de cette stratégie. 

La seconde est dictée par les engagements et les obligations de la Tunisie par rapport à la Convention internationale du changement climatique ou COP21 de Paris.

« Nous avons comme défi la nécessité d’intégrer le développement écologique à moyen et long terme dans notre politique de développement » ; a souligné M. Ben Moussa.

Quant à la 3ème stratégie, elle est traitée par secteur.

« Si je prends le secteur de l’eau, nous devons économiser 30% de l’énergie consommée aujourd’hui dans le secteur des eaux, à l’horizon 2030. Nous devons également réutiliser 60% des eaux usées traitées à cette échéance » ; a-t-il précisé.

Nous devons, dans le même contexte, développer l’agriculture biologique (une superficie de 1,5 million d’hectares), effectuer des travaux de conservation des eaux et du sol sur 1,7 million d’hectares et pérenniser le système d’adduction à l’eau potable à travers les groupements de développement agricole, GDA. 

Cette troisième stratégie confirme le regain d’intérêt de la Tunisie pour la participation du secteur privé, PSP et en particulier pour les P.P.P dans le domaine de l’Assainissement et du Dessalement des eaux. 

Une réglementation

 à réviser

Sur le plan réglementaire, M. Habib Ben Moussa a évoqué les lois relatives à l’Environnement en Tunisie qui remontaient au Code du Travail de 1966 où l’on parlait de l’Environnement.

Quant au Code des Eaux, il a été révisé et transmis au Parlement pour approbation.

Ce nouveau Code a intégré la composante “changement climatique“, la problématique de la valorisation des eaux, celle de la conservation des Eaux à long terme et tout ce qui se rapporte à l’arbitrage au niveau de l’utilisation des ressources. 

« Actuellement, a-t-il estimé, la répartition des usages n’est pas forcément adéquate. Il y aura la création d’une Institution qui sera chargée de l’arbitrage et fera l’équilibre entre les eaux dédiées à l’industrie et celles de l’alimentation en eau potable, dans un pays marqué par le stress hydrique comme le nôtre ». 

« Nous avons également des textes portant sur la protection des ressources en eau, dans ses deux facettes : préventive et curative.

La première facette concerne l’étude d’impact environnemental et la seconde se traduit par l’évaluation environnementale stratégique ». 

Concernant l’Observatoire, il offre chaque année un état détaillé de l’environnement en Tunisie, avec deux composantes permanentes : l’Eau et l’Assainissement. 

Un maillage institutionnel

M. Habib Ben Moussa a énuméré les différentes structures opérant dans le domaine de l’Environnement :

* L’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral (APAL) : son importance est capitale, selon lui, puisqu’elle gère les milieux humides littoraux qui sont sensibles dans la gestion des eaux de ruissellement ainsi que la protection contre les inondations.

* Le Centre international des Technologies de l’Environnement, CITET qui est chargé de promouvoir l’adoption de technologies propres ;

* L’Agence Nationale de Gestion des Déchets, ANGED, chargée, entre autres, de gérer la problématique des déchets qui perturbent le fonctionnement des réseaux d’eaux pluviales.

* La Banque des Gênes qui s’occupe des gênes ayant la capacité de résister à la salinité et à la sécheresse. Ce sont des espèces nationales qui se rapportent aux cultures céréalières essentiellement. 

L’impact sur

 l’environnement

« L’impact sur l’environnement est un passage obligé pour tout projet privé ou public. Depuis 1991, on exige l’élaboration d’une Etude d’impact sur l’environnement».

Par ailleurs, la Tunisie dispose d’un réseau national de Surveillance de la qualité de l’eau. Ce Réseau composé de 350 points de surveillance permanents, couvre tout le pays. 

A ce réseau s’ajoutent un Laboratoire Central et un Laboratoire mobile. Ils sont chargés de caractériser la qualité de l’eau, bonne, très bonne ou médiocre ; ce type d’informations est publié dans le Bulletin de l’ANPE. 

En ce qui concerne les projets de dépollution, M. Habib Ben Moussa a mis en relief l’importance des mécanismes de coopération allemande, KfW. Deux lignes sont ouvertes ; la Tunisie est à même de demander des subventions de dépollution.

