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M. Karim Nouira,  Directeur du Port  de commerce de Zarzis

M. Karim Nouira, Directeur du Port de commerce de Zarzis

mai 13th, 2019
Transport/Logistique

Le Port de commerce de Zarzis a tout pour séduire les armateurs et les opérateurs économiques. Cependant, le trafic de marchandises, malgré l’évolution enregistrée durant l’année 2018, reste encore modeste bien que les investissements consentis par l’OMMP soient importants.

Aujourd’hui, ce Port mise sur une valeur sûre : l’expansion économique des Pôles économiques de la région et de son hinterland ; mais aussi « sa capacité à attirer le trafic de marchandises des régions du Nord Lybien et Sud Est algérien, à l’import comme à l’export », affirme M. Karim Nouira, Directeur du Port de Zarzis dans l’entretien suivant : 

La Revue de l’Entreprise : 

Où se situe, aujourd’hui, en termes d’activités et de trafic, le Port de Zarzis ?

M. Karim Nouira : 

L’activité du Port n’est jamais complètement stabilisée ; son volume global variant sans cesse et le genre même du trafic et des opérations portuaires se transforment en fonction des changements économiques.

Celle du Port de Zarzis qui peut s’évaluer en fonction du tonnage des marchandises embarquées ou débarquées dans l’année, est loin de répondre à nos ambitions. 

Les deux Ports, celui de Radès et de Zarzis, ont été aménagés pratiquement à la même date. Le premier accapare aujourd’hui la part du lion, avec plus de 80% du trafic national du fret maritime ; tandis que le second ne détient que 4% de ce trafic. Ce chiffre me semble disproportionné par rapport à la position géographique stratégique du Port, ses potentialités et la réserve foncière dont il dispose.

Sur le plan historique, il faisait figure d’un véritable baromètre de conjoncture économique des régions du Sud du pays. Cependant, il n’a pas pu atteindre les objectifs pour les quels il a été édifié.

La Revue de l’Entreprise : 

Par quoi peut-on qualifier les conditions nautiques du Port ? Quels sont les avantages par les quels il se distingue ?

M. Karim Nouira : 

Les accès maritimes de Zarzis sont faciles ; la côte ne présente aucun danger. La marée est de 40-110 cm; et le temps y est presque constamment clair. L’orientation de la côte met le Port à l’abri des grosses tempêtes dont elle est épargnée. Les dispositions générales du Port permettent des manœuvres aisées.

Le Port dispose d’un chenal d’accès de 130m de large et 9km de long, d’un tirant d’eau de -10,5m actuellement et de quais et appontement qui s’étalent sur 1km.

Il est doté également d’une rampe pour Ro-Ro de 19,70m de largeur, de deux Terminaux à passagers et d’une Gare maritime, la deuxième après celle de la Goulette. J’aimerais souligner que le Port de Zarzis jouit du double avantage de se trouver à 75km de la frontière libyenne et à 400km de Hazoua, à la frontière algérienne.

Grâce à cette position stratégique, il est mieux placé pour l’importation et l’exportation de biens de consommation ou d’équipement intéressant le Nord de la Lybie et le Sud algérien. Zarzis est, incontestablement, la porte Nord de l’Afrique, une passerelle attractive dans les liaisons méditerranéennes entre l’Afrique et l’Europe.

Elle a l’avantage d’être à proximité d’un maillage de liaisons maritimes et terrestres ; cela fait de son Port un énorme point focal de distribution et de réception de marchandises et un nœud de communications intercontinentales.

Cependant, il n’a pas pu profiter de cette position avantageuse dans le cadre territorial et continental.

La Revue de l’Entreprise : 

Nous aimerions bien savoir pourquoi le Port de Zarzis n’a pas pu drainer vers lui une bonne partie du trafic acheminé dans les deux sens par les opérateurs de la région et son arrière pays. Mais avant cela, quel type de trafic fait-il apparaître ?

M. Karim Nouira : 

Notre Port de commerce est, à la fois, un Port spécialisé et un Port à fonctions multiples. Il traite fréquemment des différents trafics à l’export et à l’import tels que les hydrocarbures raffinés, les extraits de sel, les produits agricoles tels que le thon et l’huile d’olive.

