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L’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral Instaurer une gestion écosystémique des activités de pêche au Nord du pays

juillet 18th, 2019 | by admin
L’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral Instaurer une gestion écosystémique des activités de pêche au Nord du pays
Industrie
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Si le paysage du littoral tunisien s’est maintenu dans un état globalement satisfaisant, c’est grâce aux inter- ventions et aux actions de réhabilitation, de gestion et de protection des zones côtières et des espaces littoraux, menées d’une manière durable et intégrée et avec beau- coup d’expertise, par l’Agence de Protection et d’Amé- nagement du Littoral, APAL.

Aujourd’hui, celle-ci se focalise sur un projet d’une importance capitale : développer un réseau d’Aires Marines et Côtières Protégées, AMCP, et instaurer une gestion écosystémique des pêches et autres usages des ressources marines au niveau des AMCP de Tabarka, de l’archipel de la Galite, de Cap Negro, de l’archipel de Zembra et des zones périphériques et contigües à l’en- semble de ces espaces.

Au cœur du Développement Durable

L’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral, APAL, œuvre depuis la date de sa création en 1995 pour la protection et la gestion durable et intégrée d’une portion précieuse de la Tunisie qui s’étend sur 2290 km environ. 

Jouant à fond la carte du Développement Durable, l’APAL gère les espaces littoraux et mène des projets pour la protection et la valorisation des zones côtières  et de leurs richesses afin de sauvegarder ce patrimoine naturel pour les générations à venir. 

C’est dans ce cadre que se situe la réalisation du projet qui lui a été confié et qui consiste à promouvoir la gestion écosystémique des pêches et des autres usages du milieu marin autour d’un réseau d’Aires Marines et Côtières Protégées, AMCP, au Nord de la Tunisie.

Cofinancé par l’Etat tunisien et le Fonds Français pour l’Environnement Mondial, le projet vise à développer un Réseau d’Aires Marines et Côtières Protégées, AMCP et à instaurer le concept de la pêche durable au niveau des AMCP de Tabarka, de l’archipel de la Galite, de Cap Negro, de l’archipel de Zembra et des zones périphériques et contigües à l’ensemble de ces zones.

Le projet est mené grâce à une étroite collaboration avec la Direction Générale de la Pêche et de l’Aquaculture et les arrondissements de pêche dans les quatre gouvernorats concernés à savoir: Béja, Jendouba, Bizerte et Nabeul. 

A travers ce projet, l’APAL ambitionne de contribuer à la préservation de la biodiversité marine et à l’utilisation durable des Ressources biologiques marines en Tunisie, à travers l’instauration d’une gestion écosystémique des activités dans ces espaces marins protégés. 

« Grâce au système de bonne gouvernance qu’elles sont en mesure de mettre en place, les AMCP s’avèrent susceptibles de constituer une belle opportunité de concilier le développement économique et la préservation des ressources naturelles, halieutiques notamment, qui connaissent une baisse significative, estime         M.Mohamed  Sghaïer Ben Jeddou, Directeur Général de l’APAL.

 Ce projet cadre parfaitement avec l’impératif national, régional et international de Développement Durable qui s’efforce à concilier des considérations d’ordre économique, écologique et social.

En effet, les économistes ont cherché à construire un indicateur qui intègre les différentes dimensions du Développement Durable. On en cite l’Index of Sustainable Economic Welfare, l’ISEW, un indice monétaire corrigeant le PIB des coûts sociaux et environnementaux liés, entre autre, à la perte d’écosystèmes naturels, à la diminution de ressources non renouvelables, aux inégalités de revenus…

Ce projet est également lié à l’indicateur de bien être économique et social qui est une moyenne pondérée d’indicateurs portant sur les flux de consommation au sens large, les stocks de richesses économiques, humaines et environnementales-naturelles, la durabilité écologique et la satisfaction des besoins humains.

Encore faut-il noter que les AMCP peuvent favoriser le dialogue entre les professionnels, les autorités et la société civile, permettant ainsi de tisser des liens et des interactions fertiles entre les différents acteurs dans le but d’instaurer une cogestion durable des ressources marines. 

Le projet consiste, donc à développer les AMCP au Nord du pays sous forme d’un réseau représentatif de la biodiversité de la zone en assurant avec des moyens spécifiques à mettre sur pied, la préservation à long terme des ressources marines  et halieutiques de la région. 

Il consiste également à promouvoir la gestion écosystémique des activités halieutiques et marines en mettant en oeuvre une action pilote spatiotemporelle des activités anthropiques au niveau des AMCP des régions ciblées par ce projet.

