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Dr Boubaker Zakhama, Président de la Fédération Nationale de la Santé

février 29th, 2016 | by admin
Dr Boubaker Zakhama, Président de la Fédération Nationale de la Santé
Economie
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Dr Boubaker Zakhama, Président de la Fédération Nationale de la Santé

Le Système National de Santé est composé essentiellement de deux types d’Etablissements prestataires de soins, public et privé.

Edifié au fil du temps, ce Système a pu échapper au risque de dualité et faire preuve de cohabitation intégratrice. Ce n’est donc pas étonnant que l’on évoque aujourd’hui la consécration du Partenariat Public-Privé dans le domaine de la santé, au moment où le Privé, malgré les handicaps qu’il doit surmonter, assure sa mission répondant à la demande locale et étrangère. Explications du Docteur Boubaker Zakhama, Pneumologue, Dirigeant du Centre Médical Carthagène et Président de la Fédération Nationale de la Santé, FNS.

La Revue de l’Entreprise :

Parmi les Réformes envisagées durant le prochain quinquennat 2016-2020, celle concernant le Système National de Santé, SNS, s’impose de plus en plus. Quelle perception votre Fédération a-t-elle de ce Système?

Dr Boubaker Zakhama :

La Réforme du Système National de Santé, qui vient d’être présentée au Président de la République devrait, à notre avis, améliorer le fonctionnement de ce Système. Elle implique obligatoirement une amélioration sensible de ses performances globales ; dans le but de garantir un niveau élevé de protection de la santé humaine.

Il est communément admis que l’originalité du secteur hospitalier tunisien tient à l’existence d’un secteur privé important et faisant preuve de dynamisme d’efficacité et d’efficience.

Cependant, nous sommes surpris de ne voir, dans cette Réforme, aucune attention envers ce secteur comme si elle ne tient compte que du secteur public ; alors que le fonctionnement réel de notre système de soins repose sur les deux secteurs dont la promotion nécessite la création des conditions nécessaires leur permettant de jouer pleinement les rôles qui leur sont dévolus.

La Revue de l’Entreprise :

La loi sur le partenariat Public-Privé vient d’être promulguée. Quel serait l’apport du PPP dans le domaine de la santé ? Quels sont les préalables dont il faudra tenir compte pour garantir la réussite de ce mécanisme d’une manière continue ?

Dr Boubaker Zakhama :

Il est communément admis que le Partenariat Public-Privé est un processus novateur qui place la réalisation des projets sur l’orbite d’un surcroît d’efficacité, de rapidité, et d’efficience. Cette coopération pour le bien de la Nation se traduit par le fait que les deux secteurs se renforcent mutuellement et s’impliquent ensemble dans une démarche vertueuse d’enrichissement croisé.

Nous espérons que cette loi sera mise en application selon les règles de l’art parce qu’il ne suffit pas de promulguer des lois ; il faut veiller à leur application.

Nul doute que cela devrait passer par la participation active du secteur privé dans l’élaboration des textes d’application. Et bien avant, il est temps de mettre fin à ces compagnes injustifiées qui ne cessent de stigmatiser et de diaboliser le secteur privé.

Depuis de nombreuses années, ce secteur joue un rôle très important dans la prestation de soins pour les Tunisiens ; il se mobilise également dans l’appui à l’économie du pays à travers l’exportation des services de santé.

Malgré les entraves auxquelles il est condamné à faire face, comme l’absence de lignes aériennes reliant la Tunisie aux pays ciblés, et de représentations diplomatiques auprès des quelles l’obtention du visa pour les malades ou les hommes d’affaires sera plus facile.

Aujourd’hui, la Tunisie demeure la première destination de santé grâce à toutes les performances réalisées par le secteur privé.

La Revue de l’Entreprise :

En évoquant la politique de santé en Tunisie, des voix se lèvent par-ci par-là contre le secteur privé. Ces voix discordantes sont-elles en rupture avec la réalité ?

