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Campagne de Valorisation  des peaux de moutons de l’Aïd 2019

Campagne de Valorisation des peaux de moutons de l’Aïd 2019

septembre 26th, 2019
Economie

L’économique, l’écologique et le social tentent aujourd’hui de se réouvrir l’un à l’autre. Les conceptions traditionnelles qui font la séparation entre ces trois champs d’action ne sont plus de mise, selon M. Nabil Ben Béchir, Directeur Général du CNCC qui a tenu avec ses collaborateurs, à faire réussir la Campagne nationale de Valorisation des peaux de moutons de l’Aïd 2019. Le Centre a eu le mérite d’avoir réuni toutes les parties à l’échelle locale, prenant en compte l’aspect territorial élargi de la Campagne. 

Pour la deuxième année consécutive, le Centre National du Cuir et de la Chaussure a pris l’initiative d’organiser la Campagne nationale de Valorisation des peaux de moutons de l’Aïd, sous le haut patronage du ministère de l’Industrie et des PME, en collaboration avec la Fédération Nationale du Cuir et de la Chaussure et en partenariat avec le ministère des Affaires locales et de l’Environnement, le ministère de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche et le ministère des Affaires religieuses. 

Le CNCC a réussi à mobiliser d’autres partenaires comme l’ANGED, les Scouts tunisiens l’Association “FAIQIN LBIATNA“, la COTUSAL et la Police environnementale. 

La Campagne 2019 a couvert 13 gouvernorats : Tunis, Ariana, Ben Arous, Mannouba,  Nabeul, Bizerte, Sousse, Monastir, Béja, Sfax, Gafsa et Kasserine. Elle a impliqué prés du tiers des municipalités des 13 gouvernorats. L’objectif crucial étant de valoriser 50% des peaux de moutons de l’Aïd. 

Cette deuxième Campagne a élargi le spectre territorial de son intervention et a doublé le seuil de ses ambitions sur le plan tant qualitatif que quantitatif.

Rappelons que la Campagne 2018, qui s’est limitée à la participation de 21 municipalités et 25 associations écologiques, a pu réduire le taux de pollution due au rejet anarchique des peaux et valoriser une bonne quantité de peaux, rapidement intégrées dans la chaîne de valeur de l’industrie du Cuir et de la Chaussure en Tunisie.

Rationalité et Sagesse

Il est certain que les liens tissés entre “économie“, “écologie“ et “société“ sont complexes et loin d’être parfaitement cernés. Le CNCC n’a pas la  prétention d’en démêler tous les tenants et tous les aboutissants ; il ne vise à travers la Campagne qu’il a initiée, qu’à poser quelques jalons comportementaux et sociétaux sur la voie de la Rationalité et de la Sagesse, liées à un Evénement religieux où des centaines de milliers d’ovins sont sacrifiés dans quelques heures.

La Rationalité et la Sagesse dont le Centre fait preuve, à travers sa Campagne qui deviendra, espérons le, une tradition, nous renvoient à la proximité étymologique existant entre les termes ECONOMIE (du grec “oikos nomos“ : l’administration de la maison) et ECOLOGIE (du grec “oikos logos“ : le discours ou la science de la maison).

Cette ressemblance comme nous le rappelle Pascal Acot, ne doit rien au hasard puisque c’est explicitement en référence à l’économie que le biologiste allemand Ernst Haeckel invente le terme “écologie“ en 1866.

« Par oecologie, déclarait-il en 1879, en entend le corps du savoir concernant l’économie de la nature, l’étude de toutes les relations de l’animal à son environnement inorganique et organique ».

« La plus humaine des sciences de la nature», selon la formule de Jean-Paul Deléage, a toujours eu pour référence majeure l’économie ; l’écologie s’est donc toujours pensée comme une « économie de la nature ».

Dans les années trente, quand elle est devenue une discipline académique, H.G.Wells et Julian Huxley ont dit à nouveau de l’écologie qu’elle est une extension de l’économie à l’ensemble du monde du vivant. 

C’est dans cette perception pragmatique que s’insère la Campagne de Valorisation des peaux des montons de l’Aïd. En faire une richesse au lieu de les rejeter dans la nature et de les transformer en une source de pollution. 

