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Habib Omrane, Président Directeur Général de l’ONAS

février 13th, 2016 | by admin
Habib Omrane,  Président Directeur Général de l’ONAS
Environnement
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Habib Omrane,

Président Directeur Général de l’ONAS

«  Ce qui compte pour nous, c’est de bâtir le processus de PPP sur des bases solides, des valeurs de transparence et de confiance

partagées et de faire en sorte qu’il soit ancré dans notre stratégie de développement futur »

La sauvegarde de l’environnement est vitale pour l’équilibre écologique et hydrique, ainsi que pour la diversité biologique de l’ensemble des écosystèmes de la Tunisie. Elle trouve aussi sa justification dans le potentiel économique réel que représente la perspective d’un développement durable assurant la qualité de vie de l’ensemble des citoyens. Etant l’un des principaux instruments de la politique environnementale du pays, conduite dans cette perspective, l’ONAS a assuré ses missions avec la participation du secteur privé.

Aujourd’hui, cet Office montre l’exemple en jetant les bases d’une étape avancée : le Partenariat Public, comme cadre conceptuel, législatif, politique et économique de sa coopération structurée avec le secteur privé. Eclairage de M.Habib Omrane, Président Directeur Général de l’ONAS.

La Revue de l’Entreprise :

Nous savons que l’ONAS est en charge des services d’assainissement en Tunisie depuis 1974. Peut-on affirmer que cet Office a joué un rôle déterminant dans ce domaine ?

Habib Omrane :

Depuis sa création en 1974, l’ONAS n’a cessé de jouer pleinement son rôle dans la collecte, le transport et le traitement des eaux usées en Tunisie. Le bilan de cet opérateur historique de l’assainissement durant les quatre dernières décennies fait ressortir plusieurs chiffres – clés dont je cite la réalisation de 16 mille kilomètres de réseaux des eaux usées, 700 stations de pompage et 112 stations d’épuration qui sont actuellement en fonctionnement.

Lors de son démarrage, l’office a commencé par le curage, en assurant les trois étapes, celles des Etudes techniques, financières et économiques, des Travaux de réalisation et de l’exploitation des ouvrages. Son réseau est passé de cinq stations, à ses débuts, à 35 dans les années 80, et 112 aujourd’hui, répondant ainsi à la préoccupation grandissante pour l’environnement des autorités publiques urbaines face au problème de l’extension galopante des villes et du développement territorial et socio-économique urbain.

S’inscrivant dans une vision d’ensemble à l’égard de l’espace urbain, conformément à la politique environnementale de l’Etat, ses réalisations et ses services offerts convergent avec la planification globale de la ville tunisienne.

La Revue de l’Entreprise :

Le droit des citadins à un environnement de qualité dépend de la qualité de la vie dans les villes. Quels sont les projets réalisés récemment ou qui viennent d’être lancés par l’ONAS et qui s’insèrent dans les champs d’action concernant les infrastructures, les équipements publics et les services environnementaux ?

Habib Omrane :

L’assainissement fait partie intégrante des aspects de la politique urbaine et de la philosophie de la ville. Consciente de cette réalité, l’ONAS a été amené à rendre compatibles le développement socio-économique et urbanistique et la protection de l’environnement. De nombreux Projets ont été réalisés ou en cours de réalisation, dans cette optique. J’en cite la station d’épuration d’El Hassiane, d’une capacité de 60 mille m3 par jour, qui sera édifiée entre Raoued et Kalaat Al Andalous, pour résoudre les problèmes d’assainissement de Borj Touil, Sidi Thabet, El Bokri et Sanhaji, des zones urbaines qui se développent d’une manière spectaculaire. Les stations de Mnihla et Choutrana n’ont pas la capacité suffisante pour raccorder ces ensembles urbains du Nord de Tunis.

Avant celle d’El Hassiane, la station d’épuration d’El Attar a été conçue et réalisée pour traiter les eaux usées rejetées par l’agglomération urbaine de Sidi Hassine.

L’objectif étant de prévenir ou de résoudre les problèmes d’environnement urbain, domestique, tertiaire et industriel, par une approche globale et intégrée.