 Les résultats de ce dernier seront capitalisés pour en tirer profit, c’est-à-dire les utiliser comme exemple à répliquer dans le reste du pays. 

L’impact en sera bénéfique étant donné que le projet est prometteur d’une situation de Développement Durable qui est à la croisée d’un développement humain décent couplé à une empreinte écologique bien maîtrisée. 

S’inscrire dans l’économie de la durabilité 

Incontestablement, le projet part de la logique qu’à la longue, la satisfaction des besoins économiques et sociaux et le développement économique et humain ne pourraient perdurer avec un prélèvement environnemental non raisonnable, destructeur de l’équilibre naturel de la biosphère. 

Il faudra donc sortir de la société d’hyper-production et consommation irrationnelle en s’inscrivant dans l’économie de fonctionnalité, de régulation et de durabilité. 

Notons que le projet de création des AMCP, en cours de réalisation, concerne 11 sites tout au long du littoral tunisien. 

Le paysage de la pêche au Nord de la Tunisie

Pour mieux comprendre la visée et la portée du projet  ayant pour objectif d’instaurer la pêche durable dans les côtes Nord du pays, une étude sur les activités de la pêche dans cette région du littoral a été réalisée.

Ses résultats montrent que la flottille de cette zone est composée d’environ 2950 unités, soit près du ¼ de la flotte nationale et dont plus de 90% exercent la pêche côtière et/ou artisanale. Cette flottille côtière est éparpillée le long des côtes de la zone d’étude dans de nombreux sites abris. La population maritime active dans cette région avoisine 10.000 marins et dont la majorité, soit 3/4, pratique la pêche côtière et/ou artisanale .On rencontre dans la zone Nord un nombre relativement plus élevé d’unités qui exercent l’activité de pêche continentale dans les barrages et les lacs collinaires. La présence des unités de pêche au corail rouge et de pêche aux langoustes est une particularité de l’activité de pêche dans la région Nord. 

Plusieurs types d’engins de pêche sont employés par les pêcheurs de la zone, qui sont principalement :

– Les filets maillants qui peuvent être calés au fond, pour la capture des espèces démersales ou utilisés comme filets dérivants pour la pêche des espèces pélagiques. Ces filets sont employés toute l’année le long des côtes de la région Nord par les barques côtières indépendamment de leurs tailles et modes de propulsion. 

23 espèces ou groupes d’espèces sont ciblés par les utilisateurs des filets maillants dans la région. On en cite les principaux : les mugilidés, la saupe, les rougets, la serre, les spares, la daurade et les soles.

– Les filets trémails : comme les filets maillants calés, ils sont employés toute l’année le long des côtes de la zone d’étude par les barques côtières motorisées et non motorisées. Ils sont utilisés sur les différents types de fonds. Les filets trémails sont des engins peu sélectifs par rapport aux filets maillants. 

24 espèces ou groupes d’espèces sont recherchés par les pêcheurs aux filets trémails de la région Nord. Les principales espèces ciblées sont les sparidés, la seiche, la crevette et la langouste.

– Lignes et palangres : Ces engins de pêche sélectifs sont généralement considérés comme des moyens de pêche respectueux de l’écosystème. Toutefois, l’accrochage des hameçons sur le fond et le dragage par les lests peuvent engendrer un faible risque de dégradation de l’écosystème et les lignes et les palangres de surfaces ou dérivants présentent un petit danger de capture accidentelle de tortues et d’oiseaux. Les principaux groupes d’espèces cibles sont les dentés, les pagres, les mérous, les pageots, les  loups, les daurades et le marbré.

– Les pièges : Les pièges utilisés par les pêcheurs de la région Nord sont les nasses et les pots à poulpe. Ces engins ont généralement peu d’effets négatifs sur les habitats. Les nasses sont actuellement utilisés par les pêcheurs de la région durant les saisons hivernale et printanière pour la pêche des poissons notamment la daurade grise. Les pots à poulpe sont utilisés particulièrement par les pêcheurs des zones de Bizerte et du golfe de Tunis d’Octobre à Avril.

– Les chaluts: Ils sont classés parmi les engins trainés. Le chalutage de fonds risque d’avoir des conséquences durables voire irréversibles sur les habitats en détruisant les différentes communautés benthiques. Les pêcheurs de la zone  utilisent les chaluts de fonds ou chaluts crevettiers, les chaluts à grande ouverture verticale GOV et les chaluts pélagiques.

– Les sennes tournantes: les pêcheurs de la zone utilisent généralement les sennes tournantes et coulissantes. Elles sont employées, durant toute l’année, la nuit pour la capture des espèces à phototropisme positif notamment les clupéiformes, les maquereaux, la bogue, les chinchards, la sériole et les petits thons.

