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M. Khaled BEN GHARBIA Président de CMA CGM Tunisia

janvier 22nd, 2019 | by admin
M. Khaled BEN GHARBIA Président de CMA CGM Tunisia
Transport/Logistique
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De part sa situation géographique stratégique, Bizerte est la porte du Nord de la Tunisie ; mais son Port doit encore faire des progrès pour qu’il puisse jouer pleinement son rôle. Conscient de cet état des choses, l’OMMP projette de doper l’infrastructure portuaire de la région, à travers la réalisation, à moyen terme, de projets ambitieux.

M. Khaled Ben Gharbia, Président Directeur Général de MISTRAL Shipping une Agence maritime et Président du Conseil d’Administration de CMA CGM Tunisia, filiale du 4ème armateur mondial, s’en réjouit. Ces réalisationsviendront compléter et tirer vers le haut l’offre de la plate-forme portuaire bizertine.

La Revue de l’Entreprise : 

Comment voyez-vous le Projet d’extension du Port de Bizerte-Menzel Bourguiba ?

M. Khaled Ben Gharbia : 

Bizerte, ma ville natale, a un potentiel de développement considérable. Le projet d’extension de son Port s’insère, assurément dans cette perspective. De toutes les façons, ce n’est qu’un début de solution du problème de congestion auquel est confronté le Port de Radés.

En 2011, nous avons demandé à ce que ce Port soit soulagé, en transférant une partie de son trafic vers ceux des Métropoles, Sfax, Sousse et Bizerte.

Pour nous, c’était une priorité qui m’a aucun rapport avec l’urgence pour le pays d’avoir un Port en eau profonde. Ce sont deux questions totalement distinctes.

En ce qui concerne le Port de Bizerte-Menzel Bourguiba, je suis très ravi de voir l’OMMP s’y investir pleinement. C’est une impression que j’émets en connaissance de cause parce que j’y ai toujours travaillé.

Je suis persuadé que l’engagement réel de cet Office qui se traduit par trois projets, à savoir l’extension, le Terminal roulier et le Terminal vraquier, est susceptible d’améliorer les performances du Port et ses capacités d’exploitation.

La Revue de l’Entreprise : 

La relation séculaire qui caractérise Bizerte et son Port, cette interface de vie et de commerce est-elle quantifiable?

M. Khaled Ben Gharbia : 

Cette relation d’interaction montre que Bizerte ne peut pas être privée de son Port et l’interprétation entre territoire portuaire et dynamisme économique, social et urbain explique les choix judicieux de l’OMMP. Ces derniers visent, en fait, à diminuer le coût de la chaîne Transport-Logistique pour les industriels tunisiens. Ce coût qui comprend les frais financiers que représentent les différents maillons de la chaîne est très élevé. Il dépasse les 20% ; tandis que la moyenne internationale du coût de cette chaîne ne dépasse pas 10%. La compétitivité de nos industriels est pénalisée par ce sur-coût qu’ils supportent lourdement.

Conséquemment, plus nous améliorons l’infrastructure portuaire du pays globalement et les performances opérationnelles de la Logistique, plus les industriels tunisiens seront aptes à s’intégrer dans la compétition régionale et mondiale.

Lieux d’innovations et de développement, la Ville de Bizerte et son Port devraient conjuguer leurs forces vives et réinventer la relation entre les deux entités.

La Revue de l’Entreprise : 

Le transport multimodal est-il plus approprié au Port de Bizerte ?

M. Khaled Ben Gharbia : 

Rien n’empêche de développer le transport multimodal puisque la combinaison de deux ou trois modes de transport s’impose dans le but d’assurer, au moindre coût, un niveau de service de plus en plus élevé, avec des délais de plus en plus courts.

En Tunisie, le transport combiné est une pratique courante. Les opérateurs dont celui que je représente, offre des services « door to door » ; c’est-à-dire d’usine (ou entrepôts) expéditrice à usine (ou entrepôt) destinataire. De nombreuses sociétés tunisiennes exportatrices ou étrangères implantées en Tunisie, utilisent d’une manière régulière et fluide la solution de transport « porte à porte ».