La Revue de l’Entreprise :

Par quoi peut-on qualifier la participation du secteur privé dans le secteur de l’Eau et plus précisément celui de l’Assainissement des eaux usées ?

Habib Omrane :

L’implication du secteur privé dans le secteur de l’Assainissement reste limitée.

Dans ce type de services, la Participation du Secteur Privé, PSP, s’intégrait dans la stratégie de développement de notre Office ; mais elle est restée jusqu’à nos jours, de l’ordre des contrats de service.

Il a initié, dés 1993, une série d’études relatives aux potentialités du marché tunisien en matière de fourniture de services et à la faisabilité des différentes formes de PSP, en Tunisie.

Cette Participation dans les services d’assainissement a réellement commencé en 1997, sur la base de la stratégie en la matière, préparée en 1995 par l’ONAS.

Aujourd’hui, le secteur privé exploite uniquement 17% du réseau de distribution de l’ONAS, 146 stations de pompage et 16 stations de traitement des eaux usées.

Lors du démarrage du processus, il n’y avait qu’un seul contractant, SOMEDEN, filiale tunisienne de la Compagnie française, les Eaux de Marseille ; auquel se sont ajoutées des entreprises locales : SEGOR, filiale de Suez Environnement Société Chebbi, …

La Revue de l’Entreprise :

Par quoi s’explique la participation timide des privés ?

Habib Omrane :

Si le nombre de privés était restreint, c’est en premier lieu, parce que le contrat de concession s’étalait sur un délai relativement court, qui ne dépasse pas les cinq ans.

En revanche, les investissements auxquels il faisait appel étaient lourds. L’acquisition d’un Combiné,  à titre indicatif, nécessitait une enveloppe de 600 mille dinars.

C’est d’ailleurs pourquoi l’une des principales mesures à prendre lors du passage vers le Partenariat Public Privé serait d’augmenter le délai du contrat. Il devrait se situer entre 10 et 15 ans pour qu’il soit compatible avec les règles économiques de l’investissement et du retour sur investissement

La Revue de l’Entreprise :

Si l’on évalue l’expérience de l’ONAS en matière de la PSP,…

Habib Omrane :

Cette expérience a eu le mérite d’avoir cristallisé le regain d’intérêt de notre pays pour la participation du secteur privé et l’impulsion de sa contribution d’une manière efficace et efficience dans l’amélioration des services d’assainissement.

Cependant, la PSP s’est confrontée à deux handicaps majeurs :

– Le délai relativement court du contrat ;

– L’absence d’un apport technologique, en tant que l’une des valeurs principales à créer dans le cadre de cette coopération entre l’opérateur public et les privés.

L’exploitation qui a été assurée par ces derniers était menée avec les mêmes moyens déployés par l’ONAS.

La Revue de l’Entreprise :

Pensez- vous que le défi particulièrement stimulant serait de tirer les leçons de cette expérience en tant qu’étape préalable pour poser les jalons d’un Partenariat Public Privé réussi ?

Habib Omrane :

Effectivement, nous avons tiré ces leçons et nous sommes en train de poser les jalons du PPP souhaité. En effet, nous avons commencé à préparer avec le ministère de l’Environnement et du Développement durable le Projet ONAS 2020, une étude prospective assortie d’une projection de cet opérateur historique à cette échéance.

Parmi ses principaux axes, on peut dénoter l’amélioration de la communication de ce prestataire de services avec les usagers des réseaux d’assainissement. Un centre d’appels sera créé pour accueillir les réclamations et les suggestions de ces usagers qu’ils soient domestiques, tertiaires ou industriels et intervenir rapidement pour le débouchage ou tout autre problème d’assainissement. Pour l’entretien du réseau, nous disposons d’une centaine d’engins qui sera consolidée par 53 nouvelles acquisitions.

La qualité du curage sera améliorée afin de prévenir les bouchages, une tâche pour laquelle d’autres camions seront acquis. Le combiné va continuer à jouer son rôle de curage et d’entretien ; quant aux camions HP (Pompe à haute pression), ils seront consacrés exclusivement au débouchage. Nous avons déjà acquis 17 camions HP qui seront opérationnels dans les principaux arrondissements. Et notre parc de CHP passera à 50 unités soit une unité pour chaque arrondissement.

