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M. Faouzi Ben Abdallah, Directeur Général de TARROS Tunisie

mai 13th, 2019 | by admin
M. Faouzi Ben Abdallah,  Directeur Général  de TARROS Tunisie
Transport/Logistique
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Le transport de marchandises, maritime en particulier, est vital pour l’économie tunisienne. Celle-ci a besoin de connexions efficaces et efficientes pour se développer et prospérer. C’est pour cette raison que le pays s’est doté d’un réseau de Ports de commerce allant de Bizerte à l’extrême Nord jusqu’à Zarzis au Sud.

« Le Port de cette ville soutient le développement des régions du Sud, consolide le site économique Tunisie et devrait créer des possibilités de marché d’une dimension impressionnante, affirme M. Faouzi Ben Abdallah, Directeur Général de TARROS Tunisie, filiale de TARROS, entreprise leader du transport maritime dans l’espace euro-méditerranéen.

La Revue de l’Entreprise : 

Le Port de Zarzis a plus de trois décennies d’activité. Pourquoi d’après vous, n’a-t-il pas pu remporter un succès éclatant jusqu’à ce jour ?

M. Faouzi Ben Abdallah : 

L’analyse de l’état des lieux du Port de Zarzis permettra de faire apparaître quelques caractéristiques dominantes de cette structure portuaire. D’une part, ce Port ne manque pas d’atout et de fonctionnement. Une position géographique stratégique, des postes à quai bien entretenus, un tirant d’eau suffisant pour recevoir des navires de grande capacité, dédiés au fret en vrac plus particulièrement. Il s’est avéré fructueux en favorisant le développement des exportations du sel, produit dans les salines du Sud, du plâtre, et d’autres substances utiles; mais aussi des produits agroalimentaires distinctifs de la région du Sud.

Il dispose d’une réserve foncière portuaire importante qui constitue un point fort en faveur de projets de valorisation et de développement industriel futur au sein du Parc d’Activités Economiques de Zarzis. Ce Port s’ouvre sur toutes les régions du Sud, contribuant ainsi, théoriquement, à impulser un grand mouvement de transactions commerciales à l’import comme à l’export. Il est également susceptible de desservir des sous-régions du voisinage, à savoir le Nord Libyen et le Sud algérien et jouit de compétences reconnues au niveau de la gestion portuaire, des services y afférents et des prestations douanières.

Ce Port soutient le développement de la région du sud, consolide le site économique Tunisie et devrait créer des possibilités de marché d’une dimension impressionnante.

Face à toutes ces données de base et ces atouts, on ne peut qu’être frappé par la sous-exploitation dont il souffre. Il semble que la rigidité des procédures douanières soit, et non des moindres, à l’origine de la faiblesse de son trafic.

Récemment, le trafic transfrontalier de marchandises en transit vers la Libye a été freiné ou même bloqué par les autorités douanières tunisiennes de peur qu’il camoufle des opérations de

contrebande.

A la lumière des expériences d’autres régions du monde, la simplification des procédures douanières permettent aux autorités de la Douane de trouver l’équilibre entre d’une part l’organisation des contrôles douaniers à des fins de sécurité et de sûreté du pays et, d’autre part, la facilitation du mouvement des marchandises.

Je pense que, pour les transactions commerciales entre l’Europe du Sud, l’Italie plus particulièrement, et les sous-régions du Sud, la Libye, l’Algérie, le transport maritime à courte distance peut jouer un rôle important dans la dynamisation des échanges commerciaux et de la vie économique, renforçant ainsi l’efficacité portuaire et la compétitivité de nos régions.

Ce dynamisme laisse augurer la naissance de lignes maritimes régulières partant de l’Italie vers les Ports de Sousse, Sfax et Zarzis…de bonnes connexions linéaires mutualisées. A cet égard, le Port de Zarzis constitue une bouffée d’oxygène fascinante pour les autres Ports confrontés au problème de la congestion et par conséquent pour nos échanges commerciaux et l’économie du pays.

La Revue de l’Entreprise : 

Dans l’espace portuaire de Zarzis, on vient d’apprendre que vous êtes l’initiateur d’un service régulier combiné faisant la connexion entre les Ports de Sousse, Sfax, et Zarzis et ceux de l’Italie. Dans quel contexte et née l’idée de ce projet ?

M. Faouzi Ben Abdallah : 

Le spécialiste tunisien de fret maritime, la STTAT, qui offre à ses partenaires, armateurs et transitaires, une vaste gamme de services et propose à l’industrie et au commerce des services d’expédition et de trafics de groupage multimodaux, soutenu par son partenaire historique depuis les années 1980, TARROS, un transporteur de conteneurs italien, a convaincu l’armateur de la région de Sardaigne, GRENDI Groupe, qui assure un trafic de cabotage national entre Marina diCarrara et la capitale de la Sardaigne, Cagliari, d’étendre cette liaison maritime vers Sousse et Sfax, à travers sa filiale ProCargo Line  nouvellement constitué pour cette fin à 

bord d’un autre navire.

