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M.Chiheb Kooli, Président de la Chambre Syndicale Nationale de la Métrologie

novembre 19th, 2018 | by admin
M.Chiheb Kooli,  Président de la Chambre Syndicale Nationale de la Métrologie
Industrie
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Avoir un ou plusieurs laboratoires privés de référence dans le domaine de la Métrologie est un signe révélateur d’une activité qui veut apprendre à conjuguer ses défis au pluriels, et trouver dans les capacités de ses acteurs publics ou privés le moteur même de son accomplissement.

En Tunisie, jusqu’à ce jour malgré l’importance de la plateforme métrologique privée, aucun laboratoire de cette plateforme n’est accrédité «Laboratoire de référence». Explications de M.Chiheb Kooli, Dirigeant de CK Métrologie et Président de la Chambre Syndicale Nationale de la Métrologie.

La Revue de l’Entreprise :

Qu’est-ce qu’on entend par Laboratoire de référence et comment peut-on y accéder?

M.Chiheb Kooli :

C’est un laboratoire qui détient la meilleure incertitude à l’échelle nationale par rapport à un paramètre donné.

A titre d’exemple, un laboratoire de référence en température couvre la plus grande plage de températures (de -180° à +1400°), en mesure et en génération; et, dans cette fourchette, il est capable de donner le plus haut niveau d’incertitude à l’échelle nationale.

Pour avoir ce déterminant, le Laboratoire doit être accrédité dans le paramètre ciblé, avoir une infrastructure, des bâtiments et un encadrement de qualité. Une parfaite maîtrise des procédures de travail est également prise en considération.

Le laboratoire de référence peut enregistrer ses meilleures incertitudes à l’échelle internationale.

C’est le cas de DEFNAT, le Laboratoire de la Défense nationale, le seul Laboratoire de référence en Tunisie, qui a été enregistré à l’échelle mondiale, en intensité, dans l’électricité et en temps fréquence.

La Revue de l’Entreprise :

Pourquoi nos laboratoires privés n’ont-ils pas accédé à ce « statut » ?

M.Chiheb Kooli :

La même question se pose aux laboratoires publics dont disposent le LCAE et les Centres techniques, le CETIME, le CTMCCV, le CNCC, le CETTEX… Iles détiennent de nombreux paramètres, tels que le pesage, la pression, la température, l’humidité, la force…

Cependant, aucun d’entre eux n’a osé faire une belle percée dans ce registre. Il est décevant de constater que malgré la riche expérience de l’ANM et du TUNAC, depuis leur création jusqu’à ce jour, nous n’avons pas encore réussi à élargir le spectre des laboratoires de référence. La défaillance n’incombe pas au privé parce que cette distinction ne se joue pas en solitaire. Elle a besoin d’un écosystème qui stimule, pousse et tire vers le haut.

Ce n’était pas le cas en Tunisie : le ministère de l’Industrie a affiché sa démission face à l’approche engagée par l’ANM pour la désignation d’autres laboratoires de référence. Nous demeurons dans l’indécision : Faut-il désigner le LCAE qui a l’ensemble des paramètres physiques ou bien désigner ce Laboratoire dans un ou deux paramètres et les autres Laboratoires publics dans d’autres paramètres ?

Dans cette situation très confuse nous perdons beaucoup de temps, au lieu d’avancer.

De son côté, l’ANM a décidé de préparer ses laboratoires en vue de constituer un réseau de Laboratoires de référence ; à commencer par son laboratoire de masse ; mais une telle démarche prendra beaucoup de temps.

La Revue de l’Entreprise :

L’absence d’un réseau de laboratoires de référence est-elle entravante ?

M.Chiheb Kooli :

Effectivement, mis à part celui du DEFNAT, les laboratoires de référence sont ailleurs, en France, en Allemagne, au Portugal, en Hollande. Nous sommes donc obligés de leur envoyer nos étalons ; de supporter les frais et les tracasseries que cela provoque et qui obérent la compétitivité, la rentabilité et le fonctionnement de nos laboratoires tant public que privés.

La Revue de l’Entreprise :

A supposer que l’écosystème soit favorable, les laboratoires privés sont-ils bien outillés pour devenir des laboratoires de référence?

M.Chiheb Kooli :

J’ai déjà posé cette même question au Dr. Martin Milton, Directeur du BIPM et Dr. Michael Stock, Directeur du Département Electricité,  lors de leur passage en Tunisie ; ils m’ont répondu en souriant que les laboratoires de référence à l’échelle internationale demeuraient peu nombreux.

Malgré tout, nous n’allons pas créer la roue; la roue existe. Profitons à fond des expériences menées par les pays occidentaux pour nous rattraper. Il suffit donc de nous autoriser à entamer la démarche nécessaire pour devenir des laboratoires de référence. Tout dépend de la bonne volonté du ministère de l’Industrie et des PME, qui est fortement impliqué sur le plan administratif.