L’Assainissement 

en Tunisie

La fourniture de services dans le domaine des Eaux, en Tunisie, est organisée autour de deux grands opérateurs nationaux : la SONEDE, créée par la loi 68-22 du 2 juillet 1968 comme entreprise publique et l’ONAS, créée par la loi 73/74 du 3 août 1974 (amendée par  la loi 93/41 du 19 avril 1993).

Tandis que la SONEDE est responsable de la production, du traitement et de la distribution de l’eau potable sur tout le territoire ; ses activités dans les zones rurales restent limitées.

En 2012, elle desservait 49,7% de la population rurale et la Direction Générale du Génie rural, au sein du ministère de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche, à travers les Groupements de Développement Agricoles, GDA, desservait le reste, soit 43,7% de la population rurale.

La SONEDE assure le fonctionnement et l’entretien des stations d’alimentation ainsi que des réseaux de distribution et de transport de l’eau jusqu’aux utilisateurs finaux.

L’ONAS collecte et traite les eaux usées et assure le fonctionnement du réseau et des installations d’assainissement.

Les deux opérateurs nationaux, la SONEDE et l’ONAS, ont été crédités d’une bonne performance opérationnelle et financière.

« L’ONAS a été créé pour contribuer à l’amélioration des conditions d’hygiène et de santé dans les milieux urbains, industriels et touristiques et ce, par la protection du milieu hydrique contre toute source de pollution », a expliqué M. Hassen Chatti, Chef de Département Planification, Budget et Etudes à l’ONAS.

Les missions de cet Office portent sur trois volets.

* la planification et la gestion du secteur de l’Assainissement ;

* les études, la construction et l’exploitation des ouvrages d’Exploitation des ouvrages d’Assainissement ;

* la distribution et la promotion des sous-produits notamment les eaux apurées et la boue.

« 6,6 millions d’habitants sont raccordés au réseau public ; ce qui donne un taux de connexion de 90,4%. Les réseaux s’étalent sur 17300 kms et comprennent 122 stations d’épuration. Nous traitons chaque année 270 millions m3 et réutilisons 70 millions m3. Huit stations sont en cours de réalisation et une quinzaine en phase de lancement », a affirmé M. Chatti.

« Nous savons tous que la Tunisie est un pays de stress hydrique. Il faut donc opter pour la réutilisation des eaux non conventionnelles.

Emprunter cette piste nécessite d’investir pour améliorer la qualité des eaux traitées », a-t-il ajouté. 

En effet, l’ONAS se lance davantage vers les nouvelles technologies d’assainissement et procède à  des process de traitement adéquats pour avoir une eau de qualité réutilisable ; mais aussi pour optimiser le coût d’exploitation notamment en matière d’énergie. Sur ce plan, l’Office dispose de nombreux projets surtout ceux élaborés dans le cadre de la coopération avec KfW.

Selon M. Hassen Chatti, les principaux projets à court et à moyen termes dont les financements sont bouclés et que l’Office propose à ses partenaires sont : 

1- DEPOLMED : la Réhabilitation de 344 kilomètres de réseaux, l’extension de plus de 200 kms de nouvelles conduites et la mise à niveau de 10 stations d’épuration. 

Ce grand projet s’articule en deux phases :

* la première a déjà démarré en 2019. Elle sera achevée en 2024 ;

* la deuxième démarrera en 2023 pour un achèvement prévu en 2028.

Ce Projet sera réalisé en coopération avec l’AFD et la GIZ.

2- Un Programme dédié aux villes de l’intérieur. Il consiste à réaliser l’extension et l’adduction de 660 kms de réseaux et 5 stations d’épuration dans le Nord-Ouest du pays. 

3- La Dépollution intégrée de la région du Lac de Bizerte : Le programme de dépollution du Lac de Bizerte prévoit la construction et la réhabilitation de réseaux d’assainissement qui s’étendent sur 300 kilomètres. Les travaux d’extension se traduiront par le raccordement de neuf zones rurales qui s’étalent sur le bassin versant du Lac de Bizerte et d’Ichkeul.

Il prévoit également la réhabilitation des trois stations d’épuration dont dispose le réseau de l’ONAS au niveau du bassin versant du Lac de Bizerte, à savoir celle de Bizerte, de Menzel Bourguiba et de Mateur. Outre la réhabilitation pour un meilleur traitement des eaux usées, selon des normes strictes, pour un futur éventuel usage de ces eaux, le projet envisage l’augmentation de 50% de la capacité de chacune de ces trois stations. 