Parallèlement, sur le plan opérationnel nous sommes en train de préparer les conditions nécessaires au lancement du Partenariat Public Privé. La Banque Mondiale a financé un projet que nous considérons primordial, à savoir la définition des cahiers des charges spécifiquement conçus pour le PPP. Ils seront prêts en 2016. Juste après, un Appel d’offres prioritaire sera lancé en 2017 ; et avec cet événement, l’ONAS s’arrogera le mérite d’avoir donné le coup d’envoi du PPP dans le domaine de l’assainissement.

Ainsi, la participation du Privé passera à 25% en 2020, et à 50% en 2050.

La Revue de l’Entreprise :

Concrètement, quels sont les projets qui seront réalisés sous la formule du PPP? 

Habib Omrane :

Cette nouvelle formule sera mise en œuvre avec le lancement en 2017 d’un Projet pilote dans le Grand Tunis, se rapportant au tiers de son réseau d’assainissement, c’est-à-dire Tunis Nord qui englobe la Goulette, la Marsa et l’Ariana.

Ce réseau sera confié en termes de renouvellement et réhabilitation des collecteurs et des équipements des stations de pompage et d’épuration à une entreprise privée pour une période de 15 ans.

Ce qui représente une nouveauté parmi d’autres c’est que l’ONAS en tant que maître d’ouvrage va élargir la zone d’intervention et le spectre des ouvrages d’assainissement aux opérateurs privés.

A ce marché qui comporte les réseaux, les stations de pompage et d’épuration, nous espérons voir d’autres entreprises, tunisiennes et étrangères qui s’intégreront dans cette nouvelle démarche de progrès qu’est le PPP.

La Revue de l’Entreprise :

Si l’on peut comprendre les raisons qui président à « l’Art pour l’Art », on ne pourra, en aucun cas, admettre par analogie « Le PPP pour le PPP »

Quels sont donc les objectifs qui lui sont assignés dans votre domaine?

Habib Omrane :

Le principal objectif que nous visons c’est l’apport technologique nouveau que devrait proposer chaque opérateur privé, futur partenaire de notre Entreprise.

Vous n’êtes pas sans savoir que, pour atteindre les objectifs de pollutions résiduelles, le traiteur des eaux usées dispose de trois grands groupes de techniques :

– Le traitement physique, une technique de séparation de phases (liquide-solide ; liquide-liquide) qui permet d’extraire ce qui est en suspension et les corps flottants;

– Le traitement chimique et physico-chimique avec l’addition d’un réactif chimique qui peut transformer une substance indésirable en un composé inoffensif, ou la piéger dans une composition chimique qui la précipitera facilement ;

– Et le traitement biologique qui reproduit certaines réactions biologiques du milieu naturel et qui constitue aujourd’hui la technique la plus importante.

Une station d’épuration comprend donc quatre postes principaux, en dehors du traitement des boues : le prétraitement, le traitement primaire, le traitement secondaire et le traitement tertiaire lorsque l’affinage de l’eau épurée est nécessaire.

Des technologies qui ne cessent d’évoluer sont mises en œuvre tout au long de ces phases. Dans la première, elles portent sur le dégrillage, le dessablage et le déshuilage. Dans la seconde, elles concernent la décantation et la coagulation-floculation. La troisième fait appel à l’écosystème bactérien, aux méthodes de séparation liquide-biomasse, aux procédés anaérobies, et aérobies, à culture libre ou boues activées, aux systèmes d’insufflation d’air, aux lits bactériens à ruissellement et lits bactériens immergés.

Quant à la quatrième phase, l’affinage de l’effluent, elle regroupe l’ensemble des procédés qui sont employés seuls, ou en combinaison, sur un effluent préalablement épuré ; des méthodes assez spécifiques comme la filtration, le tamisage et le microtamisage, l’absorption, la coagulation, la floculation, le strippage, l’irradiation, la désinfection et les procédés biologiques.

