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La Méditerranée face au défi du Numérique

novembre 12th, 2019 | by admin
La Méditerranée face au défi du Numérique
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L’usage quasi universel d’Internet a conduit à un passage obligé: la Digitalisation de l’économie. Un phénomène qui constitue une véritable révolution pour les entreprises. Tous les secteurs sont impactés par cette irruption illimitée et rapide d’Internet qui oblige à une remise en cause permanente et contraint à des réflexions approfondies comme celles engendrées par la grande rencontre ayant pour thème “La Méditerranée à l’ère de la quatrième révolution industrielle: l’impact de la numérisation sur le capital humain et la mobilité“. Une rencontre, de très haut niveau, organisée par la Caisse des Dépôts et Consignations en collaboration avec MED Confederation, les 1er et 2 octobre 2019, au Musée national du Bardo, à Tunis. 

« Nous sommes à l’aube d’une révolution technologique qui va fondamentalement changer nos relations aux autres ainsi que notre façon de vivre et de travailler. 

Ces changements, dans leur importance, leur portée et leur complexité, ne ressembleront en rien à ce que l’humanité a pu connaître jusqu’alors. Nous ne savons pas encore ce que va se passer ; mais une chose est sûre : notre réponse doit être globale et elle doit impliquer toutes les parties prenantes au niveau mondial : le secteur public, le secteur privé, le monde académique et la société civile ». 

Ces propos de Klaus Schwab, fondateur et Président du World Economic Forum, sont partagés par l’ensemble des conférenciers qui se sont succédé durant les deux journées du Forum organisé par la CDC et Med Cofederation, à Tunis, les 1er et 2 octobre 2019. 

Ce rendez-vous annuel a réuni des figures célèbres à l’échelle euro-méditerranéenne et des experts des secteurs public et privé. Un débat approfondi autour de quatre grands sous-thèmes :

1- Implications socio-économiques de la 4ème révolution industrielle dans la région méditerranéenne. 

2- Comment la mobilité et l’inclusion financière peuvent-elles devenir des moteurs de la croissance économique ?

3- Numérisation du marché du travail en Méditerranée : les leçons tirées de la 3ème révolution industrielle et perspectives d’avenir.

4- Remodeler le système éducatif d’aujourd’hui pour renforcer le capital humain de demain. 

« La transition numérique est à l’œuvre et elle est irréversible. C’est incontestablement un profond facteur de transformation sociale, économique, culturelle qui touche tous les secteurs » ; s’accordent à penser M. Chris De Noose, Président de MED Confederation et Directeur de l’Institut mondial des Caisses d’Epargne et du groupement européen des caisses d’épargne, Mme Boutheina Ben Yaghlane, Vice-Président de la MED Confederation et Directrice Générale de la CDC, M. Jalloul Ayed, Président d’honneur de MED Confederation et ancien ministre des Finances, Alain Ducass, Président Energe TIC, et Expert dédié à la transformation numérique et sociale de l’Afrique, et Jean Marie Paintendre, Vice-Président de la MED Confederation et Conseiller à L’Institut de Prospective économique du Monde méditerranéen, IPEMED. 

Des bouleversements sans précédent

La révolution numérique (ou digitale) ne fait que commencer. Les bouleversements qu’elle va provoquer grâce à l’intelligence artificielle sont incontestablement, sans précédent, dans l’histoire de la science et de la technologie :

– dans les processus de production de biens et de services (robotique) ; donc dans l’économie, l’emploi et les qualifications ;

– dans nos vies quotidiennes (Internet des objets connectés) ;

– dans la médecine (diagnostic et thérapies) ;

– dans  la mobilité (voitures automatiques) ;

– et dans l’éducation ( aide à l’apprentissage) 

Selon les conférenciers, cette révolution est globale sur deux niveaux :

1- elle concerne tous les écosystèmes des différents pays ; elle sera donc le déterminant principal de la performance économique et sociale

2- elle implique tous les lieux où elle est opérée sur la planète, même si l’intensité de cette implication sera variable. 

Ils sont unanimes sur le fait que le débat sur la capacité de l’intelligence artificielle à créer ou à détruire les emplois reste un débat ouvert.

Concernant cet impact, les avis divergent : “ catastrophique“ selon certains, “prometteur“ pour d’autres.

Cependant, il est certain que toute introduction de nouvelles technologies provoque des soubresauts, des ruptures et accélère la transformation et la mobilité des emplois.

Un transfert des emplois 

Tous les experts et les participants à cet Evénement annuel, EUROMED, s’accordent à estimer qu’une révolution technologique majeure un savant mélange de robotique, de numérique, de big data, d’intelligence artificielle et d’impression 3D, est en train de changer les codes, de métamorphoser les façon de produire, de bouleverser le rôle et le travail de l’homme dans nos sociétés.  

Leurs propos confirment ceux d’Andrew Mc Afee et Erik Brynjolfsson, tous deux professeurs au MIT, qui montrent dans leur dernier ouvrage “The Second Machine Age“, Comment l’agrégation de toutes ces grappes d’innovation pousse aujourd’hui au changement de paradigme. 

Dans l’industrie, l’usine du futur est une usine où, à côté des grands bras robotisés claquemurés derrière de vastes cages de protection, des petits robots collaboratifs souples, agiles et reprogrammables travailleront avec l’ouvrier. Une usine du futur ou l’interface homme-machine va permettre d’augmenter d’une manière vertigineuse les cadences de production et la qualité du produit fini. Une usine où l’impression 3D va transformer radicalement la chaîne d’approvisionnement et où la personnalisation de masse va remplacer la production de masse.

