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M. Jaloul Ayed, Président d’honneur de MED Confederation : « Le modèle industriel que nous avons maintenu durant cinq décennies est révolu ».

novembre 11th, 2019 | by admin
M. Jaloul Ayed,  Président d’honneur de  MED Confederation : « Le modèle industriel que nous avons maintenu durant cinq décennies est révolu ».
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La révolution numérique, contrairement aux innovations antérieures, avance à un rythme inaccoutumé sur la scène économique. Elle refaçonne le monde de l’entreprise et celui du travail. 

« Le sujet est d’une importance capitale; nous n’avons pas des réponses à tout; mais un problème bien posé est à moitié résolu », estime

 M. Jaloul Ayed, Président d’honneur de MED Confederation et ancien ministre des Finances, dans la conférence qu’il a donnée lors de la séance plénière de l’EUROMED. 

Les propos fort impressionnants et attirants de M. Jaloul Ayed, Président d’honneur de MED Confederation, avaient comme point de départ : la réalité quotidienne que vivent les économies et les entreprises, à l’échelle planétaire. La révolution digitale est en marche ; c’est un changement continu. 

« Et l’industrie 4.0 n’est qu’une convergence entre l’intelligence artificielle, l’Internet des Objets et l’impression 3D. Cette convergence fait que toute entreprise qui lui tourne le dos disparaîtra tôt ou tard »; a-t-il affirmé. 

Il a pris Thomas Cooke, le voyagiste qui a mis les clés sous le paillasson, comme exemple. 

« Thomas Cooke a payé très cher son indifférence face à cette grande mutation. Il n’a pas anticipé l’impact que la transition digitale aurait sur son secteur. » 

« Aujourd’hui, a-t-il ajouté, le comportement du touriste a beaucoup changé. La vraie question que Thomas Cooke aurait dû se poser est de savoir comment il peut proposer de la valeur ajoutée à un client dont les besoins ont beaucoup évolué ».

Un autre exemple : 85% des européens réalisent des opérations bancaire à domicile. Cela veut dire que les Banques ont compris que l’Internet était capable de leur offrir un grand potentiel pour améliorer les services qu’elle proposaient à leurs clients et “repousser les murs“ de la banque en installant un serveur Internet et en développement des applications de la télébanque. 

Un troisième exemple : l’industrie de l’assurance est en train de connaître un changement de fond. Elle est passée d’une industrie basée sur le fait d’assumer le risque à une industrie fondée sur la gestion rigoureuse du risque et d’une industrie fondée sur le produit à une industrie basée sur le client. 

« Vous voyez le changement de paradigme que cela va entraîner inéluctablement. Il ne faut surtout pas perdre de vue la nécessité de considérer ce changement comme fondamental et profond». 

Un impact direct sur l’emploi

Dans la deuxième partie de sa Conférence, M. Jaloul Ayed a mis l’accent sur l’impact de la transition digitale sur le marché de l’emploi en Tunisie, comme exemple. 

« En Tunisie, le secteur des industries offshore est très performant. Il emploie 430 mille personnes et contribue d’une manière très honorable, par rapports aux autres pays de la région MENA, à la consistance du contenu technologique de nos exportations. 

La Tunisie occupe la première place en termes de participation et de contribution dans la Chaîne de valeurs mondiale grâce à ce secteur. 

Cependant, son apport à l’économie tunisienne est faible parce que l’imbrication entre les chaînes de valeurs non résidente et résidente est presque nulle parce que le secteur offshore se contente depuis 1972 jusqu’à ce jour à offrir de l’emploi ; c’est à dire que le pays est vendeur de minutes. 

« En effet, le modèle que nous avons maintenu durant cinq décennies est un modèle basé sur l’avantage comparatif basique : le coût de la main d’œuvre. C’est un modèle révolu. Si l’on ne commence pas à réfléchir dès maintenant au changement de paradigme qui s’impose par lui-même, on sera confronté à des problèmes extrêmement graves. C’est pourquoi, d’ailleurs, j’aurais souhaité que cette question figure, en premier lieu, dans les débats qui se sont déroulés à l’occasion des campagnes relatives aux Elections précédentes », a-t-il souligné.

Malheureusement, cette question qui concerne directement l’avenir économique et social du pays était absente parce que personne n’était capable de réaliser ce que serait l’impact sur les différents secteurs comme celui du Textile/Habillement. 

« Ce secteur employait en Tunisie, il y a quelques années, 200 mille personnes. Aujourd’hui, il en emploie 150 mille. 

Aux Etats-Unis, une machine appelée “SEWBOT“, peut fabriquer, en une seule Journée, 800 mille articles, avec n’importe quel tissu et n’importe quel modèle.

Pour avoir une idée sur ce que cela signifie, je vous indique que LACOSTE vend 12 millions d’articles par an. 

Ceux qui pensent que SEWBOT n’aura pas d’impact sur l’embauche dans le Textile/Habillement, se trompent. »

Est-ce l’histoire des techniques et des technologies qui se reproduit avec plus d’envergure ? 

Rappelons-nous la révolte des artisans tricoteurs, au Royaume-Uni, contre les manufacturiers et leurs “trop performants“ métiers à tisser la laine et le coton. Menés par un certain John Ludd, dés 1812, ces rebelles de l’échoppe et de la boutique se sont attaqués aux machines concurrentes considérées comme une menace. 

