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Ezzeddine Moussa, Président de la Chambre Syndicale Nationale des Tanneurs

février 13th, 2016 | by admin
Ezzeddine Moussa,  Président de la Chambre Syndicale Nationale des Tanneurs
Industrie
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Ezzeddine Moussa,

  Président de la Chambre Syndicale Nationale des Tanneurs :

« Appliquons les lois en vigueur avant d’en promulguer d’autres »

Tous ceux qui ont l’occasion de se rendre à la Semaine Internationale du Cuir, à Paris, savent que les industries du cuir occupent une place prépondérante et même vitale dans la filière « cuir et chaussure ». La création en France du Conseil National du Cuir dénote appel à un respect rigoureux des aspects règlementaires et organisationnels de la profession.

En Tunisie, l’absence de contrôles est à l’origine du non respect de la règlementation et de l’anarchie qui caractérise l’activité, selon Ezzeddine Moussa, Président de la Chambre Syndicale Nationale des Tanneurs.

La Revue de l’Entreprise :

Le secteur des Tanneries Mégisseries se situe en amont de la filière Cuir et Chaussure. Par quoi peut-on qualifier ce secteur, aujourd’hui ?

Ezzeddine Moussa :

C’est un secteur relativement jeune, en Tunisie. Les premières tanneries ont été créées dans les décennies 1960. Par contre, en Italie, par exemple, cette activité est gérée par la 5ème ou 6ème génération de tanneurs. Ces derniers ont fait évoluer le métier en mettant à profit les nouvelles techniques, les produits chimiques et les matières tannantes.

En Tunisie il ya eu dans les années 1970 la formation des premiers cadres techniques dans le domaine à l’étranger. Ils étaient le fer de lance, à côté des investissements engagés, du développement de ce secteur dans notre pays dans les années 1980, parallèlement à une évolution remarquable à l’échelle mondiale.

Le métier, particulièrement salissant, n’était pas attractif pour les jeunes. C’est, en grande partie, pourquoi depuis cette date, il n’y a pas eu la formation de nouveaux techniciens.

Après le 14 janvier 2011, un facteur dégradant a fait reculer le secteur : la course au gain facile.

La Revue de l’Entreprise :

Voulez-vous expliquer à nos lecteurs le dessous de cette dégradation ?

Ezzeddine Moussa :

Le problème de la qualité des peaux remonte à l’élevage ; mais il est plus flagrant :

– Au niveau des abattoirs : Aucun abattoir, en Tunisie, n’est mécanisé pour l’arrachement des peaux. Il faut donc que les grands abattoirs des animaux de boucherie procèdent à leur mise à niveau ; celle-ci ne se limite pas à la mécanisation ; mais prend en considération les conditions idoines pour la protection des peaux.

– Au niveau de la collecte des peaux brutes :

Tout d’abord, le ramassage des peaux brutes laisse à désirer, en termes de conservation de la fleur et des dépôts qui ne sont pas dotés de chambres frigorifiques. Les collecteurs, devenus nombreux, font partie du secteur informel.

– Au niveau du traitement : Le secteur comptait une dizaine de tanneries qui produisaient du cuir fini et employaient 1500 personnes.

Aujourd’hui, il comprend une vingtaine d’unités dont 15 à 16 ne font que des bleus humides « Wet blue » et n’employant pas plus de 600 ou 700 personnes.

Si l’une de ces unités qui se contentent du « Wet blue » importent mille peaux de pays comme la Libye, le Soudan ou la Mauritanie et qu’elle exporte vingt mille, c’est la preuve que la différence est constituée de peaux brutes tunisiennes dont l’exportation totalement interdite est soumise à autorisation. Etant recentrées sur le décrassage et le délainage, ces unités sont très polluantes. Cependant, elles ne disposent pas de stations de traitement des eaux résiduaires.

Les six tanneries qui ont les moyens matériels et humains pour proposer des peaux tannées, un produit fini selon les normes, subissent les effets néfastes de cette anarchie, trois ont déjà déposé le bilan. Les trois qui survivent, sont dans la tourmente.

La Revue de l’Entreprise :

Doit- on laisser du temps à ces unités qui font du wet blue pour passer vers la production de peaux tannées ?

Ezzeddine Moussa :

Ces unités qui ne cessent de promettre l’appréhension de ce passage n’ont rien fait depuis longtemps. Les moyens financiers ne manquent pas puisqu’en exportant de 4 à 5 millions de dinars par an chacune de ses unités est capable d’investir six cents mille dinars pour l’acquisition de machines de tannage et de teinturerie. Il faut donc que les pouvoirs publics prennent les mesures nécessaires pour sauver le secteur, y mettre de l’ordre, en appliquant la loi, dans la transparence. Nous avons proposé à l’API d’exiger de tout investisseur dans le domaine, un champ d’activité bien défini : le tannage au vrai sens du terme.

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