En ce qui concerne le transport ferroviaire, nous avons une collaboration avec la SNCFT. D’ailleurs, l’un des avantages dont jouit le Port de Bizerte-Menzel-Bourguiba c’est qu’il est relié à la voie ferrée.

Il est vrai que celle-ci est confrontée à un problème d’écartement des rails entre les deux territoires tunisien et algérien ; cependant, ce problème technique est en train d’être résolu.

Une grande gare ferroviaire constitue le prolongement du Port. Nous aimerions faire de cette gare une grande plateforme pour assurer le transport de conteneurs pleins ou vides par voie ferrée. Cela nécessite la mise en œuvre d’un programme de mise à niveau moyennant des investissements en installations et en wagons.

Fort heureusement, le ministre actuel du Transport qui est un ancien Secrétaire d’Etat du Transport et ancien Secrétaire d’Etat du Commerce extérieur est imprégné de la réalité du Transport et de la Logistique en Tunisie. Je suis convaincu que nous allons de l’avant en voyant le secteur s’insérer dans une perspective de progrès.

La Revue de l’Entreprise : 

Un Port déborde largement du périmètre de la ville qu’il dessert et de son hinterland. Il s’insère dans un espace métropolitain élargi.

Faut-il prévoir une route Express Bizerte-Nord Est algérien ?

M. Khaled Ben Gharbia : 

Les faits montrent que l’Autoroute transmagrébine est en cours de réalisation.  

La liaison entre le Nord et cette Autoroute permettra, indéniablement, de désenclaver cette région.

Dans l’axe Tunis-Le Kef, l’Autoroute qui arrive jusqu’à Medjez El Bab, est un acquis important qui sera consolidé par le tronçon autoroutier Medjez El Beb-Le Kef. 

Ce projet s’inscrit dans le cadre de la réalisation de l’Autoroute maghrébine qui doit relier à terme la frontière algérienne du Côté Nord Ouest et libyenne du Côté Sud Est. Un corridor  qui s’étend sur une longueur totale de 800 km et qui ambitionne de contribuer au développement économique et social interrégional.

Outre son rôle de propulsion économique, ce projet assurera la décongestion de l’axe routier Nord-Sud, la RN1, caractérisée par un trafic intense avec un pourcentage important en véhicules de transport de marchandises, accentuant la dégradation du confort de la circulation et la sécurité des usagers de la route.

Il faudrait prévoir une bretelle de connexion entre Bizerte et cette autoroute qui ramène vers l’Algérie. Ce pays présente un attrait pour les entreprises tunisiennes parce qu’il affiche d’énormes possibilités d’échanges avec nos voisins. C’est dans ce contexte que le transport du fret par voie ferrée est d’un grand intérêt.

La Revue de l’Entreprise : 

Quel serait selon vous l’impact des projets que l’OMMP envisage de réaliser au Port de Bizerte ?

M. Khaled Ben Gharbia : 

L’impact ne peut être perçu que d’une manière positive.

En effet, avec l’extension du Port, on va multiplier par deux sa superficie actuelle pour avoir un Terminal à conteneurs qui sera équipé de portiques adaptés. Nous aurons donc plus de lignes régulières sur Bizerte.

Ce sera la fameuse gare maritime qui comprendra trois postes à quai dédiés aux bateaux rouliers transportant voitures, remorques et passagers. L’effet sera immédiat: désengorger le Port de la Goulette. 

Je pense qu’avoir un Terminal roulier sur la rive Sud de Bizerte à cinq minutes de l’Autoroute A4 est une aubaine pour les industriels tunisiens et l’économie du pays. Cette superbe gare maritime permettra à Bizerte d’être en connexion directe avec Barcelone, Marseille et Gênes. En tant qu’Agent maritime, j’en ai toujours rêvé. Je suis très ravi de savoir que le rêve est en train de se réaliser.

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