Mais il n’y a pas que le Textile/Habillement, dans l’industrie de la sous-traitance implantée en Tunisie. Il y a également des filiales d’entreprises européennes opérant dans l’automobile et l’aéronautique et qui emploient des dizaines de milliers de jeunes tunisiens dont beaucoup d’ingénieurs et de techniciens supérieurs. 

L’industrie 4.0 permet aux entreprises européennes de produire moins cher et d’une manière plus efficiente et plus efficace. Ces entreprises qui ont délocalisé une partie de leurs productions dans des pays à bas coûts salariaux comme la Tunisie et le Maroc pourraient envisager de se relocaliser chez elles, en France, en Allemagne, ou en Belgique. 

Avec une robotisation bien faite, il est possible de réduire la part de la main-d’œuvre de moitié ou de trois quarts. 

La société française Davoise, spécialisée dans la fabrication des boîtes cartonnées a relocalisé en France une partie de sa production chinoise grâce aux robots. 

Le patron de la société Buisard, spécialisée dans la construction de cabines d’engins de chantier, s’incline respectueusement devant ses robots soudeurs parce que sans eux, la société aurait perdu un gros contrat avec le fabricant de tracteurs CLAAS. 

Les douze bras automatisés ont permis de réduire ses coûts de production de 10 à 15% ; mais aussi le taux de défaut, donnant ainsi un vrai coup de fouet à la compétitivité de son entreprise.

Chez la société OBUT, le roi des boules de pétanques, le temps d’usage des produits a baissé de 20 à 30% grâce à la robotisation. Ces produits sont de meilleure qualité parce qu’ils sont mieux contrôlés. 

M. Jaloul Ayed a cité le cas américain : « M. Trump, le Président des Etats-Unis est en train de gagner en termes de popularité parce qu’il a pu faire retourner 350 mille postes d’emploi aux Etats-Unis, durant les trois dernières années ». 

« Ce sont des exemples qui montrent clairement que la transformation digitale aura un impact direct sur l’emploi. »

Repensons notre système d’éducation

Selon M. Jaloul Ayed, dans les industries manufacturières en Tunisie, ces industries qui seront les plus affectées, il faut penser sérieusement à : 

1- avoir une approche anticipative : Des études montrent que d’ici 20 à 25 ans , en Tunisie comme ailleurs, entre 50% et 80% des postes de travail qui existent aujourd’hui, vont disparaître. 

Ce sont des bouleversements vertigineux du monde du travail.

Comment, donc, faut il préparer les enfants d’aujourd’hui ? Quelle éducation faut-il leur donner ? “ S’est-il interrogé. 

« Il y a, a-t-il répondu, des pays très intelligents et proactifs comme ceux de l’Europe du Nord ou Singapour en Asie du Sud Est qui ont repensé totalement leurs systèmes de formation pour mieux répondre aux besoins du futur. En Norvège, par exemple, les écoliers, dés leur jeune âge, s’immiscent dans un monde éducatif technologique. Ils passent leur temps à imaginer, à créer, à innover, à faire des travaux pratiques, à travailler d’une manière collaborative. Un système complètement différent du nôtre que nous avons hérité de l’école publique européenne de 1950 : le bourrage du crâne; alors qu’avec un smart phone vous aurez axé à toutes les connaissance universelles ». 

Réintégrer la créativité dans la formation n’est pas nouveau. Au début du XXème siècle, le pédagogue suisse Adolf Ferrière (1879-1960), acteur majeur de l’éducation nouvelle, contestait la formation réduite à un enseignement abstrait. 

Cet appel réformateur a été actualisé par sir Ken Robinson, qui affirme que l’école tue la créativité. Ce spécialiste anglais de l’éducation, installé aux Etats-Unis, accompagne les réformes éducatives de plusieurs gouvernements à travers le monde. Il rappelle que « les enfants prennent des risques ; ils improvisent ; ils n’ont pas peur de se tromper. Or, nous pénalisons l’erreur ; elle est stigmatisée à l’école et dans l’éducation en général ; et c’est comme cela que les enfants perdent peu à peu leur capacité à créer. »

2- Faire des centres de formation un levier de la mobilité constructive entre les pays des deux rives de la Méditerranée : En Europe, la pyramide des âges s’oriente plutôt vers le vieillissement accentué. Ce phénomène a ses répercussions sur le marché de l’emploi.

En France, par exemple, le domaine de l’hôtellerie et de la restauration a besoin de 200 mille personnes qualifiées. 

En Allemagne, entre 600 mille et 700 mille personnes partent à la retraite, chaque année ; ces gens doivent être remplacés. C’est là où pourrait intervenir la coopération entre la Tunisie et ces pays dans le cadre d’une migration intelligente et officielle. 

M. Jaloul Ayed relativise une telle recommandation parce qu’au moment où la Tunisie est appelée à bâtir une société fondée sur la connaissance, ses ingénieurs, ses professeurs, ses médecins… sont en train de la quitter. 

« Le sujet est d’une importance capitale. Nous n’avons pas de réponse à tout. Cependant un problème bien posé est à moitié résolu», a-t-il conclu. 

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