– Autres engins : On cite les éperviers confectionnés pour la pêche dans les petites profondeurs des loups, daurades, mugilidés et autres petits sparidés, les martelets employés pour la collecte du corail rouge et les Fusils – Harpon, utilisés généralement par les plaisanciers, le long de toutes les côtes de la zone d’étude particulièrement durant la saison estivale.

Les ressources halieutiques exploitées dans la région Nord s’élèvent à 288 espèces dont 81% sont des espèces benthiques et 19% sont des espèces pélagiques. Parmi ces espèces 37 caractérisent la région Nord par rapport aux autres régions tunisiennes. Les plus importantes en terme d’intérêt économique sont le corail rouge Corallium rubrum et la langouste rouge Palinurus elephas.

Notons également que la zone Nord de la Tunisie présente les quatre AMCP suivantes :

– Tabarka : Les données disponibles ont permis de mettre en évidence un nombre de points positifs (herbiers, persistance de la présence des mérous, paysages sous-marins remarquables). L’essentiel des fonds est un substrat dur couvert par des algues, avec une restriction des surfaces occupées par les herbiers de posidonie qui se présentent essentiellement sous leur forme dite « suspendue »  en restant cependant de bonne qualité.

– Cap Negro : Les observations faites mettent en évidence une biodiversité élevée. La conservation de cet écosystème peut être considérée comme excellente. Il est donc tout à fait impératif qu’elle le reste. Cependant, la situation actuelle demande une vigilance accrue : en effet, si l’on considère que la bonne réputation de la zone attire de plus en plus de visiteurs au niveau des zones de baignade, il est urgent de doter la zone d’une équipe de surveillance environnementale, susceptible de se déplacer en mer sur l’ensemble du linéaire côtier mis sous protection. Pour ce qui est de l’exploitation du corail qui est présent dans la zone étudiée vers -60m de profondeur, l’étude recommande de le mettre sous sauvegarde intégrale afin d’aboutir à une régénération qui peut, le cas échéant, être spectaculaire.

– Archipel de La Galite : Dans son ensemble, l’écosystème de l’archipel est caractérisé par une biodiversité élevée aussi bien dans le domaine floristique que faunistique et aussi bien chez les invertébrés que chez les poissons. 

– Archipel Zembra : Dans son ensemble, l’écosystème de l’archipel est caractérisé par  une biodiversité originale liée à la position géographique de l’archipel, élevée aussi bien dans le domaine floristique que faunistique et chez à la fois  les invertébrés et les poissons. La situation de Zembra est critique de par sa situation à l’entrée d’un golfe très fortement anthropisé, d’une part, et subissant une forte pression générale sur les peuplements de poissons. 

En conclusion, le Nord de la Tunisie possède une bonne biodiversité écologique mais avec des indices de dégradation qui risquent de s’aggraver sous :

• Les effets de l’anthropisation:

– avec le taux de fréquentation des sites aussi bien sur terre qu’en mer

– avec le taux de leur exploitation notamment dans le domaine halieutique avec de très heureuses surprises pour les sites insulaires ;

– et avec  la « qualité » de cette fréquentation trop souvent anarchique : visites le plus souvent dites « touristiques » en particulier à la Galite et Zembra, dont le pouvoir d’attraction est très fort.

• Les effets attendus du réchauffement climatique : 

Les nuisances d’origine naturelle qui sont essentiellement liées au réchauffement climatique notamment quand elles sont conjuguées à des forts taux de pollution sont difficilement maîtrisables. Bien que cet impact ne soit pas remarqué dans la zone septentrionale, la forte résilience dans le domaine environnemental aboutit à l’installation d’espèces non indigènes invasives comme le golfe de Gabès où sont apparues des modifications importantes notamment de la biodiversité des populations de crevettes et de crabes au profit d’espèces lessepsiennes .

• La surexploitation des stocks: 

La régression rapide des pratiques de pêche traditionnelles sélectives et à faible impact ou douces au profit de techniques de pêche peu sélectives et destructives ainsi que l’accroissement du nombre des unités de pêche se traduit aujourd’hui, non seulement par d’énormes baisses des rendements de pêche mais également  par un impact environnemental négatif. 

Avec le projet mis en œuvre par l’APAL, les professionnels et marins pêcheurs des côtes Nord de la Tunisie seront progressivement soucieux d’être et de demeurer en conformité avec les normes de la Pêche durable. Leurs confrères dans les autres régions suivront. Un trait majeur de Citoyenneté et de Civisme.

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