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M. Adel Jemmazi, Directeur de l’Homologation et du Contrôle de la Qualité des Intrants agricoles

septembre 26th, 2019 | by admin
M. Adel Jemmazi, Directeur de l’Homologation et du Contrôle de la Qualité des Intrants agricoles
Economie
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L’utilisation de variétés améliorées en combinaison avec des engrais et des pesticides, vise à augmenter les rendements des différentes cultures. Ces produits phytosanitaires sont, aujourd’hui, à la portée de tous, même les paysans ; bien que leurs prix soient relativement élevés.

Leur usage excessif et, plus particulièrement avant la phase de la récolte et de la commercialisation, engendre des risques sanitaires redoutables. “La lutte biologique intégrée s’impose comme une alternative de lutte contre les ravageurs et les maladies qui menacent les végétaux et les productions culturales“, affirme M. Adel Jemmazi, Ingénieur  Général, Directeur de l’Homologation et du Contrôle de la Qualité de Intrants agricoles, à la Direction Générale de la Santévégétale et du Contrôle des Intrants agricoles, au ministère de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche.

La Revue de l’Entreprise :

Voulez-vous présenter, à nos lecteurs, le dispositif réglementaire qui régit l’usage des produits phytosanitaires, en Tunisie ? 

M. Adel Jemmazi :

La loi  n°92-72 du 03 Août 1992 portant refonte de la législation relative à la protection des végétaux réglemente dans son titre III ainsi que ses textes d’application le contrôle, le commerce, la distribution et l’utilisation des pesticides à usage agricole . Cette réglementation définit les aspects techniques de cet usage ainsi que le rôle dévolu à chaque intervenant dans la protection des végétaux et des productions culturales.

Cette réglementation comporte des textes d’application, un cahier des charges, la procédure d’homologation des produits qui s’étend généralement sur deux ans. Si le produit s’avère efficace, lors de la 1ère année, une autorisation provisoire de vente sera délivrée au distributeur. Le produit continue à être commercialisé la deuxième année si cette efficacité est réaffirmée. A la fin de la 2ème année, une homologation définitive lui est attribuée.

Les procédures sont claires et elles sont respectées par les parties concernées. Aucune multinationale productrice de ces substances actives n’a le droit d’homologuer ses produits en Tunisie qu’à travers une société tunisienne agréée dans le domaine.

La Revue de l’Entreprise :

Sur le plan opérationnel, comment cette activité s’est-elle comportée ? 

M. Adel Jemmazi : 

A un certain moment, nous avons constaté l’explosion des produits génériques qui ont émergé juste après l’entrée des licences  des grands producteurs mondiaux dans le domaine public. Nous sommes arrivés à 1600 produits génériques (spécialités commerciales). Il a fallu organiser leur distribution et leur usage via un décret qui a été abrogé et publié au Journal officielen 2010. Il s’agit du décret n°2010-2973 du 15 novembre 2010 modifiant et complétant le décret n°92-2246 du 28 décembre 2010 qui fixe les modalités et les conditions d’obtentions de l’homologation, des autorisations provisoires de ventes des pesticides à usage agricole, leur fabrication, importation ; formulation, conditionnement, stockage, vente, distribution et les conditions d’utlisations des pesticides extrêmement dangereux,. A partir de cette date, ces produits dont l’homologation se faisait sur dossier, ont subi les mêmes procédures d’homologation que les produits d’origine, appelés à payer des frais d’homologation de 5 mille dinars.

Nous avons encouragé le recours au produit biologique pour la protection végétale, en diminuant de 50% ses frais d’homologation. Le résultat ne s’est pas fait attendre : On est passé de 1600 produits à 570 produits.

Notre ministère a éliminé de la liste officielle des produits homologués les produits qui ont été retirés du marché européen pour telle ou telle raison, via la revue de la réglementation.

La Revue de l’Entreprise :

Y a-t-il des produits éliminés du marché européens et qui continent à être utilisés en Tunisie ? 

M. Adel Jemmazi :

Il y en a certainement en l’absence d’alternatifs.

Aujourd’hui, le ministère conduit des campagnes de lutte collective contre un certain nombre  d’organismes nuisibles, dans des spécialités culturales considérées comme stratégiques. 

Les substances sont utilisées, dans ce cadre, d’une manière raisonnée et rationnelle.

A titre d’exemple, le secteur des  agrumes (citron, orange, mandarine…) est attaqué par la mouche des fruits qui lui cause principale de beaucoup de dégâts. Nous utilisons le malathion, une fois par cycle de croissance. Il n’a pratiquement pas d’effet néfaste. La priorité est donnée à d’autres alternatives de lutte plus respectueuses de l’environnement, la faune auxiliaire et la santé humaine en l’occurrence le piégeage de masse, la technique d’attract and kill, la confusion sexuelle et l’emploi des ennemis naturels.