Intégrer la VALORISATION 

dans la culture sociale

Les résultats de la Campagne 2018 :

– Collecte et Valorisation : 19% des peaux soit 100 mille peaux sur le Grand Tunis, lieu de la Campagne. 

– Export : 60% des peaux soit 60.000 peaux 

– Participation et Collaboration :

• 21 Municipalités soit 83 points de collecte

• 23 Associations soit 500 volontaires

• La police municipale

• 15 collecteurs de peaux brutes

– Sensibilisation et information

• 5000 familles

• Spot de sensibilisation et 3000 dépliants diffusés

• Six chaînes de radio et 3 chaînes TV.

Objectifs assignés à la Campagne 2019 :

– Collecte et Valorisation : 50% des peaux 

– Export : 90% des peaux collectées 

– Participation et Collaboration : 

• 13 gouvernorats répartis entre le Nord Est, le Nord Ouest, le Centre, le Centre Ouest et le Sud

• 50 associations soit mille volontaires

• Les Scouts tunisiens et la police municipale

• Plus de 55 collecteurs de peaux brutes 

Les moyens de communication et de sensibilisation mis en place :

– 20.000 flyers imprimés et distribués (10.000 par le CNCC, 10.000 par ACT’UP)

– Communication media assurée par la TV Tunisienne dont vidéo propagande

conçue y compris 2 autres vidéos mises sur les réseaux sociaux.

– Sponsorisation de la page Facebook du CNCC durant la période de l’aïd.

A cela s’ajoutent d’autres moyens logistiques (15.000 sacs distribués fournis par l’ANGED) et de conservation

(90.000 kg de sel fournis par la COTUSAL, partenaire du programme).

Etant au cœur de l’économie écologique et occupant le champ du “stratégique“, la Campagne nationale initiée par le CNCC vise trois buts principaux : 

– Valorisation de la richesse nationale que représentent les peaux. 

– Promotion du secteur du Cuir de la Chaussure (A partir de la peau d’un agneau, on peut fabriquer deux paires de chaussure ou deux sacs à main).

– Protection de l’Environnement et contribution à la propreté du milieu urbain.

Ainsi comme nous l’a enseigné René Passet, l’un des premiers économistes français à avoir mené une réflexion de fond sur cette thématique, l’économie met en œuvre des activités d’appropriation et de transformation de la nature.

L’acte économique a nécessairement une dimension écologique. Dans cette optique, cette “économie écologique“ sous l’étendard de la quelle se sont déployés le CNCC et ses partenaires avant et pendant l’Aïd du Sacrifice, n’est finalement qu’une expression forte d’un discours qui ne cesse de contribuer à la modification du rapport de la société tunisienne à la nature et à l’intégration de la VALORISATION dans la culture sociale du Tunisien. 

Il est regrettable de constater lors de cette Campagne les insuffisances suivantes relevées par le CNCC:

– Manque d’implication encore visible du citoyen dans l’opération de préservation et surtout l’action de salage des peaux de moutons qui devrait être réalisée par les citoyens le jour de l’aïd avant leur mise dans les sacs, ce qui a causé des difficultés de leur préservation en bonne qualité, surtout avec les températures élevées durant les journées de l’aïd.

– Comportement irresponsable des citoyens vis-à-vis du dépôt de leurs peaux de façon anarchique et non pas au niveau des points de collecte prévus à cet effet

– Mauvaise coordination entre les collecteurs et quelques municipalités sur le lieu de collecte et l’heure d’enlèvement des peaux collectées, ce qui a freiné ou perturbé l’étape de valorisation

– Manque d’expérience de plusieurs municipalités ayant participé pour la première fois à la campagne surtout dans l’organisation, avec les différents intervenants, l’opération de collecte et de valorisation ou encore par manque de moyens humains et matériels.

Une Campagne ou une loi ?

Pour certains, il serait plus judicieux de promulguer une loi interdisant le rejet des peaux des moutons de l’Aïd du Sacrifice dans la nature. La réalité prouve qu‘une Campagne de sensibilisation, bien pilotée et menée d’une manière professionnelle, est plus efficace qu’une loi. 

Combien de lois ne sont pas appliquées en Tunisie ? C’est d’ailleurs pourquoi Albert Einstein avait écrit : « Rien n’est plus dangereux pour le prestige de l’Etat, comme pour celui de la loi, que de promulguer des lois dont il n’est pas capable d’assurer l’exécution ». 

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