Les géants de l’automobile sont déjà entrés dans ce nouveau monde. Les autres secteurs industriels suivront.

Dans l’aéronautique, AIRBUS a testé, avec succès, dans l’une de ses usines en Espagne, de nouvelles lignes d’assemblage des sections arrière des avions entièrement robotisées. 

Cette révolution ne va pas toucher uniquement l’industrie. La distribution, les services aux personnes assistées, l’éducation, la santé, le transport, l’agriculture, la sécurité… sont en train de migrer vers ce nouvel âge technologique.

 AMAZON qui a présenté un projet de livraison de petits colis par drone, a installé dans ses entrepôts des centaines de robots magasiniers qui se déplacent de façon autonome et préparent les commandes.

Dans les pharmacies britanniques, c’est le robot Rowa qui cherche les médicaments inscris sur l’ordonnance du patient. 

A Wall Sreet, 70% des ordres de Bourse sur le marché des actions sont l’œuvre de robots logiciels de trading. 

Google, le mastodonte mondial du XXIème siècle, dépensait, sans compter, pour racheter des dizaines de start-up de la robotique et a déboursé en 2014, 450 millions de dollars pour mettre la main sur Deep Mind, spécialisé dans l’intelligence artificielle. 

Et c’est dans les usines de Foxconn, le leader mondial du matériel informatique où des millions de salariés chinois travaillaient pour quelques sous, que Google a testé ces machines : un million de robots ont été installés dans ces usines.

La chute des prix  de tous les composants qui formaient chaque brique de ces robots a permis de fortifier cette révolution. 

En effet, en dix ans, le prix d’une cellule robotisée a été divisé par cinq. Cette baisse des prix va permettre à des PME travaillant sur de petites séries de s’en équiper. 

Aujourd’hui, on compte 149 robots pour 10.000 salariés dans l’industrie manufacturière en France, 190 en Italie et 323 en Allemagne. 

Selon les technophiles, la robotique s’impose pour éviter le déclin industriel, retrouver de la croissance, sauver et recréer des emplois.

En règle générale, le progrès technologique améliorant la productivité, engendre un transfert des emplois d’un secteur d’activité vers d’autres secteurs naissants. 

L’économiste Michel Volle est catégorique : « On ne peut pas imaginer aujourd’hui, les emplois et les activités qui verront le jour dans quarante ou cinquante ans. C’est du domaine de l’impensable ».

Des millions d’employés dans divers secteurs se sentent menacés. Leur métier n’aura plus de place sur le marché de l’emploi.

Entre 2000 et 2010, aux Etats-Unis, 64% des emplois d’opérateurs téléphoniques, 46% des métiers d’agents de voyage et 26% des postes de comptables ont disparu. 

En Europe, les deux tiers des 7,6 millions d’emplois de classe moyenne qui ont disparu, étaient victimes de la Transformation technologique d’après les statistiques de Maarten Goos, de l’université de Leuven en  Belgique.

Est-ce “la destruction créatrice“, selon l’expression de l’économiste autrichien Joseph Schumpeter ? 

La réponse vient de l’historien François Jarrige, auteur de “Technocratiques“ ; édition La Découverte : « A la différence de la mécanisation, de l’électrification ou même de l’électronisation, cette Révolution numérique comporte une dimension cognitive, promeut une autre forme d’intelligence, aboutit à une sorte d’automatisation pensante, capable de donner un coup fatal aux emplois qualifiés». 

Une étude publiée par deux chercheurs de l’université d’Oxford, au Royaume-Uni, a dressé la liste des professions susceptibles de disparaître d’ici à quinze ans au profit d’une solution numérique. Au total, 47% des emplois concernés y compris ceux de cadres.

« Le machinisme à la Zola était inhumain ; les logarithmes des géants numériques sont a-humains. Ils fonctionnent avec peu de gens, avec une nouvelle élite, en fait », écrivait Pierre Bellanger, patron de Skyrock et auteur de “ La Souveraineté numérique“ chez Stock.

“Dans un monde ouvert et interconnecté, la valeur créée par cette poignée de super salariés ne va pas irriguer l’ensemble de l’économie ; mais se concentrer sur quelques spots très hype“, ajoute-t-il. 

Pour générer un million d’euros, il faut un employé chez Facebook ; mais dix chez VEOLIA, l’entreprise française de la propreté.

Repenser les systèmes de formation et le développement des compétences demeurent, selon les conférenciers de l’EUROMED, les défis majeurs à relever par les pays de la Méditerranée. Il faut également anticiper d’une manière proactive, de façon à assurer une meilleure employabilité grâce à une bonne adéquation entre les besoins de l’ère numérique et les profils recherchés. Il faut surtout veiller à ce que la Transformation digitale ne soit pas une source d’exclusion.

Le data, des emplois d’avenir

Le développement spectaculaire que connaît le big data crée des emplois : dataanalyst, chief data Officer, datascientist, dataminer…

4,4 millions de postes d’emploi étaient à pourvoir, à l’échelle de la planète, durant la période 2014-2015 pour traiter, interpréter et exploiter les 2,5 trillions d’octets de données générées chaque jour à travers le monde, selon une étude du Cabinet Gartner, parue en 2012. 

Les pays des rives de la Méditerranée n’échappent pas à cette tendance ; les entreprises des différents secteurs de l’économie méditerranéenne détiennent des masses d’informations et ont besoin de compétences capables de les faire parler. Cela nécessite un travail d’équipe parce que tout simplement l’exploitation des données sera de plus en plus un travail d’équipe. 

Les grandes Ecoles méditerranéennes devraient donc proposer des formations data et inculquer la culture du travail d’équipe. 

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