Pour certaines filières reconnue consommatrices de pesticides à l’instar de la viticulture, le fraisier ; ..etc. et malgeé les efforts fournis, nous continuons à faire appel à ces produits parce qu’il n’y pas d’autres alternatives.

La Revue de l’Entreprise :

Quelle a été la position du ministère ? 

M. Adel Jemmazi :

Le ministère en est conscient.  Des rencontres avec la profession, l’interprofession et la société civile, ont été planifiées.

Lors de la dernière réunion de la Commission d’Homologation multidisciplinaire composée entre autres des représentants des ministères de l’Agriculture, de la Santé et de l’Environnement,nous avons demandé à nos partenaires d’étudier la possibilité d’éliminer ces substances. Celles-ci ont été listées et feront l’objet de discussions sérieuses en vue d’en trouver les solutions de substitution. 

La Revue de l’entrepris :

Comment se déroule actuellement la Campagne de protection des agrumes ?

M. Adel Jemmazi :

Pour les agrumes, la lutte s’effectue par voie aérienne, à travers la SONAPROV, et par voie terrestre.

Les moyens aériens couvrent le bloc central qui s’étale sur 9500 hectares à Béni khalled, Menzel Bouzelfa, Soliman,… et la région de takelsa.

Dans le traitement aérien, nous utilisons ce qu’on appelle la spécialité UBV (Ultra Bas Volume) : les quantités minimales à pulvériser par hectare, en passant de 15 litres à 1,5 litre contenant 0.5 l de produit et 1 l d’hydrolysat de proteine pour attirer les mouches nuisibles. 

 72 heures avant de commencer le traitement, nous alertons la population pour qu’elle prenne les précautions nécessaires afin de protéger leurs bétails, leurs denrées alimentaires, leurs ruches d’abeille.

Autrefois, on procédait à 3 ou 4 passages par voie aérienne et terrestre. Aujourd’hui, on se limite, à un seul passage, en septembre, au début de la véraison, couplé à d’autres moyens de lutte biologique intégrée. On fait appel à un produit biologique, le spinosad, synthétisé à partir d’une bactérie. La technique de piégeage de masse a été aussi développée pour couvrir près de 10 milles ha.

La Revue de l’Entreprise :

Le ministère a-t-il l’ambition de consacrer la logique de lutte biologique intégrée? 

M. Adel Jemmazi :

Absolument le Ministère, conscient de l’importance de la lutte biologique intégrée n’a pas épargné d’effort depuis plus d’une décennie pour développer et mettre en œuvre les méthodes alternatives de lutte contre les bio-agresseurs. C’est ainsi que nous utilisons dans certaines filières la technique de piégeage appatés d’attractifs alimentaires pour capturer les femelles, ou des phéromones pour la surveillance de la population d’insectes. 

Sur le plan technique, nous avons déterminé des seuils de tolérance économique et des seuils de nuisibilité sur les quels nous avons travaillé durant les trois dernières décennies.

Le seuil de tolérance économique est la limite au dessous de la quelle le traitement chimique et/ou biologique n’est pas justifié.

De même pour le seuil de nuisibilité dont dépend la décision de procéder à la lutte. 

Concernant, à titre indicatif, les citrus, dix mille hectares sont déjà couverts par le piégeage de masse non seulement dans la région du CapBon ; mais dans le nouvelles zones d’extension, comme Kairouan, Sousse, Jendouba, Bizerte et Béja.

Dans cinq ans, toutes les superficies de plantation d’agrumes seront couvertes par le piégeage de masse ; les produits chimiques seront totalement éliminés. Nous sommes donc dans une logique de développent de la lutte biologique intégrée.

La Revue de l’entreprise :

Savez-vous que les sociétés agricoles qui ont recours à la lutte intégrée trouve des difficultés pour importer des insectes bénéfiques comme agents de lutte ? 

M. Adel Jemmazi :

Cela est dû à un vide juridique. La loi 72/92 ne s’est pas intéressée à tous les produits comme les bio-stimulants,les agents de lutte biologique ou les organismes génétiquement modifiés.

Malgré cette lacune juridique, une commission scientifique et technique statue pour examiner les demandes d’autorisation d’importation de ces agents.

De toutes les manières, la réglementation sera révisée en accordant une importance capitale à la lutte biologique intégrée contre les insectes ravageurs. 

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