Il dispose, à cette fin, d’une infrastructure moderne, quais adéquats, bassins larges, hangars.

Lors de sa création en 1988, il avait un tirant d’eau de -12m. Au fil des ans, il s’est réduit à -7,5m. Il a fallu investir 32 millions de dinars pour qu’il soit à -11m et par conséquent il conserve l’avantage de pouvoir accueillir les grands navires de 25 ou 30 mille tonnes.

Ses terre-pleins se divisent en deux : 40 hectares, sous douane, dont 22 hectares ont été mis à la disposition  du Parc d’Activités Economiques de Zarzis et 18 hectares concédés aux deux acconiers public et privé, respectivement la STAM et GMZ et 200 hectares en dehors de l’espace portuaire. Seulement 10% de cette superficie extensible à mille hectares, sont exploités. Un chiffre révélateur des efforts immenses qu’il faut déployer pour inciter les entreprises à s’y implanter.

Les opérations d’embarquement ou de débarquement de marchandises durent de 4 à 8 heures. Cependant, l’embarquement de certains produits comme le sel dont 850 mille tonnes transitent chaque année à partir de Zarzis, nécessite deux ou trois jours, contrairement à l’affrètement roulier ou de conteneurs.

Grâce à son Terminal pétrolier, le Port joue un rôle essentiel dans la réception, le stockage et la distribution des ressources énergétiques du Sud de la Tunisie.

Ce Terminal exploité par la SSTC dispose d’un appontement spécialisé, et de pipe-lines sous sol de 1200m de long utilisé par des compagnies pétrolières pour l’approvisionnement des régions du Sud en diesel, essence et des aéroports limitrophes en kérosène et Jet A-1.

Deux autres sociétés sont basées en dehors de l’espace portuaire : ECUMED qui exploite le gisement de pétrole d’El Biben à 20km du Port de Zarzis et MARETAP qui se charge du stockage du pétrole brut, acheminé au Port et exporté. Pour l’exportation de sa production de sel, COTUSAL dispose de silos de stockage et d’un portique pour l’acheminement de ce produit vers le navire à quai.

Quant au Parc d’Activités Economiques de Zarzis, PAEZ, dont la création en 1993 est concomitante avec la construction du Port, il constitue une pièce maîtresse du paysage portuaire zarzisien ; son rôle a été et demeure encore de jouer à fond la carte de site idéal d’accueil des entreprises orientées vers les marchés extérieurs.

A ses débuts, elle était dénommée « Zone franche » et a accueilli des sociétés d’activité logistique qui assuraient le ravitaillement des puits de pétrole off shore en matériels et équipements. Malheureusement, cette activité s’est rétrécie.

La Revue de l’Entreprise : 

La « fonction commerciale» du Port prime largement. Cependant, les lignes de transport maritime de passagers sont de plus en plus actives…

M. Karim Nouira : 

Effectivement, Zarzis est devenue le second Port à passagers en Tunisie après celui de la Goulette.

En effet, la réalisation de la Gare maritime en 2017 était l’évènement phare à Zarzis durant les dernières années. Elle a été inaugurée le 5 juillet 2017 par le Chef du Gouvernement.

Pour plus de fluidité et une meilleure organisation du trafic, ce Terminal à passagers sera, à partir de cette année, réservé aux arrivants ; et le second Terminal en cours de construction, accueillera les partants. Le nombre de passagers et de voitures est passé respectivement de 3000 en 2017 à 12 000 en 2018 et de 1000 en 2017 à 4000 en 2018. On prévoit qu’en 2020, 60.000 passagers et 25 000 voitures transiteront par ce Port.

Ce dernier aura, dans ses perspectives, la volonté de développer un trafic de croisières, stimulé par un Sud tunisien enchanteur, en consécration des régions stars sur le plan logistique: Djerba, Zarzis, Tataouine, Tozeur, Matmata…

La Revue de l’Entreprise : 

L’OMMP croit à l’avenir du Port ?

