breaking news

Khaled Ben Yahia, Directeur Général de l’ATFP : “ L’ATFP ne peut pas réussir dans sa mission tout en étant seule“

août 1st, 2018 | by admin
Khaled Ben Yahia,  Directeur Général de l’ATFP : “ L’ATFP ne peut pas réussir dans  sa mission tout en étant seule“
FORMATION
0

La Formation professionnelle initiale a fait couler durant les vingt dernières années beaucoup d’encore. Elle a été toujours considérée comme l’un des principaux enjeux de la performance au sein de l’entreprise, des secteurs et de l’économie:

Aujourd’hui, on assiste à une nouvelle vision, une nouvelle approche pour que le système public de la Formation professionnelle ait des résultats à la hauteur des ambitions.

« Redevabilité“, “Meilleure Connaissance de l’environnement socio-économique de chaque centre de Formation“, “Autonomie du Centre“…, ce sont les mots-clés recueillis dans les propos de Khaled Ben Yahia, Directeur Général de l’Agence Tunisienne de la Formation Professionnelle, ATFP.

Khaled Ben Yahia n’a pas à redéfinir la mission de son Agence. Son rôle a été déjà précisé par le cadre réglementant ses prérogatives. Il se contente de rappeler que l’ATFP est l’un des organes d’exécution de la politique de l’Etat en matière de Formation professionnelle.

Cependant, la question qui s’est toujours posée était la suivante : Comment peut-on affirmer que ses résultats sont à la hauteur des investissements consentis par la communauté nationale ?

« Les résultats sont mesurables ; mais nous ne sommes pas en train de mesurer le degré d’efficacité de notre système de Formation professionnelle, avoue le Directeur Général de l’Agence. Et d’ajouter : “A partir de cette année, nous allons introduire de nouveaux indicateurs de performance: nombre d’apprenants par formateur, nombre d’apprenants par employés dans de Centre, nombre de diplômés par formation. »

Au niveau de l’Agence, ces indicateurs sont disponibles. Encore faut-il les introduire au sein de chaque Centre.

Toutefois, la complexité de la tâche selon lui réside dans le fait qu’il y ait dans le processus de la Formation professionnelle deux acteurs : l’Agence et les entreprises. Personne autres que leurs patrons n’aura la possibilité de leur imposer un choix ou une orientation quelconque.

Cela expliquerait l’absence de tuteurs aux côtés des stagiaires dans les entreprises. Il reste donc un long chemin à parcourir pour que cet élément fondamental dans la configuration de toute action de formation professionnelle initiale s’insère dans la démarche opérationnelle de l’entreprise engagée à recevoir des stagiaires.

Autre insuffisance, selon Khaled Ben Yahia : L’Agence est centrée beaucoup plus sur l’exercice pédagogique, les formateurs, les équipements“. Ce qui nous manque, c’est la maîtrise de l’environnement : le connaître parfaitement, savoir anticiper ses besoins et contribuer à l’insertion professionnelle des jeunes diplômés, via des mécanismes comme la Formation à la Carte, la Formation complémentaire et la Formation post-initiale“.

«  Les mécanismes existent ; mais c’est en termes de maîtrise de l’environnement de chaque Centre que les objectifs qui leur sont assignés peuvent être atteints.

C’est d’ailleurs pourquoi nous envisageons de créer un corps : “Les accompagnateurs“, qui seront chargés d’établir des relations durables avec l’environnement régional et local et d’interagir avec ses exigences et ses déterminants spécifiques.

Plus d’autonomie

pour les Centres

« Quand la masse du navire est trop importante, l’aiguille du compas n’indique plus le Nord ; elle indique le navire, écrivait le Physicien Heisenberg.

En raison de sa taille, (137 Centres de Formation, 8 mille employés) et de sa dispersion géographique, l’ATFP est-elle victime de sa lourdeur ?

En raison de sa taille, est-elle réfractaire à la réactivité voire à la proactivité et au changement ?

«  Le modèle que nous avons retenu consiste à doter les Centres de plus d’autonomie. Nous sommes en plein chantier », précise le Patron de l’ATFP.

Une autonomie couplée à de la redevabilité : chaque Centre a, donc, la liberté de créer son propre projet tout en étant redevable au bailleur de fonds qu’est l’Etat. L’Agence a déjà commencé à préparer ses Centres à ce changement historique.

