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M. Lotfi Sassi, Directeur du Port de Bizerte-Menzel Bourguiba

janvier 22nd, 2019 | by admin
M. Lotfi Sassi,  Directeur du Port de Bizerte-Menzel Bourguiba
Economie
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La puissance économique d’une région est l’élément essentiel de la prospérité d’un port de commerce ; car elle alimente son trafic ; mais, inversement, elle s’accroît avec cette prospérité ; une sorte d’entraide s’établit entre une région et son port. Cet aspect est beaucoup plus perceptible au Port de Bizerte-Menzel Bourguiba.

Sa position stratégique, de première importance, incite l’OMMP à envisager la réalisation de projets ambitieux, indique M. Lotfi Sassi, Directeur du Port.

La Revue de l’Entreprise : 

Nous savons que le Port de Bizerte-Menzel Bourguiba est un port séculaire reconverti d’un port de guerre essentiellement à un port de commerce. Quelles sont ses dispositions générales ?

M. Lotfi Sassi : 

Le Port de Bizerte-Menzel Bourguiba fut ouvert officiellement à la navigation par un décret beylical sous le patronage de la Marine française, en 1895. Il était essentiellement un Port de guerre dont le but était à la fois d’entretenir, de réparer et de ravitailler la Flotte et de faciliter ses opérations navales.

Il occupe une position géographique stratégique, au carrefour des principales lignes maritimes internationales et dans le voisinage des courants d’échanges par routes maritimes.

Faisant partie de Bizerte le point culminant de l’extrême Nord du pays, les deux composantes du Port furent implantées là où les conditions naturelles offrent le plus de facilités pour leur construction d’abord et pour leur fonctionnement ensuite.

Quant à l’infrastructure du Port, elle comprend deux plans d’eau abrités : 

– Celui de Bizerte dont les postes à quai s’étendent sur 1721m et qui est composé de l’avant-port (terminal pétrolier avec deux postes à quai), le port du canal (poste à quai commercial de 523m de long) et la baie de Sabra (les quais : céréalier, acier et cimentier).

– Et celui de Menzel Bourguiba qui comprend le poste à quai Sud de 150m de long dédié à la société El Fouladh, avec un tirant d’eau de 9,5m et le chantier naval, concédé à la Compagnie Méditerranéenne de Réparation-Tunisie CMR-T .

La disposition et l’aménagement des différentes parties des deux plans d’eau offrent aux navires des surfaces suffisantes pour leurs manœuvres, des postes de mouillage d’attente et des postes d’amarrage commodes et bien agencés pour leurs opérations.

La Revue de l’Entreprise : 

Peut-on dire que les aspects économiques de Bizerte et de son hinterland et leurs liaisons avec le Port d’une part et la situation de celui-ci d’autre part jouent pour avantager telle ou telle fonction et que la physionomie du port et de son trafic en est déterminée ?

M. Lotfi Sassi : 

Le Port de Bizerte-Menzel Bourguiba est un port à fonctions multiples ; cependant, le trafic pétrolier est dominant avec plus de 50% de l’ensemble de ses activités.

En 2017, le trafic de marchandises traitées dans ce Port a atteint 4,9 millions de tonnes soit 17% des échanges commerciaux transitant par l’ensemble des ports tunisiens, occupant ainsi la 3ème position à l’échelle nationale.

Le nombre des escales est passé de 490 en 2016 à 511 en 2017, soit une évolution de 4%.

Le trafic des marchandises présentant une forte proportion des importations est passé de 4547 mille tonnes à l’import et 746 mille tonnes à l’export en 2016 à 4212 mille tonnes à l’import et 652 mille tonnes à l’export en 2017, avec une réduction respectivement de 6% et 12%.

Le volume du vrac liquide a régressé en 2017 en comparaison avec 2016, (-11%) à cause de la réduction des importations de la STIR. De même, le trafic du vrac solide a diminué de 19% en 2017 par rapport à 2016 comme suite à l’arrêt du poste à quai céréalier et à la réduction des importations de Pet Coke par les cimenteries.

Par contre, le trafic des marchandises diverses a enregistré une évolution  de 34% en 2017 par rapport à 2016, en raison de la croissance des exportations de sucre blanc.

Le flux de conteneurs qui a démarré en 2011 avec 2500 unités 20 EVP a atteint 46464 conteneurs 20 EVP en 2017.

Durant les dix premiers mois de l’année en cours, le nombre de navires accostés a atteint 430 contre 427 avec une augmentation de 1% en comparaison avec la même période en 2017.

L’évolution des importations et des exportations était plus consistante avec respectivement 3% et 10%. Le trafic du vrac liquide durant la même période a connu une évolution de 9%, sous l’effet de la croissance des importations de la STIR. Quant au trafic du vrac solide, il a régressé de 16% à cause de la réduction des importations de Pet Coke dont l’impact a été minimisé par la reprise de l’exportation du Clinker par les Ciments de Bizerte.

De leur côté, le trafic des marchandises diverses a enregistré une évolution de 25% grâce à la croissance des activités d’import/ export du fer et dérivés.

Le nombre de conteneurs a connu également une croissance de 4% bien qu’en tonnage la réduction soit de 3%.

La Revue de l’Entreprise : 

L’activité du Port a été chahutée par les travaux de réhabilitation des terre-pleins. Tous les intervenants en sont mécontents. Par quoi s’explique cette situation ?