M. Karim Nouira : 

Oui, certainement. L’Office ne cesse d’y investir : 

* 5M.D. pour le réaménagement des quais de commerce qui n’ont pas été entretenus depuis sa création; L’achèvement des travaux aura lieu à la fin de l’année en cours.

* 4M.D. pour l’édification du deuxième terminal à passagers. Avec la CTN, notre partenaire en tant qu’armateur national enthousiasmé, les efforts seront conjugués pour que le trafic de passagers se développe à un rythme soutenu.

Un Projet d’extension du Port de Zarzis à l’horizon 2040 prévoit la construction d’un quai à croisières, d’une zone logistique, d’une zone industrielle et d’un Terminal à conteneurs.

Encore faut-il que la dynamique économique et les échanges commerciaux suivent en termes de volumes et de fréquences.

La Revue de l’Entreprise : 

Vous montrez-vous confiant quant à la réussite du service régulier combiné containers, RoRo, vraquier et de marchandises diverses reliant les Ports de Sousse, Sfax et Zarzis vers l’Italie ?

M. Karim Nouira : 

Lorsque l’armateur italien PROCARGO Line s’est présenté pour assurer la liaison entre les Ports de Sousse et de Sfax et celui de Marina di Carrara en passant par le Port de Cagliari en Sardaigne, la position du ministère du Transport et de l’OMMP était claire : il serait nécessaire de desservir également le Port de Zarzis. Effectivement, cette desserte a été assurée par l’armateur italien le 02 février 2019. Cette opération a été précédée d’une conférence de presse, tenue le 11 janvier au Port de Zarzis, avec la participation d’exportateurs et d’importateurs du Sud, des membres de la Chambre de Commerce tuniso-libyenne, ceux de l’U.R. de l’UTICA de Médenine, et de la CCI du Sud-Est.

Nous avons eu également des pourparlers avec les hommes d’affaires libyens qui avaient des cargaisons RoRo déposées au Port de Radès. Il serait judicieux d’effectuer un trajet de 75 km, depuis le Port de Zarzis, au lieu de parcourir 600km de Radès à Ras Jedir. C’est bénéfique pour eux puisque le choix de notre Port leur permettra un gain de temps et d’argent sachant que la chaîne Transport-Logistique représente un coût à optimiser. Et c’est bénéfique sur le plan écologique pour la Tunisie : Réduire les émissions de gaz à effet de serre dégagées par les convois de camions arborant la plaque d’immatriculations jaune sur nos routes depuis Radès jusqu’à Ras Jedir.

La création d’une ligne régulière est donc une gagneuse gagnante sur tous les plans.

La Revue de l’Entreprise : 

Pensez-vous que l’activité du Port de Zarzis devrait déborder largement le cadre régional, celui du Sud tunisien ?

M. Karim Nouira : 

Il faut bien rentabiliser les investissements consentis dans ce Port qui appartient à une ville charmante ayant la vocation de carrefour géographique et économique.

Notre Port se veut attractif pour des implantations d’activités de haute technologie dans l’ensemble de son espace ; dans la région du Sud qui doit valoriser sa position stratégique et le rôle traditionnel de carrefour joué par Zarzis. A cela s’ajoute impérativement le désir d’ouverture du Port sur les grandes villes du Sud-Est algérien, du Nord libyen, les pays africains (Mali, Niger et Tchad) et l’Europe. 

Notre Port est beaucoup plus proche que celui d’Alger qui est à 1400km des villes du sud de l’Algérie.

La Revue de l’Entreprise : 

Quelles sont donc les mesures les plus urgentes à votre avis ?

M. Karim Nouira : 

Nous souffrons d’un déficit en termes de communication et de Marketing mix territorial. Nous savons pertinemment que cette région bénéficie d’avantages comparatifs importants. Nous devons le faire savoir dans les régions ciblées qui ignorent le caractère attrayant de notre offre territoriale, les infrastructures d’accueil que nous mettons disposition.

Le Port de Zarzis aura un avenir radieux si l’on s’engage sérieusement dans des actions bien étudiées et bien pilotées de promotion territoriale.

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