Le défi a été relevé puisqu’une cinquantaine d’escales sur les Ports de Sousse et de Sfax ont été déjà effectuées.

En janvier 2019, avec ce même armateur, une escale-test a été faite sur le Port de Zarzis. Il s’agit d’un service régulier combiné container, Ro Ro, vraquier et de marchandises diverses au départ des Ports de Sousse, Sfax et Zarzis vers l’Italie. Une solution marquée par un surcroît de flexibilité, tout en offrant la fréquence et la vitesse souhaitées et la qualité requise.

Nous étions soutenus par M. le ministre du Transport, Mr le Directeur Général du transport maritime et des ports maritimes de commerce le PDG de l’OMMP, M. le Gouverneur de Médenine, le Directeur du Port, de Zarzis , Le Chef de Bureau de la Douane, le Président Directeur Général du Parc d’Activités Economiques de Zarzis, les opérateurs économiques et la société civile.

La Revue de l’Entreprise : 

ProCargo Line  est-il l’armateur qu’il faut « à la place qu’il faut » ?

M. Faouzi Ben Abdallah : 

Nous savons pertinemment que le « Livre blanc sur la Logistique des Transports» en Tunisie a préconisé de désenclaver les régions défavorisées du Sud et de l’intérieur du pays, générant des avantages économiques, environnementaux et logistiques à travers trois leviers : 

– Accélérer les cadences de chargement et de déchargement des marchandises dans les Ports ; 

– Réduire les temps de séjour des marchandises au Port ;

– Et faciliter l’accessibilité aux principaux marchés receveurs et émetteurs de marchandises.

ProCargo Line  est bien positionné pour pouvoir satisfaire aux exigences qu’induisent ces leviers.

De surcroît, cet armateur est apprécié pour sa solution innovante d’embarquement et de débarquement, le système de cassettes qui fait appel à des opérations de manutention horizontales donc rapides. Ce qui permet une utilisation optimale des Ports sur les plans spatial et temporel et une réduction du recours aux transports terrestres qui sillonnent le pays du Nord au Sud et, par conséquent, une diminution importante des émissions de gaz à effet de serre, accusées d’être responsables des changements climatiques ; sans oublier son impact sur la sécurité routière.

La Revue de l’Entreprise : 

Peut-on affirmer que ProCargo Line  est au cœur de la formule innovante que sont les autoroutes de la mer?

M. Faouzi Ben Abdallah : 

Incontestablement. Ce concept innovant, les autoroutes de la mer, mis en exergue dans le cadre du réseau transeuropéen de transport en avril 2004, lorsque l’Union Européenne a adopté une révision des directives du réseau transeuropéen de transport (TEN-T), vise à effectuer un transfert modal de la route vers les transports maritimes grâce à l’amélioration des liaisons maritimes existantes ou la création de nouvelles liaisons fiables, régulières et fréquentes pour les échanges entre les Etats membres. L’objectif est de réduire la congestion routière et d’améliorer l’accès aux régions périphériques.

ProCargo Line qui s’attache à la consécration de ce concept, est persuadé qu’en raison de l’importance du transport maritime dans la région, le bassin méditerranéen doit constituer une zone privilégiée pour le développement des Autoroutes de la mer et du commerce maritime, que ce soit entre l’Union Européenne et les pays MEDA ou entre les pays MEDA eux-mêmes. Le développement des AdM pour les trafics Nord-Sud de la région méditerranéenne dont cet armateur figure parmi les principaux acteurs, se justifie, amplement, par la nécessité d’améliorer la qualité des services et de diminuer les nuisances de tous types.

La régularité et la fréquence certaine de la ligne sont deux indicateurs de performance qui revêtent une importance capitale pour tous les intervenants qu’ils soient opérateurs portuaires, exportateurs ou importateurs, puisqu’ils peuvent, aisément, programmer leurs besoins d’avance. On perçoit donc toute l’importance des avantages économiques, financiers et logistiques d’un tel système. 

Il convient de rappeler que la ligne assurée par ProCargo Line qui dessert Sfax, Sousse, Cagliari, capitale de la Sardaigne et Marina di Carrara, en Italie, est devenue opérationnelle le 14 mai 2018. En l’espace de 8 mois, cet armateur a effectué une cinquantaine d’escales en Tunisie.

La Revue de l’Entreprise : 

Rendre aussi sûre et efficace que possible le maillon essentiel de la chaîne de transport entre le Port italien et ceux de la Tunisie nécessite la rentabilisation de la ligne. Cet enjeu majeur se pare-t-il de l’aura de l’efficience ?