Les technologies appliquées dans cette dernière phase vise une élimination des matières en suspension, et la pollution correspondante, une élimination de l’azote et du phosphore, la désinfection et l’amélioration générale de la qualité de l’eau (DCO,DBO, couleur, salinité). Les buts poursuivis sont d’une importance capitale : réutilisation de l’eau à des fins agricoles ou industrielles, protection du milieu récepteur (lutte contre l’eutrophisation) et protection de prises d’eau situées en aval.

C’est pourquoi nous nous attendons à ce que l’apport technologique des partenaires privés soit au diapason de l’évolution enregistrée dans l’industrie et les technologies du traitement des eaux dans le monde.

Le second objectif, découlant du premier, consiste à améliorer le rendement des stations d’épuration en utilisant des procédés de dopage ou en passant d’une culture libre à une culture fixe ; ce qui permet d’améliorer le rendement de la station de 30%.

Si nous accordons beaucoup d’importance à ces objectifs d’amélioration des performances et de la fiabilité des procédés utilisés c’est parce que nous sommes assujettis à une obligation de résultats.

La Revue de l’Entreprise :

Peut-on affirmer que c’est dans ce contexte que l’ONAS bénéficie de la coopération internationale pour la mise en œuvre de projets d’amélioration continue des process ?

Habib Omrane :

Effectivement, cette orientation est une constante au sein de l’ONAS. A titre indicatif, nous travaillons, aujourd’hui, sur trois volets avec la Banque Allemande de Développement :

Le volet énergétique : Dans le but d’améliorer l’efficience énergétique dans nos stations d’épuration, nous sommes en train de préparer un Projet pilote à Métouia-Oudref qui consiste à faire fonctionner une station d’épuration des eaux usées avec l’énergie photovoltaïque. Ce sera une première dans ce domaine, à laquelle s’ajoute un projet de co-génération. 30% des besoins énergétiques d’une dizaine de stations à Choutrana, Nabeul, Gafsa, Moknine et Sfax seront couverts par la production de méthane des digesteurs de boues en milieu anaérobie.

Le deuxième axe porte sur les effluents industriels. Neuf zones industrielles seront équipées de stations spécifiques sachant qu’il ya autant d’effluents que d’industries allant des industries agroalimentaires jusqu’aux industries chimiques et pétrochimiques en passant par les industries de la cellulose et du papier, les industries pharmaceutiques, les industries métallurgiques et de traitement de surfaces…

Il convient de noter l’importance du recyclage dans le traitement dans eaux usées d’origine industrielle puisqu’il permet une réutilisation après traitement rigoureusement adapté à la pollution entraînée. Ces neuf zones ciblées sont à Bizerte (Utique), Monastir, Sfax, Moknine, El Fejja, et Medjez El Bab.                  

La Revue de l’Entreprise :

Dans l’esprit du commun des mortels et certains syndicalistes, une regrettable confusion entre le PPP et la Privatisation risque de générer des résistances. Quelle serait la stratégie conduite afin de créer un consensus interne à ce sujet?

Habib Omrane :

Il est regrettable de constater qu’il y ait chez certains un certain refus au concept de PPP, dû à des idées reçues ou à des préjugés. Le concept de PPP procède de plusieurs raisons : la recherche d’une meilleure maîtrise de la totalité des chaînes de valeurs en matière de développement socio-économique, le souci de l’efficacité et de l’efficience, celui d’améliorer la qualité des prestations offertes aux citoyens, la réduction des coûts et des temps de réponse, mettre l’entreprise privée et l’organisme public en ligne avec les objectifs de la Nation tout en donnant à chacun un feed-back sur sa participation à la performance globale mesurée.

Nous allons choisir un cabinet de conseil en communication pour nous préparer un plan de communication afin de faciliter l’acceptation externe et interne du PPP. Nous comptons beaucoup sur la compréhension et l’adhésion de notre partenaire social avec lequel nous entretenons de bonnes relations.

De toutes les manières, nous allons démarrer le processus de transition vers le PPP par un projet pilote ; nous l’évaluerons, puis nous passerons à d’autres. Ce qui compte pour nous c’est de bâtir ce processus sur des bases solides, des valeurs de transparence et de confiance partagées et de faire en sorte qu’il soit ancré dans notre stratégie de développement futur qui est enfin de compte celle de l’industrie de traitement des eaux usées en Tunisie.    

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