M. Lotfi Sassi : 

Il est vrai que la réalisation du projet de réhabilitation des terre-pleins a perturbé l’activité du quai de commerce. Le projet consiste à réaménager quatre hectares tout en intégrant les lots y afférent : Electricité, eau potable, système anti-incendie…

Les travaux qui ont démarré en Novembre 2017 devraient s’étaler sur 22 mois. La 1ère tranche aurait due être achevée en décembre 2018. Malheureusement, le planning des travaux n’a pas été respecté et l’entreprise qui a remporté l’appel d’offre était défaillante à cause des difficultés financières aux quelles elle est confrontée.

Depuis Novembre 2017, plus d’un tiers des terre-pleins du quai de commerce est inexploitable, d’où l’insatisfaction des différents intervenants.

En conséquence, on a perdu deux lignes de conteneurs et deux autres menacent de quitter le port. Si avant la fin du mois courant, les travaux ne reprennent pas d’une manière sérieuse, le contrat sera résilié. Pour éviter la catastrophe et ne pas se résigner, nous avons pu récupérer un terrain, adjacent aux terre-pleins d’une superficie égale à cinq hectares, qui était occupé par des commerçants informels n’ayant aucune relation avec le complexe portuaire. Ce terrain a donné une bouffée d’oxygène au fonctionnement du Port.

La Revue de l’Entreprise : 

Par quoi peut-on qualifier le rendement de la manutention au Port de Bizerte-Menzel Bourguiba ?

M. Lotfi Sassi : 

La manutention des marchandises  dans notre Port est assurée par deux entrepreneurs, dans le cadre de concession à l’instar de tous les ports en Tunisie : la STAM et la STUMAR. La première s’est focalisée sur le vraquier ; quant à la seconde qui investit dans l’acquisition de nouveaux équipements, est orientée, plus particulièrement, vers le traitement des conteneurs et des marchandises diverses.

Malgré les conditions pénibles dans les quelles les entrepreneurs de la manutention, la Douane, la police,…œuvrent, le rendement de la manutention des conteneurs est satisfaisant et parmi les meilleurs en Tunisie : entre 12 et 15 conteneurs à l’heure.

Par ailleurs, le pont mobile représente un obstacle au développement de l’activité du port, surtout après l’annulation de l’ouverture du Pont à 15h et l’impossibilité de son ouverture en mauvais temps, vue son état; ce qui a engendré une augmentation de l’attente en rade des navires.

La Revue de l’Entreprise : 

En quoi consistent les Projets d’extension du Port  figurant parmi les 33 Projets qui devraient être réalisés en PPP ?

M. Lotfi Sassi : 

Deux grands projets de développement de l’infrastructure portuaire du Port de Bizerte-Menzel Bourguiba, sont choisis par le gouvernement tunisien et ont été présentés parmi les 33 Projets retenus lors du Forum international sur les Partenariats Public-Privé, organisé à Tunis le 18 septembre 2018.

Le 1er projet : consiste à la création d’un terminal pour le traitement des vracs solides au port de commerce de Bizerte.

Ce projet a pour objectif le développement de l’infrastructure portuaire, (compte tenu de l’existence d’une réserve foncière importante dédiée au projet : 13ha), le développement du secteur et la dynamisation des entreprises industrielles implantées aux gouvernorats du Nord de la Tunisie, la satisfaction des besoins en trafic des vracs solides à Bizerte et en Tunisie, la promotion de nouveaux secteurs d’exportation dans ce type de trafic et le développement socio-économique de la ville de Bizerte.

La position géographique du nouveau terminal est très favorable grâce à sa localisation juxtaposée du nouveau  pont suspendu qui va faciliter la sortie vers l’Autoroute sans passer par Menzel Bourguiba (le parcours actuel des flux des camions), sachant que Les travaux de ce méga-projet, qu’est la construction du Pont, un investissement de 750 millions de dinars, démarreront à la fin de l’année prochaine et seront achevés en 2022.  

De plus, vue  sa localisation,  le tirant d’eau de cette infrastructure portuaire dépassera 12m.

Ce Projet qui représente un investissement de 300 millions de dinars prévoit la construction de ce type de Terminal à Bizerte. 

Le deuxième Projet, consiste à la création d’un Terminal RO-PAX, sur la rive Sud du Port à la zone de Zarzouna. 

Une enveloppe de 80 millions de dinars lui a été consacrée. Il convient de signaler que de nombreux investisseurs étrangers connus pour leur rigueur et leur quête d’efficacité et d’efficience, sont convaincus d’y investir.

La Revue de l’Entreprise : 

Le Port de Bizerte-Menzel Bourguiba est à 180 km du Nord-Est algérien. Affiche-t-il ses ambitions sur ce marché en explosion ?

M. Lotfi Sassi : 

Nous savons tous que la planète s’est mondialisée et que les distances ont disparu entre les marchés et les flux de marchandises.

Le Port de Bizerte-Menzel Bourguiba entend bien se positionner comme une plateforme alternative capable de faire jeu égal avec ses concurrents européens. Il est en liaison avec la voie ferrée qui devrait être réhabilitée. De hauts responsables de la SNCFT ont rendu visite au Port et ont dévoilé l’intention de la compagnie tunisienne à investir en équipements ferroviaires adéquats.

On peut dire que le Port de Bizerte-Menzel Bourguiba est l’un des baromètres de la conjoncture économique dans les régions du Nord et Nord-Ouest.

Il est en train de s’adapter aux transformations qui affectent son activité et est bien placé pour accompagner le développement économique de Bizerte et son hinterland.  

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