Les études détaillées, concernant la réhabilitation et l’extension, seront menées pour identifier les besoins des trois collectivités locales, à l’horizon 2050. Cependant, des travaux urgents devraient être engagés dans certains tronçons qui se trouvent dans une situation critique. 

Une enveloppe de 90 millions de dinars, soit 35% du financement global, est allouée à cette composante, confiée au niveau de l’exécution à l’ONAS. 

4- Programme d’assainissement de zones industrielles: Dans le cadre de l’amélioration des eaux traitées, l’ONAS interviendra dans dix zones industrielles et ce, dans le cadre de la coopération avec KfW.

5- Programme d’efficience énergétique : un projet ambitieux de 32  millions d’euros concernant 12 stations d’épuration. Il consiste à optimiser la consommation d’énergie.

6- Projet d’Assainissement de 18 communes de taille moyenne. 

L’eau : un bien

 socio-économique rare

Le secteur de l’eau est stratégique. 

« La guerre de l’eau aura-t-elle lieu ?», tel a été le thème évocateur du colloque du Mémorial de la paix à Caen en 1999. Une rencontre qui a permis de constater à quel point l’eau était au coeur des conflits à la fois par la tension extrême des usages dans des zones où le développement socio-économique est totalement dépendant de faibles ressources largement surexploitées et par l’arme stratégique colossale qu’elle constitue entre pays amont et aval.

Les exemples ne manquent pas : la Turquie est en position de force face à la Syrie, l’Irak et l’Iran dans le partage des eaux du Tigre et de l’Euphrate. Le partage des eaux du Jourdain et du Yarmouk lie les destins d’Israël, de la Palestine, de la Syrie et de la Jordanie. 

Avant la guerre des six-jours, Golda Meir déclarait : « Ceux qui tenteraient de détourner le Jourdain ne jouent pas seulement avec l’eau ; mais avec le feu ». 

L’eau douce est une ressource bien particulière au plan économique, politique et social. C’est un bien rare, essentiel et renouvelable. Cette dimension est essentielle dans l’attitude des différents acteurs à son égard : il s’agit de s’en user sans en abuser. Ce droit d’user est local : il faut ensuite le répartir de la façon la plus efficace.

La stratégie du secteur de l’eau à l’horizon 2030 a été élaborée en 1998 en prenant en compte les autres stratégies et études déjà effectuées dans le secteur de l’eau en Tunisie : 

* l’étude économique de l’eau 2000 élaborée durant la période 1990-1995 sous la supervision de la Direction générale des Etudes et des Travaux hydrauliques du ministère de l’Agriculture

* la Stratégie décennale de Mobilisation des Ressources hydrauliques (1990-2000) qui a eu pour premier objectif de mobiliser la totalité des ressources hydrauliques du pays de manière à répondre aux besoins en eau potable ainsi que la demande en eau des secteurs agricole, industriel et touristique pour la décennie suivante.

* l’Etude du secteur de l’eau (1997)

La stratégie du secteur de l’eau à l’horizon 2030 fait le bilan de la quantité et de la qualité des ressources hydrauliques du pays ainsi que l’état des potentiels de l’infrastructure de l’eau tels que les barrages et les canaux. Elle fait état des potentiels de ressources en eaux conventionnelles et non conventionnelles dans le pays et dans quelle mesure ces ressources pourraient être exploitées dans l’avenir. 

La Stratégie détermine les facteurs techniques, économiques, institutionnels et législatifs de la gestion des ressources en eau en Tunisie et les risques associés aux inondations et à la sécheresse. 

Elle tient compte des stratégies de conservation de l’eau, l’évolution de la demande pour l’eau potable sur la base des projections de la croissance de la population.

La Stratégie envisage un rôle plus important pour le secteur privé dans les travaux publics (les barrages, les lacs culinaires et les puits d’eau) et l’entretien de systèmes de l’eau pour l’approvisionnement en eau potable et en irrigation par voie de sous-traitance.

La Stratégie “L’Eau à l’horizon 2050“ est en cours d’élaboration. 

Notons enfin que l’amélioration de la gouvernance du secteur de l’eau passe par un Plan d’action visant à : 

* identifier la forme de participation du secteur privé 

* assurer l’efficacité et l’efficience du PPP

* et œuvrer pour une plus grande transparence et une meilleure coordination entre les parties prenantes. 

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