Dr Boubaker Zakhama :

Le secteur privé occupe une place de droit qu’il mérite à juste titre. Loin d’être le fruit du hasard, ce secteur est une composante essentielle du paysage de la santé en Tunisie tant du point de vue des prestations de soins que du côté de la Recherche et de l’Innovation. C’est que notre secteur est toujours en quête de nouvelles techniques thérapeutiques. Nous avons réalisé, à titre indicatif, dans certaines structures hospitalières, des actes innovants comme la séparation avec succès de nourrissons siamois camerounais, la mise en place de prothèses valvulaires par voie endoscopique. Ce sont des actes qui se faisaient uniquement dans le secteur public.

Aujourd’hui, la mission qu’assume le secteur privé sur la scène de la santé en Tunisie ne se limite pas à la prestation de soins de qualité, elle a évolué, au fil des ans, vers les soins les plus spécialisés mettant en œuvre des concepts et des techniques innovants.

Le secteur public a le mérite d’être le cadre propice pour la formation des jeunes médecins et la recherche médicale scientifique et appliquée. Quant au secteur privé, il dispose de tous les atouts lui permettant de profiter de la synergie Public-Privé pour promouvoir encore davantage la maîtrise des nouvelles techniques thérapeutiques.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’aujourd’hui, nos jeunes spécialistes trouvent du mal à voyager en Europe ou ailleurs pour se perfectionner et se familiariser avec les nouvelles générations de techniques médicales. Nous avons donc intérêt à ce que nos structures hospitalières soient porteuses de la matrice « Formation et Perfectionnement ».

La Revue de l’Entreprise :

Les ressources tant humaines que matérielles dont disposent nos établissements de prestation de soins répondent-elles à la demande de soins ?

Dr Boubaker Zakhama :

Les deux secteurs public et privé se sont dotés de compétences médicales, paramédicales et de gestion qui assurent des prestations de qualité et d’un plateau technique performant.

De notre part, nous veillons toujours à ce que les technologies les plus récentes soient adoptées et maitrisées dans nos établissements. Nous en citons, à titre d’exemple, la technique révolutionnaire de Radiothérapie par le cyclotron, un projet qui n’a malheureusement pas été concrétisé bien que le secteur privé ait émis le souhait de voir naître une telle réalisation onéreuse, en partenariat avec le secteur public.

Il est important de noter que nos structures veulent investir dans des solutions novatrices et dans des technologies de pointe. Malheureusement, l’autorisation de les acquérir n’est accordée qu’au secteur public. Une décision qui paraît inexplicable lorsqu’on sait que le secteur est en butte à une concurrence plus féroce que jamais. Nous sommes en retard, à ce niveau, par rapport à la Jordanie et au Maroc.

Au moment où la Tunisie jouit d’une vocation, d’un positionnement et d’une longueur d’avance par rapport à ces pays, notre politique de santé demeure, paradoxalement, handicapante et frustrante au lieu de booster l’image et la chaîne de valeurs existantes du secteur.

La Revue de l’Entreprise :

La Libye est surendettée auprès des cliniques en Tunisie. Celles-ci peinent à se faire payer. La diplomatie économique a-t-elle un rôle à jouer sur ce plan ?

Dr Boubaker Zakhama :

Les dettes libyennes non apurées auprès des cliniques tunisiennes ne cessent de s’alourdir. Elles s’élèvent à 178 millions de dinars. Un montant aussi important supporté par un certain nombre de cliniques affecte leur trésorerie et génère des frais financiers difficiles à supporter.

Sur cette question, nous n’avons pas en l’appui nécessaire des autorités tunisiennes compétentes. Aujourd’hui, la solution que préconise la partie officielle libyenne consiste à ponctionner ces dettes sur les montants bloqués en Tunisie. J’aurai prochainement une entrevue avec M. le ministre des Finances pour examiner ensemble cette solution qui me semble réalisable.

La Revue de l’Entreprise :

L’assurance-maladie représentée essentiellement par la CNAM a-t-elle pu selon vous résoudre le problème de l’accès du citoyen à la santé ?