Si notre Laboratoire décide d’investir pour devenir un laboratoire accrédité en débitmètrie par exemple, il doit obligatoirement formuler une demande qu’il adresse à l’ANM. Celle-ci est chargée de désigner les laboratoires de référence. Cependant, le tableau d’ensemble de la lenteur administrative est décourageant.

La Revue de l’Entreprise :

Les compétences dont vous disposez peuvent-elles ranimer les espoirs que vous lancez dans l’accréditation?

M.Chiheb Kooli :

Les Laboratoires privés emploient de nombreux  ingénieurs. CK Métrologie a six ingénieurs diplômés de l’INSAT, d’ESPRIT et d’autres institutions. Ils sont déployés dans le Département technique.

J’aimerais préciser, à ce propos, que la composante scientifique représente un autre critère d’accès au statut de laboratoire de référence.

Malheureusement, la Recherche scientifique en Métrologie n’est pas valorisée en Tunisie.

Chaque année, CK Métrologie encadre un ou deux projets de fin d’étude et essaie de développer une ligne d’action même modeste dans ce domaine.

En 2016, le Bureau allemand de Métrologie, PTB, a réalisé une Etude sur la Métrologie en Tunisie. Cette Etude dont les recommandations s’avèrent payants, a préconisé la mise à niveau de la Métrologie scientifique dans notre pays.

De nouveaux programmes de formation sont dispensés dans les Ecoles d’ingénieurs, les ISET et les deux ou trois centres de formation professionnelle où la Métrologie fait partie de leurs cursus.

Les enseignants sont également concernés par le programme de mise à niveau.

Il est certain que nos laboratoires vont en profiter puisqu’ils pourront trouver des jeunes opérationnels ; et ceux qui intègrent l’industrie tireront vers le haut la perception et la connaissance métrologiques au sein de ce secteur.

La Revue de l’Entreprise :

Au mois d’octobre, vous étiez reçu, en tant que Président de la Chambre, par M. Le ministre de l’Industrie et des PME, en présence de M. le Directeur Général de l’Infrastructure industrielle et technologique. Quel était l’objet de la réunion ?

M. Chiheb Kooli :

C’était pour moi une occasion précieuse qui m’a permis de décrire à M. Le ministre et à M. le Directeur Général de l’infrastructure industrielle et technologique, le paysage actuel de la Métrologie en Tunisie et de débattre des questions concernant le présent et le futur de notre secteur : la règlementation relative à la création de Laboratoires, le Partenariat Public-Privé, le renforcement de nos capacités…

Nous nous sommes convenus d’écrire officiellement à travers la centrale patronale pour instaurer une nouvelle image des rapports entre les laboratoires privés et les laboratoires des centres techniques. Les deux parties n’occupent réellement pas des positions de concurrents; mais plutôt de confrères et de partenaires qui devraient fédérer activement leurs forces pour progresser ensemble.

Paradoxalement, ces Centres techniques qui affichent un désintérêt envers les laboratoires privés, ont à la tête de leurs Conseil d’administration les Présidents des Fédérations de l’UTICA.

M. Samir Majoul, Président de l’UTICA a commencé une série de réunions de travail avec les différentes Fédérations dont la première a été celle des Services à la quelle appartient notre Chambre. Toutes les résolutions déjà prises avec M. Le ministre de l’Industrie ont été relatées dans une lettre officielle qui sera appuyée par M. Samir Majoul et adressée aux Centres techniques.

L’objectif majeur reste l’instauration d’un courant d’échange et de partenariat durable entre les deux parties qui ne devraient, logiquement, pas être antagonistes : notre Chambre et les Centres techniques.

Des réunions auront lieu entre les deux parties en vue de mettre en évidence la complémentarité entre les structures de Métrologie publiques et privées. Cette grille de lecture s’impose à l’ensemble des acteurs du Système pour un surcroît d’efficacité et d’efficience, en faveur du développement industriel de la Tunisie.

Je pense que la distance qui s’est accrue entre les laboratoires publics et privés sera abolie, cédant la place à la logique constructive et cartésienne du partenariat qui joue un rôle-clé dans le développement des Filières et, par voie de conséquence, de l’économie.

J’aimerais saisir cette occasion pour saluer l’initiative progressiste du TUNAC qui consiste à qualifier les compétences du secteur privé pour devenir les Evaluateurs techniques (Publics-privés) au sein de cet organisme. C’est avec beaucoup d’admiration et de considération que j’annonce cette première provenant de ce Conseil national qui renaît avec la nomination de M.  Yassine Ouali à sa tête. Le voilà, ce Conseil dont l’importance est primordiale dans le Système National de la Métrologie en Tunisie, est en train de sortir de son isolement, d’innover et d’agir conformément à ses valeurs fondatrices.

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