Cet Eté, les Directeurs des Centres seront rassemblés prés de Grombalia pour présenter leurs contrats objectifs : Etat des lieux, vision à l’horizon 2025 et le plan d’actions pour les trois prochaines années.

Ce levier d’un nouveau fonctionnement instaure des indicateurs de performance. La réunion de l’année prochaine sera donc consacrée à l’évaluation, mettant en évidence les forces et les insuffisances et les mesures à prendre.

Etre redevable de résultat prendra une importance notable dans le système.

Le point de départ sera marqué avec le lancement du Projet “IRADA“ financé par l’Union Européenne.

L’idée sous-jacente est de mettre les Centres de Formation relevant de l’ATFP dans une situation de concurrence. Le Centre propose son Projet pour la zone territoriale et socio-économique dans la quelle il est implanté. Un jury choisira les projets qui seront financés par le Fonds.

Cette nouvelle Formule amènera les Centres à prendre conscience du fait que la Formation professionnelle ne soit plus financée uniquement par l’Etat. Le Centre doit savoir élaborer un Projet capable de solliciter le soutien d’un bailleur de fonds. Ce Projet ne devrait pas être élaboré pour plaire à la Direction Générale du Centre; mais plutôt pour répondre aux besoins du territoire dans le quel il est implanté.

La Formation :

affaire de l’entreprise

PAFIP, un Projet financé par l’AFD, a été lancé par l’ATFP dans le but de créer des “Centres locomotives“ dans chaque région et chaque secteur. 17 Centres se sont déjà distingués par leur capacité à tirer vers le haut le système, mettant en place un standard processuel pour le fonctionnement du Centre.

De son Côté, l’ATFP se charge de la formation et de l’accompagnement des Responsables ayant pour objectif d’établir des relations permanentes et fructueuses avec l’Environnement socio-économique de la région et plus particulièrement le monde industriel.

Quant au ministère de tutelle, il envisage, dans le cadre de sa Réforme, de créer des Unités d’Appui au sein des structures patronales, en vue de les inciter à s’engager davantage dans la Formation professionnelle initiale et continue.

« Un engagement de ma part: toute entreprise qui a envie de mettre un  tuteur à la disposition des stagiaires, bénéficiera du soutien financier de notre Agence. Nous nous chargeons de sa formation, du volet pédagogique, du découpage, du suivi… », affirme Khaled Ben Yahia.

“La Fonction de tutorat n’est pas une mince affaire. C’est un investissement en termes d’espace, de profil adapté en fonction de ses savoirs et savoir-faire capitalisés et de ses expériences.

La prépondérance

de l’entreprise

Dans son architecture globale, le système de la formation professionnelle compte un point faible, celui de l’articulation entre l’apprentissage en entreprise et le centre de formation.

Il peut y avoir une bonne coopération qu’illustrent parfaitement le Centre Sectoriel de Formation en Soudure, Outillage et Plasturgie de Sousse, dirigé par Kamel Youssef et les entreprises opérant dans les zones industrielles de Sousse comme Leoni.

« L’ATFP ne peut pas réussir dans sa mission tout en étant seule. La synergie entre l’ATFP, le Centre de formation et l’entreprise est une nécessité absolue », précise-t-on à l’ATFP.

Il s’agit d’un consensus pragmatique entre ces parties pour assurer ensemble un haut niveau de qualification aux jeunes selon les besoins spécifiques de l’entreprise.

Une fois établi, ce consensus rend l’offre d’apprentissage facile et efficace ; un offre dont l’ampleur et la variété dépendent des situations et des spécificités régionales et sectorielles.

Elle est, par ailleurs, sensiblement différente selon la taille de l’entreprise.

On peut opposer les petites entreprises où la formation est plutôt intégrée au processus de production aux grandes entreprises qui pourraient disposent d’ateliers d’apprentissage. Pour celles-ci, la formation se différencie de l’activité de production dans la mesure où elle est conçue et réalisée par un service propre avec un  certain nombre de formateurs.

Une partie non négligeable de la formation en entreprise serait effectuée dans un atelier d’apprentissage bien équipé et permettant la mise en œuvre de méthodes didactiques élaborées. L’entreprise pourrait organiser un enseignement théorique en complément de celui dispensé par le Centre de formation.

De toutes les manières, les petites entreprises, même si elles ne pourraient installer que des “coins d’apprentissage“, intègreraient très vite leurs apprentis dans le processus de production.

Laisser un commentaire