Dr. Boubaker Zakhama :

L’extension de l’assurance- maladie aux différentes catégories socio-professionnelles, avec la création de la CNAM, a nettement contribué à l’amélioration de l’accès du citoyen aux services de soins. Ce type d’assurance est important ; mais il demeure insuffisant pour deux raisons :

1- La liste des pathologies que le système d’assurance-maladie couvre, au profit du citoyen désireux de se faire soigner dans les cliniques, est très limitée. Cette limitation affecte, plus particulièrement, les pathologies urgentes ; celles qui mettent en péril l’intégrité ou la vie du patient. Arrivant dans un état de détresse et n’ayant pas trouvé une place à l’hôpital, ce dernier serait contraint de subir de lourdes conséquences en termes d’état de santé. Je fais allusion, essentiellement, aux victimes d’accidents de la route qui ne bénéficient pas de la couverture médicale de la sécurité sociale.

2- L’inadéquation entre la tarification figée de la CNAM et le coût de revient évolutif des actes médicaux. En effet, depuis la signature des conventions sectorielles entre la CNAM et les cliniques, en 2007, la tarification n’a jamais été révisée. Savez-vous que pour la chirurgie cardiovasculaire, nos établissements sont obligés d’appliquer une tarification établie en 1996. C’est de l’irrationnel parce qu’en vingt ans, tous les inputs de l’intervention médicale ou chirurgicale ont connu des augmentations importantes. Les tarifs en vigueur ne couvrent même pas les 40% du coût de revient réel. Malgré tout, nos cliniques continuent de jouer pleinement leur rôle selon l’éthique médicale fondée sur le respect de la vie humaine, et de faire de la bonne médecine de façon dévouée, professionnelle et patriotique. Nos cliniques sont engagées à ne pas laisser se dégrader la qualité des prestations de soins et la vigilance que doit comporter l’exercice libéral de la médecine et des prestations thérapeutiques.

La Revue de l’Entreprise :

Avez-vous la conviction que le facteur sécuritaire est déterminant pour faire de la Tunisie une destination de Tourisme de Santé en expansion continue ?

Dr. Boubaker Zakhama :

L’impact de la sécurité sur le Tourisme d’une manière générale est indéniable. Fort heureusement, le Tourisme médical n’a pas périclité sous l’effet des actes terroristes. Et si ce type d’activité a pu surfer sur le désarroi collectif qui marquait le Tourisme, c’est grâce aux efforts louables déployés par nos cliniques pour ramener des patients de l’étranger, des pays africains en particulier.

Il est clair que l’image de la Tunisie dans ces pays a été préservée ; elle est suffisamment attrayante et notre offre de prestation de soins, est perçue comme étant fiable, crédible et intéressante.

Pas plus tard qu’hier, nous avons conduit une délégation de prospection du marché soudanais de la santé. Nous avons rencontré les grands responsables opérant dans le secteur. Ces derniers se sont rendus en Tunisie sur notre propre compte pour visiter nos structures hospitalières et découvrir les atouts majeurs dont elles disposent.

Nous avons tenu, sur cette ligne directrice, à participer à la 34ème Edition du Salon international de Khartoum. C’était une occasion pour que les responsables de Tunis Air nous rejoignent et saisissent l’importance du marché soudanais. La convention avec le transporteur national a été signée ; et des Accords entre les responsables sanitaires soudanais et nos cliniques ont été ratifiés mettant sur rail un package de prestations y compris la formation de médecins et de personnel paramédical soudanais chez nous. Nous espérons que dans quelques semaines, la ligne Tunis-Khartoum, sera opérationnelle pour dynamiser les échanges entre les deux pays frères.

La Revue de l’Entreprise :

Cela prouve que le transport aérien est un déterminant fort dans l’exportation des services de santé…

Dr Boubaker Zakhama :

Effectivement, Les Camerounais qui sont impressionnés par les performances de la médecine tunisienne à la suite de la prise en charge, gracieusement, par le Centre médical international Carthagène de la séparation délicate de deux nourrissons siamois, attendent depuis des années l’ouverture de la ligne Tunis-Douala. De même pour le Tchad et le Niger. Autrefois, il y avait le parcours N’Djamena-Niamey-Tripoli-Tunis. Sous l’effet de la situation en Lybie, cette ligne a été interrompue. Tunis Air est donc appelée à prendre des mesures à la hauteur de ce qui a été promis.