M. Faouzi Ben Abdallah : 

Les neuf premiers mois d’exploitation ont nécessité des investissements importants en matériel et en financement

de l’exploitation pour l’acquisition de deux translifters et cent cassettes. 

Il faut donc que les difficultés rencontrées soient surmontées pour que ce service puisse continuer ; sachant que le Business Plan de l’armateur pronostiquait qu’après deux mois d’opérativité, la régularité de la ligne aurait été acquise et aurait permis le passage à une fréquence bi-hebdomadaire dès le mois de juillet 2018. Ceci n’était pas le cas, à cause de certaines défaillances, principalement le fait d’attendre 6 mois pour obtenir une garantie d’accostage partielle dans les Ports de Sousse et de Sfax. 

A cause d’une telle insécurité, ProCargo Line  n’a pas pu fidéliser la clientèle et se proposer comme partenaire crédible des transporteurs routiers et des transitaires européens et tunisiens. Néanmoins, cet armateur n’a pas hésité à maintenir en place son dispositif. Il a répondu favorablement à la demande de nos autorités maritimes et portuaires qui consistait à effectuer une escale de ligne dans le Port de Zarzis.

Aujourd’hui, l’armateur italien a décidé de suspendre son service temporairement en raison de l’arrêt technique du navire affrété, dans l’attente de recevoir des assurances concernant l’opérativité, les frais de port et la nature des engagements des transporteurs et transitaires.

La Revue de l’Entreprise : 

Le système proposé par cet armateur parvient-il à satisfaire la demande des opérateurs d’une manière efficace?

M. Faouzi Ben Abdallah : 

Ce système a déjà fait ses preuves. En effet, lors des escales effectuées dans les Ports de Sousse et de Sfax, ProCargo Line a démontré que le système cassettes permettait une réduction importante des temps d’escales.

C’est ainsi qu’on a pu charger ou décharger 1400 tonnes de conventionnel en 3h et demie et 65TEU en deux heures seulement. Le navire a toujours limité son temps d’escale à un maximum de deux shifts.

Il est clair que l’initiative louable de ProCargo Line  a eu pour effet de stimuler les exportateurs et importateurs tunisiens à profiter davantage de la proximité du marché européen et de mieux apprécier les potentialités de la demande émanant des sous-régions maghrébines.

La Revue de l’Entreprise : 

Que préconise ProCargo Line  pour que la ligne Marina du Carrara-Gagliari, Sousse, Sfax et Zarzis retrouve sa vitalité ?

M. Faouzi Ben Abdallah : 

Pour que la ligne puisse porter ses fruits et devenir pérenne, il serait nécessaire de prévoir des fenêtres dans les Ports concernés pour les opérateurs de lignes régulières sur la base d’une régularité hebdomadaire et des escales limitées à trois shifts au maximum ; et instaurer un système de programmation des escales évitant ainsi les escales longues situées à proximité des fenêtres allouées, en fait les navires sont construits pour naviguer en mer et non pas pour stationner longtemps dans les ports disait à maintes reprises Mr. Euan LONMON le Directeur Général de ProCargo Line .

Il faudra également créer un système incitatif pour les manutentionnaires et les agents maritimes afin de réduire le temps d’escale et réduire les coûts portuaires que supportent les navires de lignes régulières et des autoroutes de la mer en accostant aux Ports de l’intérieur.

Pensant qu’il faut trouver une solution pour que la desserte maritime de Zarzis soit attractive, le Conseil d’administration

de l’OMMP a mis en place des mesures incitatives se traduisant par un abattement  sur les frais portuaires pour toutes les lignes maritimes régulières desservant le port de Zarzis.

Sans vouloir brandir l’exemple de tel ou tel Port d’escale et de transit de fret maritime, à tout bout de champ, il faut bien se rendre à l’évidence : un Port est le baromètre du dynamisme des acteurs économiques qui le sollicitent ; l’armateur ne fait que réagir à leur demande de service.

Je pense qu’une collaboration étroite et des engagements fermes du côté des autorités maritimes, économiques et politiques du pays sont la clé du succès de la ligne Marina di Carrara-Zarzis.

La réponse de l’armateur est très flexible : Même avec une cargaison réduite à cent ou deux cents tonnes, l’opérateur économique pourrait être servi. Le vrac serait manipulé en conteneur. Quant aux deux manutentionnaires, ils sont prêts à investir dès que le trafic prend de l’importance.

Aujourd’hui, nous sommes à une période charnière dans l’histoire du Port de Zarzis et des Ports de l’intérieur d’une manière générale. Leur dynamisme sous-jacent est une sorte d’alchimie entre toutes les composantes politique, économique, technologique, sociale et servicielle.

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