La Revue de l’Entreprise :

Peut-on affirmer que le problème de formation et de disponibilité du personnel paramédical a été révolu ? Qu’en est-il à propos de la formation des médecins ?

Dr Boubaker Zakhama :

Le secteur privé demeure confronté au problème de disponibilité d’un personnel paramédical qualifié. Il en souffre depuis de longues années ; malgré la disposition effective de l’ensemble des établissements privés à recruter les diplômés dans les spécialités paramédicales dès leur accès au marché de l’emploi.

Ils assurent leur formation sur le tas pour qu’ils soient opérationnels et performants; mais il est regrettable de voir le secteur public puiser dans ce vivier au lieu de recruter de nouveaux diplômés et d’investir dans leur formation. C’est une autre menace qui pèse sur le secteur privé ; sachant que le personnel paramédical hautement qualifié et performant est un déterminant décisif de l’image de la médecine en Tunisie.

Concernant la formation et le perfectionnement des médecins spécialistes, nos structures contribuent substantiellement au développement de ces compétences. Nous avons à titre d’exemple dans notre Centre médical des staffs dans différentes spécialités thérapeutiques : la cardiologie, l’orthopédie-traumatologie, la rhumatologie…

Une dynamique d’échange et de fertilisation croisée est privilégiée ; La décision dans certains dossiers médicaux est prise d’une manière collégiale et participative ; permettant ainsi l’amélioration des résultats des interventions médicales et chirurgicales.

La Revue de l’Entreprise :

Des cliniques se sont engagées dans un Programme d’accréditation. Quels en sont les objectifs ? Quelles sont les difficultés que pose la mise en place de ce système ?

Dr. Boubaker Zakhama :

Dans le domaine de la Santé, le maître mot demeure la qualité des soins qui dépend du bon fonctionnement hospitalier et de l’uniformité qualitative de la prise en charge du patient.

C’est dans ce cadre que se situe le Programme , Programme d’Appui à la Compétitivité des Services, PACS financé par l’Union Européenne et qui vise l’amélioration de la compétitivité des établissements de santé en Tunisie. Trente établissements, 15 du secteur public et 15 du secteur privé, ont été choisis. Ce Programme vient d’être lancé ; j’espère que dans quelques années, nous aurons des hôpitaux et des cliniques accrédités. Bien que ces dernières soient mieux outillées et bien préparées pour y parvenir, notre vision est loin d’être duale : nous voulons que l’hôpital et la clinique progressent ensemble, fassent preuve d’initiative et de notoriété dans le cadre d’une politique de santé cohérente.

La Revue de l’Entreprise :

Comment voyez-vous l’avenir du secteur de la Santé en Tunisie et plus particulièrement le secteur privé ?

Dr Boubaker Zakhama :

Fort de ses prodigieuses avancées, le secteur privé de la santé entend bien renforcer dans l’avenir sa contribution à la santé humaine, au développement et à la croissance du pays. Couvrant l’ensemble des spécialités médicinales et chirurgicales, le secteur privé dispose d’atouts incontestables pour répondre à la demande de soins des Tunisiens et des étrangers. Signe de coopération sud-sud, notre secteur milite pour jouer la carte du Tourisme de santé dans la course à l’Afrique.

En 2013, l’exportation de services de soins a ramené à la balance commerciale du pays 1060 millions de dinars. Cet apport en devises pourrait doubler ou tripler si les autorités compétentes mettaient fin aux entraves aux quelles notre secteur est toujours confronté.

Politiques, responsables gouvernementaux, partenaires médicaux, économiques et sociaux…Faisons du secteur privé de la Santé qui a gagné la confiance des Tunisiens et des étrangers une référence régionale et mondiale. Ne serait-ce qu’en raison des retombées scientifiques, économiques et financières pour le pays et des emplois générés.

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